COVID 19 –  MOHAMED VI, ROI DU MAROC :  RÉACTIVITÉ ET BON SENS 

Publié le 12 Avril 2020

 

« Il ne faut pas perdre de temps à avancer des arguments de bonne foi face à des gens de mauvaise foi. »

 

Dans le sillage de son père, Hassan II – qui avait le sens aigu de la lucidité face à ses interlocuteurs comme en témoigne cette citation – mais également de son illustre grand père, Mohammed V, acteur particulièrement affirmé et remarquable dans ses appréciations de la grande histoire du Maroc - le roi Mohammed VI (que la jeune génération marocaine affectueusement mais tout autant respectueusement surnomma M6)  fut donc investi, au terme de la vie naturelle de son père et eu égard la légitimité monarchique, de la mission d’assurer une relève qui s’est vite avérée comme n’étant pas de tout repos. Pour ne pas dire, en commencement de règne, parfois compliquée sinon critiquée 

Mais cela fait aussi partie de la charge incombant de façon démocratique ou par le sang, à tout gouvernant d’un État ou, en l’occurrence, d’un royaume.

 

Préparé par son père en coulisses mais aussi sur le terrain, le jeune roi était alors à même de faire la part des arguments et autres arguties autrement spécieuses précisément dans ses choix.

La récente ingérence – c’est ainsi que les marocains de notre connaissance l’ont ressenti – du président français dans la prétendue façon du souverain chérifien quant à se mobiliser pour conjurer l’actuelle et grave pandémie affectant la planète a jeté un léger froid relationnel pour ne pas dire diplomatique. En revanche, le bon sens sinon la réactivité du royaume pour pallier cette catastrophe est en soi une réponse cinglante et donne surtout la mesure de l’erreur de jugement d’un chef d’État trop sûr de lui et s’érigeant en donneur de leçon. 

 

Alors qu’en France – sixième puissance mondiale – on se perd à tous niveaux et particulièrement à très haut niveau en conjectures diverses privilégiant la perplexité devant la multiplicité d’hypothèses envisageables, alors que les conseillers ou conseilleurs de tous poils, les scientifiques virologues et autres professeurs – aux qualités professionnelles certes indéniables mais parfois déconnectés de la triste et ravageuse réalité – du haut de leur chaire s’efforcent d’appréhender la situation, le virus trace sa route mortifère dans une gabegie médicale incroyable qui n’a de répondant que l’extraordinaire comportement d’un personnel soignant dont on ne louera jamais assez le dévouement sans limites et parfois jusqu’à la mort.

 

A la veille du énième « bla-bla » présidentiel, on persiste étrangement à tergiverser oubliant l’adage : « La parole est d’argent, le silence est d’or ! »

Au secours, Mon Général ! (De Gaulle bien entendu) vous qui maîtrisiez, ô combien, l’art difficile de la litote. D'aucuns pourrait et devrait s'en inspirer.

 

TOUT LE MONDE SUR LE PONT

Pendant ce temps-là, le Maroc et singulièrement son roi, ont pris autrement conscience de la gravité du problème alors que la France cherche, ou attend, impatiemment des masques et des appareils respiratoires introuvables et que la liste des morts n’a de cesse de s’allonger avec pour ultime chapelle, les chambres froides de Rungis, notamment, transformées en Père Lachaise de fortune. Révoltant.

 

Et toujours pendant ce temps-là, le Maroc et son roi, se gardant de parler de guerre à l’exemple des français qui en oublient l’étymologie, mobilisent à tout va.  A commencer par l’ensemble des corps constitués. De l’armée des F.A.R (forces armées royales) à celle des médecins et professeurs en passant par toutes les forces vives du royaume, tout le monde, à l’initiative du roi, est sur le pont.

Les premiers malades sont intégralement pris en charge par le royaume. Parmi ceux-ci des citoyens étrangers, particulièrement des français, aujourd’hui guéris et ne tarissant pas d’éloges sur la manière dont ils ont été soignés et traités. Des témoignages forts et par dizaines.

Avec cette prise de position courageuse de Mohammed VI qui s’est porté acquéreur pour son pays de la totalité du stock de chloroquine fabriquée à Casablanca par Sanofi, leader de l’industrie pharmaceutique au Maroc.

Mais ce n’est pas tout : alors même que les autorités françaises et son président fanfaronnent et se perdent en conjectures grotesques, peut-être motivés par de sombres intérêts ou guidés par un non moins sombre et détestable penchant pour le consumérisme, renâclent à accorder, dans ce drame planétaire terrible, leur confiance à l’un de leur plus prestigieux infectiologues au monde, le professeur Didier Raoult, microbiologiste de référence récemment reconnu comme expert mondial dans le domaine des maladies transmissibles et directeur à Marseille de l’IHU Méditerranée de recherche. Le professeur Raoult qui a été officiellement adoubé par Mohammed VI lequel lui a accordé toute sa confiance, indifférent aux moult atermoiements de la gentry médicale française plus occupée, l’exception confirmant la règle, à se crêper le chignon.

Sourd à ces querelles de voisinage politico médical – qui ne le serait pas au simple motif de sauver des patients terrassés par le redoutable Covid – Mohammed VI s’en réfère donc et en totale confiance aux résultats des tests cliniques effectués aux patients par le professeur et ce, durant six jours. A ce terme et après la prise de plaquenil (l'un des noms commerciaux de la chloroquine) seulement un quart des 24 patients-tests du professeur Didier Raoult étaient encore porteurs du virus.

Associé à la prise d'antibiotiques ciblés contre la pneumonie bactérienne (l'azythromycine), le traitement a finalement permis, en une semaine, la guérison avérée des patients traités par le professeur alors que 90 % des malades n'ayant pas pris son traitement sont restés positifs.

 

FONDS SPÉCIAUX

Outre le confinement, différentes actions ont donc été diligentées afin de constituer des fonds qui seront nécessaires au bon fonctionnement du pays. Même les parlementaires ont proposé leur contribution sans compter la collaboration avec de nombreuses associations à but ou non lucratif. Sans oublier les grandes sociétés invitées à se solidariser.

Pour ce qui regarde le registre économique, le roi a donné pour instruction au gouvernement, comme évoqué précédemment, de procéder à la création immédiate d'un fonds spécial dédié à la gestion de la pandémie.

Une partie des fonds estimés à plus d'un milliard de dollars seront réservés à la prise en charge des dépenses de mise à niveau du dispositif médical en termes d'infrastructures adaptées et de moyens supplémentaires à acquérir dans l'urgence ainsi qu’au soutien de l'économie nationale, via une série de mesures qui seront diligentées par le gouvernement. Notamment, en termes d'accompagnement des secteurs vulnérables aux chocs induits par la crise tel le tourisme mais aussi en matière de préservation des emplois et d'atténuation de ses répercussions sociales.

Un comité de veille économique est par ailleurs chargé d'anticiper les répercussions directes et indirectes de cette crise sanitaire sur l'économie nationale. Il a surtout pour objectif le suivi de l'évolution de la situation économique à travers des mécanismes rigoureux ainsi que d'identification de mesures appropriées en termes d'accompagnement des secteurs touchés.

Une feuille de route complexe qui n’a pas toujours été comprise générant un comportement frisant la désinvolture laquelle a contraint le souverain à diligenter l’armée et la police afin de faire prendre conscience de la gravité du moment et de l’obligation de respecter le principe du confinement s’imposant comme une mesure essentielle si l’on entend freiner puis éradiquer la pandémie. Une mesure complétée par le port obligatoire du masque normalement et officiellement disponible dans les grandes surfaces et les épiceries au prix de 0,80 centimes d’euro. Il s’y ajoute, par logement, une autorisation unique et nominative de circuler dans un périmètre déterminé.    

 

LES MOSQUÉES AUSSI …

Dès la première heure, les vols aériens et les liaisons maritimes à destination et en provenance des pays considérés comme des foyers épidémiques ont été suspendus. De la même façon, l'accès aux ports marocains a été temporairement suspendu pour tous les navires de plaisance, de croisière ou de passagers.

Dans la foulée, tous les vols internationaux de passagers en provenance et à destination de son territoire ont été supprimés. 

Par ailleurs, depuis un mois, l'éducation nationale a interrompu  les cours dans les établissements scolaires et les universités. Une décision s’appliquant à l’ensemble des établissements scolaires du secteur public et privé y compris l’enseignement supérieur.

Les autorités ont enfin interdis tous les rassemblements publics de plus de 50 personnes et l’ annulation de tous les événements, rencontres sportives, culturelles et artistiques sans oublier les cafés, les restaurants et les hammams fermés à partir de 18h30 (heure GMT 17h30) 

La même directive s’est appliquée aux salles de cinéma et de théâtre ainsi qu’aux salles de fêtes, aux clubs et aux établissements à caractère sportif, aux salles de jeu et aux terrains de proximité exceptés les marchés publics, les restaurants livrant à domicile, commerces et les magasins de vente de produits et matériaux considérés comme de première nécessité.

Enfin, dans ce contexte particulier de pallier tous rassemblements de foules, le roi Mohammed VI a jugé utile de questionner l'instance scientifique chargée de la consultation religieuse du conseil supérieur des Oulémas (que d’ailleurs il préside de droit) à propos des mosquées.  

Dans une fatwa -  avis juridique -  le conseil a, raisonnablement, recommandé la fermeture de toutes les mosquées du Maroc, aussi bien lors des cinq prières que pour la prière sacramentelle du vendredi.

Une mesure provisoire dans l’attente que soit éradiqué le virus et que la situation sanitaire redevienne normale.

 

En attendant  la fin de la pandémie, le traditionnel appel  « hyya ala Al-salat » ( venez à la prière) pourrait être opportunément remplacé par ce conseil de circonstance :

« salat fi bouyoutikum » (la prière dans vos maisons ). 

 

Bernard VADON