PÂQUES DE ROME A PARIS EN PASSANT PAR LOURDES : UN TRIDUUM PASCAL LOURD DE SIGNIFICATIONS

Publié le 14 Avril 2020

La nature de l’homme veut qu’il soit un animal social et politique, vivant en collectivité estimait Saint Thomas d’Aquin, ce qui, à priori, contrarie singulièrement les circonstances pour le moins singulières et originales au cours desquelles la chrétienté, pour la première fois de son histoire, a célébré cette année et de manière inhabituelle le temps pascal. 

Les cloches silencieuses de l'église des Saints Martyrs de Marrakech ... comme à une certaine époque. A  quand la prière sonore commune avec la mosquée lui faisant face ?  

 

Que ce soit à Paris au milieu de la nef en partie ravagée de la cathédrale N.D. de Paris dont c’était le premier anniversaire de son incendie, marqué par la cérémonie de la vénération de la couronne du Christ en présence de Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris et de Mgr Patrick Chauvet, recteur-archiprêtre. Le violoniste

Renaud Capuçon dont il n’est pas utile de vanter le talent d’interprète joua  des œuvres de J.S Bach (la sarabande de la Partita BWV 1004 et le presto de la sonate BWV 1001) de G.P. Telemann ( le largo de la Fantaisie N°7) et de C.W Gluck ( La mélodie d’Orphée) laissant aux comédiens Philippe Torreton et Judith Chemla le soin de dire les magnifiques textes de Paul Claudel, Francis Jammes, Mère Teresa et Marie Noël  avec la prière du malade pour son médecin singulièrement de circonstance. 

Judith Chemla couronnant musicalement ce moment fort et poignant de signification en interprétant, avec une rare justesse dans son indicible dimension  spirituelle, l’Ave Maria de Franz Schubert dont le texte original est extrait d’un poème de l’écossais Walter Scott intitulé « La Dame du lac ».

Le Jeudi Saint a également été marqué par l’hommage du clergé en l’occurrence son archevêque Mgr Aupetit à la ville de Paris qu’il a solennellement bénie depuis l’esplanade de la basilique du Sacré-Cœur sur la Butte Montmartre.

Le lendemain, c’est à Lourdes que nous avons souhaité marquer une pause en suivant – toujours en compagnie de la chaine KTO - devant la Grotte de Massabielle la reconstitution de la Passion organisée par les chapelains du sanctuaire. Et cela, face à une esplanade désespérément silencieuse et vide à l’image de la place Saint Pierre à Rome mais toutes deux, miraculeusement,  bruissant du souffle des « ora pro nobis » psalmodiés de tous les coins de la planète par une multitude de priants physiquement absents mais en appelant, par l’esprit, à cette espérance célébrée par François-René de Chateaubriand dans ses mémoires d’outre -tombe.       

 

C’EST DIEU QUI ME REGARDE ...

Mais on se souviendra aussi, non sans un serrement de cœur, du lent cheminement solitaire du pape François sur la « Via Crucis » en cette nuit tombante du Jeudi Saint, se dirigeant vers la basilique, longue et frêle silhouette blanche, revivant peut-être en pensée le jour de la réconciliation des pénitents et leur réintégration dans l’assemblée avant de se rendre à l’autel de la Chaire – encadré par l’impressionnant Christ miraculeux exceptionnellement déplacé de l'église San Marcello al Corso  et l’icône de la Vierge « Salus populi Romani » - pour la célébration du mémorial de la dernière Cène « in Coena Domini » commémorant l’institution de l’Eucharistie. En revanche,  la cérémonie du lavement des pieds n’aura pas eu lieu tout comme la traditionnelle messe chrismale concélébrée avec les prêtres de Rome. Pandémie oblige.

Comme chaque dimanche, depuis le confinement, la messe de la résurrection retransmise par KTO et animée par les dominicains a été célébrée par Mgr Eric de Moulins-Beaufort, président de la conférence des évêques de France

 

Selon le Bureau des Célébrations Liturgiques du Souverain Pontife étant donné les impératifs sanitaires, il convenait en effet de s’en tenir à l’essentiel et à la sobriété.

Un Triduum pascal manifestement unique mais qui grâce à la Mondovision a cependant touché des millions de fidèles se laissant, à la suite du pape, regarder de l’intérieur par Dieu car estime encore le pape : 

« C’est Dieu qui me regarde quand je prie, sans feintes, sans excuses sans justifications. » 

 

ÇA SUFFIT !
Samedi soir, lors de son homélie à la veille de Pâques, le Saint-Père a voulu conforter son message d’espoir alors que continue de sévir le Covid-19  :

« L'obscurité et la mort n'ont pas le dernier mot » a martelé le souverain pontife la veille de la messe de la Résurrection un événement porteur d'espérance :

« Tout ira bien, disons-nous avec ténacité en ces semaines, nous agrippant à la beauté de notre humanité et faisant monter du cœur des paroles d'encouragement. Mais, avec les jours qui passent et les peurs qui grandissent, même l'espérance la plus audacieuse peut s'évaporer. Nous pouvons et nous devons espérer, malgré des jours tristes. »

Le pape argentin en chef spirituel a assumé avec courage son statut de chef d’État. Ainsi, s'est-il récemment associé à l'appel lancé par les Nations unies en faveur d'un cessez-le-feu immédiat et mondial afin de préserver, face au coronavirus, les civils les plus vulnérables dans les pays en conflit. 

"Prenez et mangez ceci est mon corps" ... parole sacramentelle en forme de testament spirituel du Christ.

 

Il a réitéré ce souhait en d’autres séquences ayant marqué le déroulement de ce Triduum pascal. Et parfois avec une énergie et louable violence dans les termes :

« Faisons taire le cri de mort, ça suffit les guerres ! Que s'arrête la production et le commerce des armes, parce que c'est de pain et non de fusils dont nous avons besoin ».

 

SOLIDARITÉ

De la même façon, sa demande expresse de l’annulation de la dette de tous les pays pauvres pour les aider à combattre cette épidémie et que toute forme de sanction internationale soit relâchée pour permettre à tous les pays de se fournir en médicaments y compris l’Iran, témoigne de la dimension politique de son propos dans lequel l’Europe tient aussi sa place et qu’elle doit montrer l’exemple considérant que si ça va mieux en Europe ça finira par aller mieux  dans le reste du monde :

« L’Europe a pu renaître grâce à un esprit concret de solidarité après la Seconde Guerre mondiale, ce qui lui a permis de dépasser les rivalités du passé». 

Dans tous les cas et pour revenir dans le cadre de sa mission apostolique, le pape François a offert des prières particulières pour les malades, les morts, les personnes âgées, les réfugiés et les pauvres ; il a également remercié et encouragé les médecins et les infirmières qui travaillent jusqu’à l’épuisement et au détriment de leur propre santé. 

Dans le respect de la recommandation "Restez à la maison" une adaptation spirituelle de circonstance "Prions à la maison". A droite une vierge à  l'enfant du peintre Jayat.

Plus globalement, il a appelé à la solidarité dans le monde pour faire face au défi d’époque posé par la pandémie du coronavirus exhortant les dirigeants politiques en particulier à donner de l’espoir et des opportunités aux travailleurs licenciés et de résister à une propension trop développée à l’égoïsme et à la division.

Il a précisé :

 « Ce temps n’est pas le temps des égoïsmes, parce que le défi que nous affrontons nous unit tous et ne fait pas de différence entre les personnes.»

Inviter aussi à la réflexion notamment pour arrêter les rythmes frénétiques de la vie.

La traditionnelle vénération de la couronne du Christ au coeur de la cathédrale Notre Dame de Paris ravagée par les flammes il y a un an. 

 

CONTAGION DE L’ESPÉRANCE

La grandeur et la magnificence des lieux, tant par l’architecture que par l’Histoire attachées à cette basilique Saint Pierre, haut-lieu de la chrétienté, ne donnaient que plus de force et d’intensité aux déclarations de l’homme en blanc – seul à l’exception de quelques rares prélats, diacres et religieuses – dont le visage inhabituellement grave et recueilli semblait porter toute la détresse d’une humanité blessée.  

Comme le suggère la tradition, aucun baptême n'aura été célébré durant le traditionnel office de la Vigile pascale. 

Néanmoins, le pape François a donné sa bénédiction « Urbi et orbi » (au monde et à la ville)  comme cela se pratique lors de chaque événement exceptionnel, dont le dimanche de Pâques, non pas comme habituellement depuis la célèbre loggia dominant place Saint Pierre mais de l’intérieur de la basilique vide et désertée sans pour autant que ne s’y fasse mystérieusement sentir un souffle que d’aucuns, dont nous sommes, n’hésiteront pas à qualifier de saint.

Le message du pape avant la bénédiction "urbi et orbi" précédée de la proclamation de l'indulgence plénière par le cardinal Angelo Comastri, archiprêtre de la basilique Saint-Pierre.

À Pâques, avec la symbolique du cierge pascal lors des Vigiles, la bonne nouvelle, a encore déclaré le pape, est celle d’un monde déjà aux prises avec des défis du moment et maintenant opprimé par la pandémie, qui met à dure épreuve notre grande famille humaine

Pour les chrétiens, la résurrection du Christ génère, pour paraphraser le Souverain Pontife, une authentique « contagion de l’espérance » en somme un vaccin - pour rester dans la mouvance virale - contre l’indifférence, l’ égoïsme, la division et l’ oubli. 

Bernard VADON

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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