Mgr Eric de Moulins-Beaufort, nouveau président de la Conférence des évêques de France, va-t-il pouvoir redresser la barre du vaisseau catholique ?

Publié le 5 Avril 2019

 

 

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Mgr Eric de Moulin-Beaufort a été désigné ce 18 août par le pape François comme nouvel archevêque de Reims : « classique, humble, efficace. »

 

 

 « Rien ne nous préparait à devoir un jour regarder l’Église catholique comme un lieu du mal commis sur des enfants ou des adolescents, du mal dissimulé, camouflé, non traité . Nous savions que l’Église avait connu des abus de la part de ses dirigeants, mais nous pensions avoir vu le pire avec les papes Borgia et certains de leurs successeurs immédiats. (…) Nous estimions qu’avec Vatican II les relations entre prêtres et fidèles laïcs s’étaient profondément renouvelées. (…) Nous étions naïfs. Sans cesse, l’humanité retourne à ses démons ; elle a peur de la liberté spirituelle que le Christ lui ouvre ».

Ce pénible constat est fort heureusement sinon avantageusement compensé par des certitudes qui donnent la mesure de la personnalité sinon de la lucidité et de l’honnêteté intellectuelle du nouveau président de la Conférence des évêques de France,  Mgr Eric de Moulin-Beaufort:

« Dieu n’abandonne pas son Église, au contraire, il travaille à la purifier, y compris du mal qui était en elle et qu’elle s’obstinait à ne pas voir. Il nous donne la possibilité de nous dégager de la gangue d’ambiguïtés et d’aveuglements qui a rendu possibles les faits qui conduisent à la crise que nous connaissons. Le Seigneur permet aussi aux coupables de se repentir ; le travail de vérité que l’Église doit vivre concerne tous ses membres et est un service à rendre à l’humanité. (…) Ce qui est mis sous les yeux de tous est l’extrême délicatesse des relations humaines, et très spécialement de la relation éducative ».

La Conférence des évêques de France a pour raison d’être, dans le respect de l’autorité de chaque évêque au service de son Église particulière (le diocèse), de permettre à tous les évêques de France d’exercer conjointement leur charge pastorale et de promouvoir davantage le bien que l’Église offre aux hommes.

 

 

L’HOMME DE LA SITUATION

Le profil de celui qui a été désigné, selon un processus électoral spécifique, pour présider la Conférence des évêques de France, semble avoir donné la mesure des problèmes qui se posent aujourd’hui à la communauté catholique en général, et épiscopale en particulier.

Parviendra t-il dans le contexte actuel à redresser la barre du lourd vaisseau catholique ?

C’est bien évidemment la question que tout un chacun est en droit de se poser même si la plupart des commentateurs s’accordent sur le fait qu’il est l’homme de la situation qui saura mener la barque de l’Église dans la tempête. 

Son parcours a déjà en soi tout lieu de fournir des raisons d’espérer.

Archevêque de Reims depuis 2018 Mgr Éric de Moulins-Beaufort  l’un des benjamins de l’épiscopat français fut , entre autres, le secrétaire personnel du cardinal André Vingt-Trois, puis évêque auxiliaire à Paris.  Ce brillant et pragmatique intellectuel est considéré comme une valeur sûre et devrait être en mesure, à 57 ans, d’apporter, un vent de jeunesse sur l’institution et de rompre avec un certain immobilisme épiscopal. 

Acceptons-en l’augure.

 

 

LES DEFIS

Dans son message d’accueil, loin de fermer les yeux sur la réalité ,Mgr George Pontier, son prédécesseur, n’a pas occulté, loin s’en faut, les défis auxquels va être confronté l’Église mais aussi la société et l’Europe. 

Considérant que rien n’est jamais perdu :

« C’est de Lui (le Christ) que nous vivons ! Il est notre espérance. L’appel à la conversion et à la confiance qui résonne durant ce temps du Carême, revêt un caractère particulier dû aux événements de la vie du monde et à ceux de notre Église. »

 Lourdes : Posuit me custodem : Il a fait de moi un gardien….

 

Pour ce qui est de la feuille de route au mieux de la mission, le pape François en a donné une dimension assurément chrétienne :

« Annoncer (le Christ) sans exclure personne, non pas comme quelqu’un qui impose un nouveau devoir, mais bien comme quelqu’un qui partage une joie, qui indique un bel horizon, qui offre un banquet désirable. L’Eglise ne grandit pas par prosélytisme mais par attraction »

Nul doute que nouveau « patron » de la CEF saura non seulement s’en inspirer mais l’appliquer 

 

Bernard VADON

 

 

Le nouveau président de la CEF en bref … 

Ordonné prêtre en 1991 pour l’archidiocèse de Paris, Éric de Moulins-Beaufort, Docteur en théologie, diplômé d’économie et de Sciences Po, il fut successivement aumônier du collège Montaigne (1992-1993); directeur au séminaire de Paris et enseignant à l’École Cathédrale et au Séminaire de Paris; aumônier du lycée Louis-le-Grand (1993-1995). Il a été ensuite curé de la paroisse Saint-Paul-Saint-Louis (2000-2005).

En 2005, il devient secrétaire particulier de l’archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois, fonction qu’il occupa jusqu’en 2008. De 2009 à 2011, il fut professeur extraordinaire à la Faculté Notre-Dame et au Studium du Séminaire de Paris. En 2008, Éric de Moulins-Beaufort est nommé évêque auxiliaire et vicaire général de l’archidiocèse de Paris. Le 18 août 2018, enfin, il est nommé archevêque de Reims par le Saint Père. Mgr Éric de Moulins-Beaufort est membre du Conseil de direction de l’Association internationale Cardinal Henri de Lubac, du conseil de rédaction de la revue Communion, du conseil de rédaction de la Nouvelle revue théologique. Au sein de la Conférence des évêques de France, il était ,jusqu’à présent, résident de la Commission doctrinale.

Membre de la rédaction de la Nouvelle revue théologique,  Mgr de Moulins Beaufort y a publié l’an dernier un article remarqué : Que nous est-il arrivé ? De la sidération à l’action devant les abus sexuels dans l’Église . Il proposait dans ce textes des clés pour comprendre les abus et des pistes juridiques et pastorales pour réagir. C’est lui également qui a eu à traiter l’affaire Tony Anatrella, prêtre et psychothérapeute suspendu pour abus sexuels.