A LOURDES, LES ÉVÊQUES DE FRANCE S’IMPLIQUENT DANS LA DANSE MACABRE QUI AGITE POLITIQUEMENT ET SOCIALEMENT LE MONDE.
Publié le 12 Novembre 2025
Le sanctuaire marial de Lourdes surplombant le Gave et rappelant singulièrement l’image mythique et forte, dans le livre de la Genèse, du ruisseau de Yabbok, et par "filiation", le tableau de Sylvie Potard Tschiember - plasticienne et peintre bretonne protestante reconnue pour témoigner de sa foi par son art - figurant "un petit ruisseau qu'on ne lâche plus.
Fenêtre bleue sur fond bleu-bis. Avec, en filigrane, le combat singulier entre le patriarche Jacob et l’Être mystérieux, sous l’apparence d'un ange, qui pourrait être Dieu, qui est Dieu.
Une aventure étrange, selon Elie Wiesel, sinon l'éternel conflit entre l'homme et le divin.
Ainsi, "Toute victoire humaine est au prix d'une blessure et toute blessure cicatrisée aguerrit."
Mais encore, des films qui font scandale jusqu’aux ouvrages qui déflorent certaines mœurs « vaticanesques », des paroles qui se libèrent et des prélats cités à la barre, mais aussi de récentes réalisations cinématographiques au succès inattendu, dont « Sacré-Cœur » tourné et joué par le couple Steven et Sabrina Gunnell reprenant à leur compte l’incroyable et puissant message du Christ ayant révélé, il y a 350 ans, son cœur brûlant d’amour à Sainte Marguerite-Marie. Ce cœur qui continue de transformer des vies sur toute la planète est un signal fort.
En effet et en dépit de séquences compliquées, l’Église catholique sait ce qu’il en est de vivre et surtout de conjurer les mauvais quart d’heure. Le moins que l’on puisse dire.
Néanmoins, la vérité si je mens, version spirituelle et au-delà de dérapages avérés, d’aucuns en profitent pour régler les comptes. Pas très glorieux.
L’occasion aussi de jeter l’opprobre sur toute une communauté et d’en rajouter une couche sur les raisons de croire ou ne pas croire. Au passage, Dieu en prend un sacré coup. Il en a vu d’autres. Tant qu’à faire, donnons en partie raison aux partisans de la haine et de la violence dont on sait par expérience qu’elles ne sont pas génératrices de reconstructions comme ce fut le cas par le passé. Du Concile de Trente à Vatican I puis Vatican II, l’Église n’a pas toujours navigué sur un long fleuve tranquille.
Aussi, demain sera encore un autre jour; et comme dans toutes catastrophes, naturelles ou humaines, le temps – heureusement – fera son œuvre.
Même si le choc psychologique est parfois violent, il ne fait guère de doute que l’Église catholique, en particulier, s’en remettra. Une fois encore.
Le temps d’un salutaire ménage et d’une sérieuse remise en question de l’institution qui sait aussi solliciter la providence divine et ses manifestations insoupçonnées mais bien réelles.
L’ivraie n’a jamais nuit au bon grain qu’il est toujours temps de séparer du mauvais.
Lors de leur dernière assemblée plénière à Lourdes, les évêques de France ont à nouveau pris le temps de décrypter le malaise créé par certains, et pas forcément les moins importants dans la hiérarchie épiscopale. Mais ils ont aussi analysé les grands enjeux du siècle.
De la crise des abus sexuels à la loi de bioéthique et celle de la fin de vie en passant par l’avenir de l’Europe et les migrations, les problèmes cruciaux que doivent affronter l’Église et la société sont légion mais l’espérance est toujours au bout du chemin.
Clin d’œil au pape François qui, lors d’un historique voyage au Maroc, avait opportunément choisi un slogan fort à l’intention des jeunes : « soyez des porteurs d’espérance » que Mgr Georges Pontier, en sa qualité de président de la conférence des évêques de France à l’époque, avait alors et opportunément repris à son compte :
« Chacun commente les événements et prend position. Ce phénomène est amplifié par le caractère universel de notre Église : tout ce qui touche un pays a un retentissement dans tous les autres. Il n’est pas étonnant qu’un trouble profond se soit emparé de beaucoup : évêques, prêtres, personnes victimes, religieux, fidèles laïcs, observateurs de la vie en société. Nous-mêmes, évêques, nous nous efforçons d’exercer notre exigeante mission. Nous avons rappelé l’appel à la conversion qui résonne dans l’Évangile. Le mensonge profond qui peut marquer des vies, même celles de prêtres ou consacrés, est à l’origine des fautes, des péchés, de bien des souffrances dans notre Église comme dans la société. » avait alors et en substance déclaré Mgr Georges Pontier.
Rien n’a tellement changé sur la méthode.
Ce dernier week-end à Lourdes lors de la Conférence des évêques de France mais cette fois sous la présidence du cardinal Jean-Marc Aveline archevêque métropolitain de Marseille, élu en avril dernier par ses frères évêques à la tête de cette même conférence - le prélât qui fut parmi les « papabile » favoris du pape François et considéré comme proche de ce dernier pour partager certaines idées dont un « christianisme d'ouverture ». S’affichant, comme le souverain pontife défunt, partisan d'une politique d'aide aux migrants et de la tenue d'un synode sur la Méditerranée, favorable au dialogue avec l'islam (à ne pas confondre avec l’islamisme, une idéologie politique détestable en tous points) tout en partageant la vision d'une Église moins européo-centrée et davantage tournée vers le reste du monde, a de nouveau témoigné d’une Église de France toujours présente pour faire la démonstration de son influence dans les grands choix du moment :
« Si l’Église a progressé dans l’ordre de la justice, et quand bien même il lui reste encore beaucoup de chemin à faire en ce sens – nous ne le savons que trop – il lui faut aussi avancer sur celui de la miséricorde, car le message évangélique sur lequel elle est fondée met en relation l’une avec l’autre. »a affirmé le cardinal Avelinedans son discours d’ouverture de la Conférence des évêques de France à Lourdes.
Dont acte.
A Lourdes, précisément, les évêques ce sont efforcés de tirer les enseignements des attaques et autres perfidies dont l’Église est en permanence la cible. Mission difficile et délicate mais pas impossible. Pas facile dans le contexte idéologique et politique du moment.
Tout au long de la semaine, le sujet de l’éducation catholique en France a largement été abordé. Ce thème majeur sera le gros travail de la Conférence épiscopale pour les trois prochaines années. Les évêques s’engageant dans une démarche commune autour de l’éducation - plus de deux millions d’élèves - devenue un énorme défi pour la société française en dépit des restrictions budgétaires récemment annoncées.
Mais d’autres sujets importants ont été traités, notamment, la lutte contre les violences sexuelles dans l’Église, ainsi que l’œcuménisme et le soutien aux Églises d’Orient. A ce propos, les interventions remarquées, du patriarche orthodoxe de Constantinople, Bartholomée Ier, et du patriarche latin de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, ont témoigné de cette volonté commune et essentielle dans le contexte actuel aussi bien politique que social.
Ils pourront, cependant et encore, dans tous les domaines d’actions s’imprégner de la Parole salvatrice et pas n’importe laquelle, celle du Christ :
« Heureux serez-vous lorsqu’on vous outragera à cause de moi. »
Creuset mystique et mystérieux, le site de Lourdes, en France, réunit dans un contexte naturel peu amène, à la limite austère, tout ce qu’une certaine humanité, assoiffée d’espérance et d’absolu, est venue quérir en un lieu qui n’a rien de paradisiaque. Et pourtant …
Car le miracle, en ce lieu pour le moins singulier, ne réside pas forcément dans les quelques rares guérisons reconnues à force de contrôles dûment multipliés.
Ceux qui viennent ici le savent bien, même si leurs intentions réitérées attestent du contraire.
Non, le miracle à Lourdes, c’est bien autre chose.
Je ne peux m’empêcher de penser aux écrits, entre autres, de Didier van Cauwelaert avec, en prime, toutes les interrogations que pose celui-ci.
En témoigne l’un de ses ouvrages intitulé « L’insolence des miracles » :
Le meilleur moyen d'explorer ce qui nous dépasse n'est-il pas de réconcilier l'esprit critique et la faculté d'émerveillement ? Regarder le miracle en face, c'est réfléchir sur soi. C'est remettre en question nos limites. Et si nous étions tous capables d'accomplir des prodiges ?
Rien n'est plus insolent qu'un miracle. Il se rit des lois communes, défie les autorités religieuses, provoque les sceptiques... Quand Émile Zola, voulant démystifier le sanctuaire de Lourdes, choisit sur place deux tuberculeuses mourantes pour en faire les personnages de son roman et assiste, ébahi, à leur guérison instantanée, quand le bouillonnant Padre Pio, suspendu par le Vatican pour imposture mystique, donne la vue à une enfant née sans pupilles, quand une héroïne de la Résistance porte secours à un navire bombardé alors même que la Gestapo la torture dans une prison parisienne, quand une hostie se met à léviter en direct durant une messe télévisée ou prend la forme d'un muscle cardiaque en présence du futur pape François, la raison est en droit de s'offusquer… ou de s’émerveiller … selon.
Et pourtant, tous ces cas ont été authentifiés par des témoins, des scientifiques, des historiens, des instruments de contrôle. Mais relèvent-ils pour autant de l'intervention divine ou des capacités secrètes de l'être humain ? »
À l'heure où la foi paraît fléchir devant la peur, Didier van Cauwelaert nous offre, avec cet ouvrage hautement documenté, à l'humour percutant, une profonde réflexion et un formidable message d’espoir sans pour autant qu’il soit dérogé sémantiquement au manque de respect.
Lourdes, dans ce contexte et singulièrement Bernadette Soubirous connue pour avoir été témoin de dix-huit apparitions de la Vierge Marie, en 1858, à la grotte de Massabielle défient la raison. Des visions qui ont profondément marqué l’histoire religieuse et fait de Lourdes un lieu de pèlerinage mondialement reconnu qui s’inscrit dans le monde des mystères. Ne serait- que celui qui entoure la sainte et la célébrité qui l'entoure. Bernadette canonisée en 1933 s’affichant incontestablement comme un symbole de foi et d’humilité pour l’Église catholique.
Et pas seulement car plus simplement encore le mystère de Lourdes c’est aussi et surtout la notion de partage sur fond de sourires et de mains tendues.
Un temps fort de réflexion en osmose spirituelle avec « Celle » qui, depuis quelques cent soixante-sept années, est ici vénérée après être apparue dix- huit fois consécutives à une pauvre et chétive jeune fille de la campagne du Sud-Ouest de la France.
Mais les miracles, ce sont aussi et surtout ces anonymes de tous âges, de toutes conditions, animés de ce même besoin insoupçonné et insoupçonnable d’aller vers l’autre. Vers les autres.
Une disponibilité sans réserve. Même si la culture religieuse constitue le socle de cet abandon de soi au bénéfice d’autrui et des plus malheureux dans leur chair comme dans leur esprit et leur coeur.
Le miracle de Lourdes, c’est aussi l’attitude de ceux et celles - j’en ai connu – dont la croyance en Dieu, comme en Christ, et plus encore en la mère de ce dernier, ne motive pas systématiquement le don de soi. L’intention suivie du geste n’en étant que plus louable :
« Soyons donc libres de réveiller les consciences, la nôtre et celles de nos contemporains, quand nous gagnent l’amnésie spirituelle et son cortège de maux. Libres de ne pas laisser les idéologies ni les algorithmes formater nos esprits et les rendre vulnérables aux puissants de ce monde. Libres de nous faire proches, à cause de l’Évangile, de tous ceux que la société préfère ignorer et rejeter » rappelle encore son Éminence Aveline
Ce qui ne retire en rien à la disponibilité de celles et ceux pour lesquels la foi est aussi nécessaire que suffisante pour agir en conséquence et avec la même et ferme volonté de servir. On se pince pour ne pas rêver.
Pourtant, en ces temps de violence parfois extrême et au-delà de la compréhension différente du Mystère, Marie pour les chrétiens de toutes sensibilités, hors peut-être les protestants qui l’honorent mais ne la vénèrent pas, apparaît comme l’élément clé, sinon moteur dans l’approche de l’énergie divine.
Une prise de conscience spirituelle. Mieux, un temps de réflexion et de prière sur le thème de la paix et de l’amour dans le monde, celui que pourrait nous inspirer Saint-Augustin qui estimait :
« La mesure de l’amour, c’est d’aimer sans mesure ! »
Bernard Vadon
/image%2F1107040%2F20190225%2Fob_45994d_img-20190204-170842.jpg)