LE VOILE CORANIQUE OU LES VENTS DE LA DISCORDE FAÇON  TARTUFFE !

Publié le 17 Novembre 2022

« O tempora, o mores »,  incipit ou locution latine (premiers mots d’un texte) pouvant être traduite par : « Quelle époque ! Quelles mœurs ! » mais aussi par « Ô temps, ô mœurs » et qui figure dans plusieurs œuvres de Cicéron, dont le premier discours des quatre Catilinaires. Référence à Catilina et à Cicéron qui devant le Sénat  prononça son discours – il y en eu quatre – afin de contraindre au départ ce noble personnage qui avait certes une grande force d’âme et de corps, mais un naturel méchant et dépravé.

Suivez mon regard même si nous n’en sommes plus aux sauvageries de l’époque.

Quoique !

Cela me rappelle aussi « l’Epitome historiae graecae  rédigé en latin et qui servait de manuel aux élèves débutant cette langue morte.

Ainsi que les mille et une vicissitudes d’une époque qui, pour être bénie de tant de Dieux, n’en était pas moins sujette aux tracasseries et plus grave encore, aux abus sinon à des crimes. 

Le prétexte à aborder ce nouveau « dérapage » sociétal sur le thème du voile. Pas le moins du monde anecdotique comme certains le disent ou l’écrivent.

Même si elle ne me satisfait pas au plan strict de l’éthique, la réflexion de Charlie Chaplin – l’acteur impayable des temps modernes – m’interpelle et semble tristement convenir à chacun des siècles qui ait pu marquer l’aventure humaine :

« L’homme n’est qu’un animal à demi dompté qui, pendant des générations  a gouverné les autres par la fourberie, la cruauté et la violence. »

Que celui qui n’a jamais failli lui jette la première pierre !

Quant au motif du temps présent attaché au voile coranique,  Molière dans son inusable Tartuffe avait une singulière avance didactique. Cette réplique que tant de prétendants au métier d’acteur – parmi lesquels  malencontreusement ou inopinément je comptais à une certaine époque de mon existence - a pu entendre ou prononcer sur scène selon son âge. Je veux dire,  la fameuse réplique de la scène 2 de l’acte III  de cette œuvre mythique et au fond dérangeante :

« Comment ? Couvrez ce sein que je ne saurais voir.

Par de pareils objets les âmes sont blessées,

Et cela fait venir de coupables pensées. »

LA PREMIÈRE FOIS

Traveling arrière historique en 1989 et en compagnie d’un incontestable et respecté chef religieux, le Roi Hassan II :

"C'est la première fois que j'entends parler de foulard coranique", déclarait tout de go celui-ci lors d’une interview qui n’a pas pris de rides tant ce personnage contesté certes mais affichant une stature étatique, celle-ci indéniable, dans une langue française (châtiée) et l’utilisation comme peu de gens du savant subjonctif plus-que-parfait, a su marquer son temps. Et même plus.

Et le roi d’ajouter comme pour faire bonne mesure (ou compréhension)  à son propos :

 « Les pays musulmans qui entretiennent l'infériorité de la femme n'ont pas mis les lunettes qu'il fallait pour lire leurs textes ".

Hassan II, reconnaissons-le, savait parfaitement et à son avantage,  renvoyer les balles … et pas seulement sur un terrain de golf !

L’affaire du foulard remonte à octobre 1989 quand le proviseur du collège Gabriel-Havez à Creil, dans l’Oise, décide d’exclure trois jeunes filles qui refusent d’ôter leur foulard en classe. L’affaire avait provoqué une vive polémique en France nécessitant l’intervention du défunt Souverain pour dénouer la crise.

Hassan II avait alors souhaité en tant que père de famille - via son ambassadeur en France – que ces jeunes filles enlèvent leur foulard et reprennent sagement le chemin de l’école.

Une louable responsabilité et une position ferme quant au port du voile.

En témoigne son interview - un grand moment - accordée à l’émission « L’Heure de vérité », précisément diffusée en décembre 1989 sur la chaîne française Antenne 2.  Interrogé à ce propos le roi du Maroc avait répondu :

« La majorité des femmes marocaines ne portent pas le voile. Je n’ai pas l’impression qu’en cela, elles contreviennent aux commandements de l’Islam. Les commandements de l’islam concernant le port du voile sont définis dans le temps et dans l’espace ».

Estimant en suivant que l'islam et la laïcité française étaient parfaitement conciliables.

Si toutefois, on veut bien oublier ce qui pourrait constituer un signe propagateur de tensions détestables, comme c’est présentement le cas, sans compter avec des situations insupportables et condamnables. Singulièrement, aujourd’hui, dans les établissements scolaires où il est inadmissible que la protection policière soit requise auprès des enseignants.

On croit, en ce domaine encore, rêver !

Oui, l’Islam et la laïcité sont conciliables … dans la mesure où chacun et, en l’occurrence chacune, sont conscients et respectueux des règles républicaines qui se traduisent en priorité par des droits intangibles, à la fois politiques et sociaux.

MALENTENDUS

Dans un essai  Bruno Nassim Aboudrar met pour sa part en évidence sinon en lumière les malentendus qui entourent cette pratique qualifiée selon lui comme millénaire. Précisant :

« Le voile n'est pas spécifiquement musulman mais il l'est devenu. »

Dans son ouvrage Nassim Aboudrar désigne cette pratique millénaire devenue l'emblème identitaire de l'islam. L'auteur met à ce titre en évidence un paradoxe au sein d'une religion qui interdit les images alors que le voile fait image (selon les termes de son éditeur ).

Pour exemple, les femmes en Arabie Saoudite et dans l’ensemble de la Péninsule Arabique utilisent traditionnellement la « abaya » noire, ; en Iran, on trouve le « tchador » et au Maghreb le « aâjar » blanc.

Les femmes étant libres de choisir leur vêtement, pour peu qu’il soit conforme aux lois de la législation islamique. (sic)

Il n’empêche que le port du voile (qu’on désigne « hidjab » en arabe) est devenu, ces dernières années, un sujet à controverse aussi bien dans les pays du Monde Musulman qu’ailleurs.

Et beaucoup de personnes, y compris parmi les musulmans, s’interrogent quant à légitimité du port du voile au sein de l’Islam.

 Jusqu’aux théories féministes et occidentales qui remettent en question l’authenticité du hadith sur le voile. Pourquoi pas.

Stéphane Valter, Professeur des Universités, arabisant et Professeur en langue et civilisation arabes à l’Université de Lyon 2, analyse sans atermoiements ce phénomène de société. Extraits :

« Le qualificatif « islamique » pour désigner le tissu avec lequel certaines musulmanes cachent leurs cheveux ou leurs silhouettes peut prêter à confusion. En effet, le voile existait bien avant l’islam, dans tout le bassin méditerranéen. Il fut adopté après la fuite de Muhammad à Médine, en 622, comme vêture dévolue aux musulmanes, afin de les différencier des femmes polythéistes et juives qui avaient, semble-t-il, des tenues moins discrètes.

Quelques versets du Coran sont souvent cités pour appuyer cette pratique, mais le vocabulaire utilisé diffère, et n’est pas toujours clair. La première citation coranique sur le sujet serait le verset 55 de la sourate 33 : il indique seulement que les femmes du Prophète ne pouvaient être vues (en tenue domestique ?) que par leur famille proche. 

La seconde citation vient aussi de la sourate 33 (verset 59) ; elle est générale : « Ô Prophète ! dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de serrer sur elles leurs voiles ! Cela sera le plus simple moyen qu’elles soient reconnues et qu’elles ne soient point offensées. […] » Voile est ici la traduction de jilbab, une robe ou un manteau de dessus, très ample, allant de la tête aux pieds. On lit aussi, sourate 34, verset 31 : « Dis aux croyantes […] de rabattre leurs voiles sur leurs gorges ! […] », ou, plus littéralement, « de frapper le khimar (grand-voile de tête, qui couvre les yeux, comme une visière, et se noue au haut de la tête) sur l’échancrure pectorale (jayb) ». Enfin, sourate 34, versets 59-60, le Coran indique : « Nul grief aux femmes atteintes par la ménopause et n’espérant plus mariage si elles déposent leurs voiles. […] ». Le terme ici utilisé, thiyab, désigne de manière générale les vêtements, peut-être d’extérieur. 

Ainsi, les passages coraniques sur le voile sont très peu nombreux : ils auraient donc une importance périphérique dans l’établissement des normes musulmanes, par rapport à des questions beaucoup plus fondamentales. Malgré cela, ces prescriptions furent vite sacralisées, telle une norme intangible, alors qu’elles ne répondaient qu’à une situation culturelle particulière, aujourd’hui révolue. 

Quand le port du voile est justifié religieusement, ce n’est qu’à travers une lecture non contextualisée des sources scripturaires, alors que son usage est souvent bien plus lié à des coutumes et traditions. »

 

DÉSINFORMATION

Hassan II, quant à lui, parle de " fichu " et récuse l'expression " foulard coranique ", car, dit-il, on ne peut pas " mettre les saintes écritures sur des tissus ".

Il a estimé qu'il y avait eu dans cette affaire de la " désinformation ", ajoutant à propos de prescriptions coraniques qui n'en sont pas :

" Mes filles ont fait de la natation. Elles ont fait du basket en short, ont joué au tennis en jupe de tennis... A condition qu'il n'y ait pas naturellement de provocation. "

S'agissant du statut de la femme en islam, toujours selon le roi du Maroc :

" La loi, soit coranique, soit des traditions du Prophète, est claire : l'homme et la femme sont des frères siamois devant les droits et les obligations ; et rien ne justifie l'assujettissement de la femme. »

Le vingt et unième monarque de la dynastie alaouite jugeait par ailleurs et néanmoins possible, une coexistence harmonieuse entre les musulmans respectant l'islam et une société laïque comme la France :

"Nos sociétés ont cohabité pendant des siècles avant la laïcité et depuis l’adoption de la laïcité. En dehors de ce diable qui nous est sorti de sa boite, je me demande ce qu'ont eu les Français, jusqu'à présent, à reprocher à la société musulmane en France. " a ajouté le souverain chérifien. (allusion à l’incident de Créteil) ,

Hassan II, reconnaissons-le, savait parfaitement et à son avantage,  renvoyer les balles … et pas seulement sur un terrain de golf !

PANARABISME

Quant à Nasser l’égyptien, il se moquait carrément du voile... et c'était il y a plus de 50 ans !

Une vidéo montre Gamal Abdel Nasser se gausser ouvertement des frères musulmans qui lui demandaient d’imposer le foulard aux femmes.

Ce qui interpelle dans cette vidéo qui tourne sur internet depuis la révolution égyptienne et l'arrivée (provisoire) des Frères musulmans à la tête du pays, ce sont les rires qui accompagnent les propos de Nasser sur les Frères musulmans et la question du voile.

 

Gamal Abdel Nasser est alors en passe de devenir le leader incontesté de l'Égypte.

Le raïs – titre dont se réclamaient les dignitaires ottoman nantis d’un pouvoir dictatorial et soutenu par l’armée et la police – devant la caméra, plaisante et, au chef des Frères musulmans qui souhaitait que le leader égyptien imposât le voile, ce dernier lui aurait répondu :

«Que c’était revenir à l’époque où la religion gouvernait et où on ne laissait les femmes sortir qu’à la tombée de la nuit ».
 

La vidéo remonterait aux années 50, sans doute postérieure à 1953. Gamal Abdel Nasser est alors en passe de devenir le leader incontesté de l'Égypte. En 1953, s'appuyant sur les communistes, tentant le dialogue avec les Frères, il n'est pas encore devenu le «Rais» (Président) absolu qu'il deviendra après 1954. 

Symbole du panarabisme – mouvement nationaliste, laïc et intellectuel inspiré d'un certain socialisme -  héros de la conférence des non-alignés à Bandung en 1955, Nasser restera au pouvoir jusqu'à sa mort, en 1970.

Depuis, la symbolique ou tout autre foutaise du genre perdurent.

Pas de quoi s’en réjouir en regard des dérapages et vents contraires que ce voile ou « fichu », comme le désignait non sans mépris Hassan II ; mais aussi ces hadith hallucinants de débilité mentale, continuent d‘engendrer avec le mal et la désespérance en prime. Particulièrement au Moyen-Orient avec les débordements que l’on sait en Occident.

Qu’il s’agisse des mollahs iraniens, de l’État islamique Daesh mais encore des talibans d’Afghanistan sans oublier Al-Qaïda et tous ces suppôts partisans de la parole à géométrie variable qui ont – ou ont eu - l’invraisemblable et criminel culot d’agir dans le sang et au nom de Dieu. Mais de quel Dieu Seigneur ? 

Triste à pleurer et à se poser de sérieuses questions sur cette frange malfaisante et dangereuse du genre humain.

 

Bernard VADON

 

 

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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