A PROPOS DE L’ACTUELLE POLITIQUE DE LA FRANCE :  NOUS AVONS PERDU LA TÊTE !

Publié le 25 Novembre 2022

 

L'homme, à en croire Aristote, est un animal social condamné à vivre dans une société qui, d'après Hannah Arendt – polititologue, philosophe et journaliste allemande naturalisée américaine, connue pour ses travaux sur l’activité politique, le totalitarisme, la modernité et la philosophie de l'Histoire - conditionne toutes les actions humaines. Appréciation quasi dogmatique !

Voilà pour la mise en bouche.

Cela dit, si la société est une nécessité à laquelle l'homme ne peut échapper, elle n'est pas pour autant immédiatement ordonnée et régulée de sorte que tous puissent œuvrer dans la même direction et pour le bien commun. Il en résulte un désordre dont le quotidien, via les médiais, atteste régulièrement.

Notamment, en France avec cet improbable président, inventeur sinon propagateur de la formule du premier de cordée, et qui, récemment encore, n’était pas trop gêné de faire porter à son peuple tous les défauts de la terre  dont celui de « donneur de leçons », saupoudré de cette suffisance dont lui-même fait usage à tout bout de champ.

Mea culpa, connais pas !

REGRETTABLE EXEMPLE

Bref. En tous cas, l’intéressante thèse de Julien Bukongo de l’Université Saint-Augustin de Kinshasa, sur le thème universellement récurrent de « L’art de gouverner par les lois et par la force », œuvre maîtresse d’un certain  Nicolas Machiavel, vient à point nommé et ouvre la voie à quelques considérations non dénuées d’intérêt et dans les circonstances actuelles m’a interpelé.

Priorité donc au désordre qu’Emmanuel Kant qualifie de « insociable sociabilité », qui rend nécessaire l'établissement d'un gouvernement ou d’un organe investi du pouvoir exécutif  pour diriger un État. Voilà pour le principe que nos gouvernants seraient bien inspirés de suivre. 

Pour l’heure, la France en est un exemple regrettable à ne surtout pas suivre. D’ailleurs, certains États, dans leur quasi globalité, nous le rendent bien. Ceux d’Afrique notamment.

En de nombreux domaines et autant d’activités, nous n’existons plus que dans le souvenir dont Georges Sand écrivait qu’il est « l’odeur de l’âme » :

« Une rose au parfum discret que l'on arrose avec les larmes du regret.

Tout un programme !

Globe-trotter des missions quasi désespérées, notre cher président s’évertue à sauver la face. Jouant dangereusement à qui perd gagne. Loin, sinon de plus en plus éloigné, de la virtù, ce concept clé de la pensée désignant l’habileté, la puissance individuelle et le flair permettant de passer outre la force aveugle de la mauvaise fortune et d’innover, afin que l’État puisse faire face aux défis qui se présentent.

A cette heure, c’est loin d’être gagné.

De sommet en sommet, émaillés de rencontres diplomatiques souvent informelles - on laisse entendre sous le manteau que îe président ne serait pas fâché d'épingler au revers de son veston la breloque du prix Nobel de la paix - le tout  entrecoupé d’appels téléphoniques, et occasionnellement d’apparitions sur le territoire, Emmanuel Macron ne ménage pas sa peine. Cautionnant, en tout cas sur la forme, des initiatives aussi singulières que peu productives pour la nation. C'est ce qui se confie en coulisses. Et le cas échéant, n’hésitant pas à mettre son peuple en accusation lorsque les situations tournent vinaigre..

Qui a parlé de suffisance ?

Pour le site « African Exponent » le français n’est pas (ou n’est plus) la langue africaine universelle. Entre autres, car, ailleurs sur la planète, ce n’est guère plus réjouissant.

Et le site en question – outre les remarques aimables à notre encontre – de préciser, pour exemple, que le kiswahili, principale langue écrite de l’Afrique subsaharienne est la langue la plus parlée en Afrique avec environ 150 millions de locuteurs. On pourrait en dire autant des langues africaines telles le kiswahili, le haoussa d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, du zoulou de l’Afrique du Sud, du yoruba parlé en Afrique de l’Ouest, de l’ibo ou l’igbo au Nigéria mais aussi du peul d’Afrique de l’Ouest, qui sont redevenues, à notre insu, des langues vivantes. Liste non exhaustive.

Lors du dernier Sommet ( le 18ème) de la francophonie sur l’île de Djerba en Tunisie, le frétillant président français, à ce titre, a dû reconnaitre la prépondérance de l’anglais dans la grande majorité des pays et cela bien évidemment au détriment du français. Où est le temps où le français figurait en bonne place de langue dite diplomatique ?

Tant il est vrai que son président, aujourd’hui, use quand il n’en abuse pas de la langue de Shakespeare. Autant pour celle de Molière.

Mais que lui importe ?

Ce même Emmanuel Macron tout heureux de parader avec la chanteuse Yseult d’origine congolaise mais française qui, en 2024, au château de Villers-Cotterêts dans le département de l’Aisne, portera la voix de mille ambassadeurs de la jeunesse francophone. Un choix certes délibéré mais qui ne manque pas d’interpeler.

Décision élyséenne dans le cadre du récent sommet de la francophonie.

 

D’ici là, d’aucuns s’efforceront (peut-être) d’oublier les propos désobligeants de la chanteuse en question envers la France. Tant il est vrai  que notre gentil et beau pays de France en a vu et entendu d’autres.

Ajoutons à ce désespérant constat, la prestation hallucinante – le19 novembre dernier pendant le 18e sommet de la francophonie sur l’île de Djerba en Tunisie réunissant 88 États membres de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) - d’Emmanuel Macron précisément avec la chanteuse Yseult au prénom mythique.

En effet, comment, dans une sphère autrement prestigieuse, ne pas penser à Richard Wagner, et à son Tristan et Isolde, ( Yseult en français ) cet immense poème lyrique, ce chant d’amour et de mort inspiré par la légende médiévale de Tristan et Yseult avec, en parallèle, la passion amoureuse que Richard Wagner nourrissait à l’égard de Mathilde Wesendonck.

Un autre chemin – ô combien de qualité celui-là, pour accéder au bonheur.

Et accessoirement, de faire « le buzz »  … pour rester dans la détestable mouvance du « franglish ».

 

ANIMAL POLITIQUE

En filigrane de ce vécu de l’instant présent, une autre conception philosophique prônée par Épicure, fondateur de l’épicurisme avec pour objectif le bonheur et considérant, dans le genre, l'aventure politique comme aléatoire et dangereuse.

Adepte du «  Tiens-toi à l'écart de la place publique »et proche des philosophes sceptiques généralement hostiles à toute forme d'engagement dans le domaine politique mais sur le fond autant que sur la forme pas tellement ; finalement pas si éloigné d’ Aristote, pour qui l'homme est aussi un « zôon politikon » (autrement dit et en français, un animal politique), et estimant : 

« C'est le seul moyen d'accéder au bonheur véritable, au bien commun, à la justice et à la morale. »

Fin de citation.

Quant à Thomas Hobbes, philosophe anglais, de la génération de Descartes, pour qui l'antagonisme des désirs trouve sa solution dans le recours à un arbitre qui sera juge de ce qui est désirable ou de ce qui ne l'est pas ; adepte du principe de la liberté politique, il assure que la vraie liberté n’est pas destructrice pour elle-même et permet à tous les citoyens d’être libres, en accord avec la volonté générale.

Une conception aristotélicienne également chère à Thomas d’Aquin ( il n’était pas encore placé au rang des saints) considérant que l’homme est naturellement social. Ce qui en tout état de cause ne gomme pas la présence d’un souverain décrit par  Nicolas Machiavel en des termes surprenants mais assurément réalistes.

Surtout par les temps qui vont. Démonstration :

« Le souverain doit être un hypocrite démagogue incarnant en lui l'homme et la bête. Le prince doit user des lois et de la force pour guider mais également pour conserver le pouvoir. Tous les moyens sont efficaces quand ils sont nécessaires. Toutefois, le prince doit toujours paraître vertueux en public. Ainsi, pendant qu'il n'est pas nécessaire pour le prince d'avoir toutes les vertus, il est aussi nécessaire de sembler les avoir. » 

D'où la maxime cette fois non plus machiavélienne mais machiavélique :

« Gouverner, c'est dissimuler et le cas échéant travestir. Au gré d’une contradiction institutionnelle et d’une mauvaise foi qui l’est tout autant. »

Jusqu’à prêter à Dieu de mauvaises intentions :

« Ce qui pousse à réfléchir davantage sur le thème de la morale et de la politique. Le contexte national et international où la politique semble truffée de mensonges, de démagogie, d'anarchisme et de meurtres.» estime le professeur  Bruno Ntumba Muipatayi de l’Université Saint-Augustin de Kinshasa.

MENSONGE ET POLITIQUE.

Intéressant parallèle :

Dans la culture luba, ( l’un des plus anciens royaumes du Congo central vers le II e siècle et le IV e siècle. Une contrée mythique située au Katanga RDC ), on associe politique et mensonge.

D’ailleurs, Myriam Revault D'Allones  - Philosophe, chercheure associée au CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po) et professeure émérite des universités à l'École pratique des hautes études)  -  corrobore cette pensée quand elle affirme :

 « L'art de gouverner est celui de tromper les hommes ! ». 

Une partie de l’explication relative à l’actuelle et grave désaffection des urnes particulièrement significative que l’on retrouve chez les jeunes.

Alors, faut-il pour autant crédibiliser Machiavel ?

Quant à la satisfaction du bien commun et la pratique du pouvoir, peuvent-elles justifier le droit de ne pas se conformer aux exigences de la morale ?

Question posée par Julien Bukonbo qui précise :

« Existe-il un droit, ou un devoir,  de vérité en politique ; et  aujourd'hui, peut-on gouverner sans dissimuler ? » 

Précisant que ses recherches en la matière se veulent une approche « analytico-descriptive », M. Bukonbo propose une relecture de la philosophie de Machiavel, laquelle, selon lui, conduit à une analyse à la fois subjective et objective :

« C'est pour nous une invitation à scruter la méthode de Machiavel afin d’en déceler l'originalité ».

L’objectif final visant à détecter les gouvernants dits « machiavéliens », et ceux qualifiés de « machiavéliques », pour finalement considérer, si cela est possible et comme le suggère de son côté le recteur de l'Université Saint-Augustin de Kinshasa, le professeur Willy M. Okey, dans un récent livre, à savoir, de repenser la politique. 

Une belle mais bien difficile ouvrage !

SALUTAIRE

Dans cette dynamique Léopold Sédar Senghor -  homme d'État français puis sénégalais, poète, écrivain, premier président de la République du Sénégal. Il fut également ministre en France avant l'indépendance du Sénégal et le premier Africain à siéger à l'Académie française ( autant pour ceux, de plus en plus nombreux et le plus souvent des étrangers, qui taxent la France et les Français de tous les maux de la terre et le pire celui de racistes en tous domaines et qui avait déclaré à propos de la « négritude » concept inventé par Aimé Césaire : « C’est l’ensemble des valeurs culturelles du monde noir, telles qu’elles s’expriment dans la vie et les œuvres des Noirs » ( sic)  donc, Léopold Sédar Senghor recommandait aux jeunes gens, qui venaient à lui, déçus et las de ne pas trouver leur voie, de lire Teilhard de Chardin.

En retour et dans le même esprit, il serait salutaire, dans un tout autre esprit ( quoique) et cette fois à tout politique actuel, tout autant déçu et las du contexte géopolitique actuel, de lire (ou relire) non seulement Teilhard mais aussi, et dans la foulée Machiavel, car il est celui qui a contribué à faire descendre l'homme de son piédestal et lui rappeler qu'il n'était pas un ange: 

« Tous les hommes ayant en vue un même but : la gloire et les richesses ».

Banco, Monsieur le Président ?

Nonobstant, ils n'agissent pas tous de la même manière pour y parvenir. Par conséquent, que ceux qui veulent prendre le contre-pied, fassent ainsi et qu'ils défient, s'ils en sont capables, cet inlassable "vengeur" de la liberté, Machiavel, l’un des fondateurs du courant réaliste en politique. Celui-ci arguant que tout est fondé sur un rapport de force, entre le pouvoir, les rivalités et les conquêtes alors que la philosophe Hanna H. Arendt optait pour le réalisme intégral ou la pluralité humaine.

Les réalistes, en règle générale, souhaitant, non sans raison, que le domaine de la politique soit différent des autres ( en regard de la morale et de l’économie notamment) et considérant, sur ce principe, qu'une réflexion sur la politique doit se dérouler en dehors des règles morales, religieuses et économiques. C'est un point de vue.

En clair : à Dieu ce qui est à Dieu et à l'homme, ce qui est à l'homme.

Voilà qui, aux extrêmes, va faire grincer quelques dents.

En dépit de cette réserve réaliste, Machiavel n'écarte donc pas la religion. Au contraire et à ce titre, il la pose en évidence : 

« Dieu ne veut pas faire chaque chose, pour ne pas nous ôter le libre arbitre et la part de cette gloire qui nous revient ».

Marcel Brion de l'Académie française conforte cette analyse :

« Son éthique (celle de Machiavel) est rigoureuse, sévère, et ses lois, pour n'être pas conformes à celles de la morale coutumière, gardent quelque chose d'austère et de grave, qui impose le respect, sinon toujours l'acquiescement »

Et notre analyste de faire judicieusement remarquer :

Lorsqu'il était candidat, Nicolas Sarkozy avait déclaré au cours d'un de ses meetings, en janvier 2007, qu'il ne serait jamais complice d'une dictature. A cet égard, il avait sèchement critiqué les officines sur fond d'affaire Clearstream sans oublier Jacques Chirac et sa politique Françafrique.

Élu président, on se rendit compte qu'il se comporta alors et dans un contexte de responsabilité exactement comme Chirac allant même jusqu'à augmenter son salaire de … 140 % !

Rien de bien nouveau sous le soleil.

On continue d’aller, guidé par ce que l’on appelle pudiquement le mensonge d’État. Le récent épisode de « l’Ocean Viking » en témoigne Un fiasco retentissant avec en filigrane une désastreuse politique migratoire qui s’ajoutent à tant d’autres faisant de la France un navire de plus en plus à la dérive. La liste, là encore, n'est pas exhaustive. La rocambolesque affaire des visas n'étant pas la moindre.

 

Désastreuse politique migratoire ...

Où est le temps des « Concorde », paquebot « France » et tant de séquences flamboyantes qui faisaient de ce pays un grand pays dont la voix portait loin. Notamment, le temps des fameuses « Trente glorieuses » ?

Retour à notre propos en forme de conclusion :

« Presque naturellement « le pouvoir corrompt », et « Il n'est point d'homme au monde qui, pouvant tout et sans contrôle, ne sacrifie pas la justice à ses passions ».

Sévère diagnostic qui rappelle le titre de l'ouvrage de Gérard Sfez docteur d'État en philosophie politique,  : « Machiavel, La Politique du moindre mal » paru en 1999 que l’on pourrait aussi résumer de la sorte :

« Si le moindre mal ici est compris comme une alternative face au pire, alors « Le Prince », l’ouvrage initiateur proposé par Machiavel, serait machiavélien et non machiavélique 

A bon entendeur !

 

Bernard VADON

 

  1. L'adjectif machiavélien renvoie à tout ce qui touche à la philosophie du penseur italien du XV et XVIe siècle, Nicolas Machiavel. Qui conseillait entre autres aux Princes de mentir au peuple pour  garder le pouvoir.

En revanche, l’adjectif Machiavélique désigne quelque chose de perfide, de diabolique et d’astucieux à la fois. La doctrine de Machiavel étant considérée comme négation de la morale.

 

 

 

 

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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