A BAHREÏN, A LA LUMIÈRE DES EXHORTATIONS BIBLIQUES ET DE L’ARBRE DE VIE, LE PAPE FRANÇOIS, EN SEMEUR DE PAIX, DENONCE CE FEU QUI, DE L’ORIENT A L’OCCIDENT, BRÚLE MAIS N’ÉCLAIRE PLUS.

Publié le 6 Novembre 2022

Il y a les partisans du « parle toujours tu m’intéresses » et ceux, autrement plus nombreux, considérant que l’espoir est le fondement même de la vie.

Porteurs de bien des maux, surtout dans le contexte économique actuel, les candidats à l’immigration placent très haut leur conception un peu folle de la liberté. Reconnaissons toutefois leur courage sinon une forme d’inconscience.

Même si les avis sont très partagés sur la méthode et la finalité.

PONTIFICAT SINGULIER
Il y a quelques années, le 8 juillet 2013, après son élection, le 13 mars de la même année à la tête de l’Église catholique, le pape François au seul prétexte de rester dans la ligne évangélique, avait fixé les règles. Son déplacement sur l’île de Lampedusa, la plus importante des îles Pelages située entre Malte et la Tunisie, considérée comme «la Porte de l'Europe» par des dizaines de milliers d’immigrants essentiellement africains entre autres, donnait une première idée d’un pontificat singulier préoccupé du sort des pauvres au sens le plus large du terme.

A cette occasion et lors d’une grand-messe célébrée sur un terrain de sport de l’île, le pape François avait fustigé, à plusieurs reprises, la «mondialisation de l’indifférence» face aux tragédies des migrations périlleuses. Je le cite :

«Nous avons perdu le sens de la responsabilité fraternelle et la culture du bien-être nous rend insensibles aux cris d'autrui pour aboutir à une mondialisation de l'indifférence».

 

Adam où es-tu ? Où est ton frère ?. Une homélie sans concessions. Le pape François égal à lui-même.

Il y a un peu plus de neuf ans cet événement marquait fortement les esprits et le pape a une fois encore posé le problème et pointé les responsabilités :

« « Adam où es-tu ? », « Où est ton frère ? », ce sont les deux questions que Dieu pose au début de l’histoire de l’humanité et qu’il adresse aussi à tous les hommes de notre temps, à nous aussi. Mais je voudrais que nous nous posions une troisième question : « Qui de nous a pleuré pour ce fait et pour les faits comme celui-ci ? » Qui a pleuré pour la mort de ces frères et sœurs ? Qui a pleuré pour ces personnes qui étaient sur le bateau ? Pour les jeunes mamans qui portaient leurs enfants ? Pour ces hommes qui désiraient quelque chose pour soutenir leurs propres familles ? Nous sommes une société qui a oublié l’expérience des pleurs, du « souffrir avec » : la mondialisation de l’indifférence nous a ôté la capacité de pleurer ! Dans l’Évangile, nous écoutons le cri, les pleurs, la longue plainte : « Rachel pleure ses enfants… parce qu’ils ne sont plus ». Hérode a semé la mort pour défendre son propre bien-être, sa propre bulle de savon. Et cela continue de se répéter… Demandons au Seigneur d’effacer ce qui d’Hérode est resté également dans notre cœur ; demandons au Seigneur la grâce de pleurer sur notre indifférence, de pleurer sur la cruauté qui est dans le monde, en nous, aussi en ceux qui dans l’anonymat prennent les décisions socio-économiques qui ouvrent la voie à des drames comme celui-ci. « Qui a pleuré ? » Qui a pleuré aujourd’hui dans le monde ? ».

La mode plus légèrement et l’Histoire des hommes autrement plus lourde, sont, au fil des siècles, des marqueurs de responsabilités de tous ordres

Tout récemment, une nouvelle et précieuse étape sur le chemin de fraternité et de compréhension entre les peuples, les religions et les cultures, sous le signe du dialogue comme racine de paix, pour chercher une issue aux douleurs de notre temps, introduisait les grandes lignes du dernier voyage papal au Bahreïn. la trente-neuvième visite internationale du pontificat, la quatrième de l’année 2022.

Jorge Bergoglio qui restera comme le premier Pape de l’histoire à se rendre dans le petit État insulaire du Golfe, dans la ville d’Awali puis la capitale Manama, était invité du «Bahrain forum for dialogue: east and west for human coexistence» par le roi Hamad Bin Issa Bin Salman Al Khalifa. Une nouvelle opportunité pour François de prêcher la paix.

En effet, infatigable et tenace, l’évêque de Rome poursuit son parcours de rapprochement avec les divers courants du vaste monde musulman, à la recherche constante d’alliés pour la cause de la paix comme ce fut déjà le cas lors de son récent séjour au Kazakhstan, en septembre dernier. 

PARADOXE

Le pape François a également rencontré en privé le grand imam d’Al-Azhar, Ahmad Muhammad Al-Tayyeb, qu’il connait bien et avec lequel il co-signa, le 4 février 2019,  le « Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune, connu également sous le nom de « Déclaration d’Abou Dabi ».

L'impressionnant intérieur de la cathédrale catholique Notre-Dame d'Arabie (patronne de la péninsule persique).

Plus récemment encore, après une rencontre informelle à la mosquée du Sakhir Royal Palace où il fut reçu par les membres du Council of Elders (Conseil des anciens),  il honora  un rendez-vous œcuménique marqué par une prière pour la paix dans la cathédrale catholique Notre-Dame d’Arabie – patronne du Golfe Persique - la plus grande église de la péninsule arabique construite sur un terrain offert par le souverain du Bahreïn etinaugurée en décembre 2021 par le cardinal philippin Luis Antonio Tagle, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples.

La semaine passée – le 5 novembre - c’est d’ailleurs à l’intention des catholiques du pays que le pape François a célébré en présence de 30.000 fidèles, une  messe dans le cadre du « Bahrain National Stadium ».

A Riffa au Sud de la capitale Manama dans la plus grande structure sportive du pays en présence de 30.000 fidèles et pas moins de 111 nationalités, le pape François a célébré une messe solennelle.

Le lendemain, dimanche, le souverain pontife s’est rendu dans la capitale Manama pour prier et réciter l’Angelus avec les évêques, les prêtres, les personnes consacrées, les séminaristes et les agents de la pastorale réunis dans l’église du Sacré-Cœur la plus ancienne église du Golfe construite à la fin des années trente par les premiers immigrés venus chercher du travail généré par le « boom » pétrolier.

Pour le pape François, il est de fait que l'homme religieux, homme de paix par excellence, doit s'opposer aussi à la course au réarmement, aux affaires de la guerre, au marché de la mort.

Dans son viseur – il n’est pas le seul - le patriarche orthodoxe russe Kirill, proche de Vladimir Poutine qui soutient l'offensive de Moscou.

Aujourd’hui, cette nouvelle et deuxième visite du pape dans la péninsule arabique depuis son voyage historique aux Émirats arabes unis, en 2019, intervient alors même que de nombreuses O.N.G. s’élèvent contre la répression politique et les discriminations visant la communauté chiite de ce pays insulaire de 1,4 million d'habitants, dirigé par une dynastie sunnite.

Paradoxe quand tu nous tiens ! 

Notre-Dame d'Arabie

Situation kafkaïenne que justifie le reproche sinon l’invective du pape François dans son rappel des droits humains fondamentaux qui ne doivent pas être violés mais promus.(sic)

Avec cette référence au droit à la vie bafoué dans un royaume où la peine de mort est toujours et régulièrement appliquée.

Nouveau rappel aux tristes réalités !

Pourtant, est-il nécessaire de rappeler que Bahreïn a formalisé ses relations diplomatiques avec le Saint-Siège, en l’an 2000, et à ce titre, "dispose de la  protection des droits humains et de la justice pénale parmi les plus solides et larges de la région".

Bahreïn étant un modèle en matière de cohabitation religieuse et singulièrement pour les chrétiens (en tout cas sur le papier )  on est en également en droit de se poser des questions quant à savoir comment cela se passe ailleurs. Singulièrement en Arabie saoudite où la pratique religieuse (publique) est farouchement interdite.

De son côté, Bahreïn entend jouer la carte de la tolérance pour adoucir son image internationale, assurant que le pays « ne tolère pas la discrimination ».

On voudrait bien le croire ! 

L’occasion, en tout cas  pour le pape, d'insister sur le "dialogue" entre les religions et les civilisations, lui qui craint un retour à la "guerre froide" dans un monde de plus en plus divisé.  

"Des puissants se concentrent dans une lutte résolue pour des intérêts partisans (...) en redessinant des zones d'influence et des blocs opposés", a déploré le prêtre jésuite argentin en clôture d'un sommet interconfessionnel à Awali.  

Selon lui, cette logique s'exprime notamment par une opposition entre "l'Orient et l'Occident", qui "ressemblent de plus en plus à deux mers opposées", une allusion au conflit en Ukraine dénoncé sans relâche par sa Sainteté depuis l'invasion du pays par Moscou, en février dernier :  

"On joue avec le feu avec des missiles et des bombes, avec des armes qui provoquent des pleurs et des morts", a déploré François, qui n'a cessé de dénoncer  le recours à la force et la menace nucléaire. 

SEMEUR DE PAIX

Dans son discours au corps diplomatique et aux autorités civiles et culturelles, François avait de nouveau loué les bienfaits de « l'immigration », l'un de ses thèmes favoris : 

« On admire une société composite, multiethnique et multireligieuse, apte à  surmonter le danger de l'isolement où « plus de la moitié de la population résidente est étrangère. Une diversité non uniformisée, mais inclusive, représente le trésor de tout pays vraiment développé face à des populismes, des extrémismes et des impérialismes qui mettent en danger la sécurité de tous ». Fin de citation.

"Prendre un enfant par la main pour l'emmener vers demain ..." référence touchante à l'émouvante chanson de Yves Duteil.

D'où son appel, qui fut le leitmotiv de ce nouveau séjour dans un pays musulman : 

« Travaillons ensemble, travaillons pour tout, pour l'espérance, (…) je suis ici comme semeur de paix. »

Qu’on se le dise.

Surtout dans ces régions du monde gangrenées par le mal sous toutes ses formes du moment que le profit est protégé.

Une triste réalité sans référence directe au Qatar voisin, qui s’apprête à accueillir la Coupe du monde de football dans le vent violent des polémiques quant au sort des ouvriers qui ont construit les stades dans des conditions innommables.

 Une nouvelle occasion pour le pape François estimant :

« L’urgence de la crise mondiale du travail doit aussi  garantir des conditions de travail sûres et dignes alors que l'homme est réduit à un moyen pour produire de l'argent ».

Et le souverain pontife de préciser :

«Le nom “Bahreïn” peut nous aider à réfléchir encore sur les “deux mers” aux goûts opposés. D’une part, la mer calme et douce de la coexistence commune, d’autre part la mer amère de l’indifférence, endeuillée par les affrontements et agitée par des vents de guerre, avec ses vagues destructrices toujours plus tumultueuses qui risquent d’emporter tout le monde. Et, malheureusement, l’Orient et l’Occident ressemblent de plus en plus à deux mers opposées».

AGIR DANS LE SENS CONTRAIRE

En la matière, les paroles ne suffisent pas.

Pour François, il ne suffit pas, par exemple, de dire qu’une religion est pacifique, il faut condamner et désigner les violents qui en abusent. Il ne suffit pas non plus de prendre ses distances avec l’intolérance et l’extrémisme, il faut agir dans le sens contraire :

«Pour cela, il est nécessaire d’interrompre le soutien aux mouvements terroristes par la fourniture d’argent, d’armes, de plans ou de justifications, ainsi que par la couverture médiatique, et de considérer tout cela comme des crimes internationaux qui menacent la sécurité et la paix mondiale. Il faut condamner ce terrorisme sous toutes ses formes et ses manifestations» citant le Document sur la Fraternité humaine.

Et de préciser encore :

“Il est nécessaire sinon urgent d’interrompre le soutien aux mouvements terroristes par la fourniture d’argent, d’armes, de plans ou de justifications. »

Comprenne qui veut !

Il y a reconnaissons-le dans cette démarche pacifique des ambiguïtés. Dans cette partie du monde la situation des droits de l’Homme y compris de la liberté religieuse, sont connues depuis des années. Le risque également que le pape soit instrumentalisé et qu’il serve de caution à un régime qui ne le mérite pas est réel n’a pas échappé à la diplomatie pontificale. Pour elle, l’important c’est d’insister sur la thématique de la tolérance en pensant qu’ultérieurement ce type de dialogue pourrait avoir un impact sur la qualité des droits de l’Homme.
Paraphrasant Saint Bernard – il y a en vous un feu qui brûle mais qui n’éclaire pas - et au hasard des questions le doute est permis.

Finalement qu’est-ce que  le pape François pourrait bien ajouter à son crédit eu égard  la multitude des ambiguïtés caractérisant, en particulier, les régimes du golfe persique ? Enfin, ce discours papal aura-t-il  un impact sur les droits de l’homme ?

Pour le successeur de Saint Pierre à Rome une seule issue : la rencontre entre Occident et Orient qui selon lui peut guérir les maladies du monde.

Acceptons-en l’augure.

Bernard VADON

 

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :