RENCONTRE A NAY ( PYRÉNÉES ATLANTIQUES) , ENTRE CIEL ET TERRE,  MANU L’ÉNIGMATIQUE AMBASSADEUR DE LA GASTRONOMIE PORTUGAISE.

Publié le 22 Juillet 2022

 

Pierre-Simon de Laplace répondit à Napoléon, s’inquiétant de l’absence de Dieu dans le traité de mécanique céleste qu’il lui soumettait :

« Sire, je n’ai pas besoin de cette hypothèse  … »

Le philosophe Denis Moreau estime à ce propos qu’on pourra objecter qu’il n’y a, heureusement, pas besoin de croire que le Dieu des chrétiens existe pour accorder un pardon.

Tout cela, c’est Dieu. Pascal aurait parlé d’une « irruption », dans l’ordre des esprits, de quelque chose de l’ordre de la charité

Le pape François estime, quant à lui, que « sans la miséricorde, sans le pardon de Dieu, le monde n’existerait pas, ne pourrait pas exister ».

La puissance de relèvement que Dieu met à l’œuvre est celle de l’amour celui de cet « hymne à l’amour »(agapè en grec biblique) au chapitre 13 de la Première Lettre aux Corinthiens.

Le titre du livre de Leszek Kolakowski est une réponse sinon la réponse à la question :

« Dieu de nous doit rien. » Dont acte.

Et notre philosophe de faire judicieusement remarquer que ce n’est pas pour rien que Jésus reliait le pouvoir de pardonner à celui d’accomplir des miracles. (Lc 5, 21-24)

En somme, la grâce à l’œuvre.

Saint Bernard affirmait que là où il y a des grandes grâces, se trouvent aussi de grandes épreuves. Un questionnement qui taraude l’esprit de notre interlocuteur.

Mais revenons à la rencontre du moment.

ENIGMATIQUE PERSONNAGE

Le parcours de vie d’Emmanuel Luis – plus communément nommé Manu par ses proches et amis – est en soi une énigme et une richesse pour l’étranger.

Une existence professionnelle pour le moins atypique entre l’Afrique et l’Europe.

Il est né en France dans le Val d’Oise mais se revendique farouchement de ses attaches portugaises et singulièrement de cette terre un peu rude mais attachante, fortement imprégnée de la Révolution du 5 octobre 1910 et du coup d’État    du 28 mai 1926 avec, à la clé, quarante ans de régime autoritaire sous la férule d’Antonio de Oliviera Salazar ; jusqu’à la révolution des œillets, en 1974, qui mit un terme à la dictature et restaura la démocratie dans le pays.

Électricien de formation, de plates-forme pétrolières, en postes de responsabilité dans le Sud-Ouest de la France, manières de sauts de puce professionnels, Manu met un jour un terme à son existence de globe-trotters en faisant la rencontre de sa vie en la personne de Sèverine qui deviendra son épouse.

Une compagne fidèle qui sera à l’origine d’un nouveau choix de vie et d’un équilibre retrouvé.

Mais le portugais convaincu attaché à cette France dont il revendique intensément la nationalité, n’en oublie pas ses origines familiales et singulièrement celles qui le lient à  Soito (ou Soiuto(, une sympathique et typique commune portugaise du canton de Sabugal, qui doit son appellation à un arbre mythique – le châtaignier – symbole de force tranquille et de justice et à longévité exceptionnelle puisque certaines espèces dépassent allègrement les 800 ans …  jusqu’à plus de 1000 ans pour quelques privilégiés !

Parlons de ce pays au passé parfois flamboyant. Aux retournements de situations souvent improbables. Et finalement, toujours tourné vers l’avenir. Un pays au patriotisme indéniable qui a su exporter ses qualités et parfois son peuple. La diaspora portugaise à l’étranger n’est pas un vain mot.

LA MORUE DANS TOUS SES ÉTATS DE GRÂCE 

Au XVIIe siècle, les châtaignes constituaient un produit basique dans l´alimentation, du pays allant parfois jusqu’à remplacer le pain ou les pommes de terre.

Outre la touchante légende de Saint Martin, c’est en novembre qu’apparaissent les premières châtaignes de l’année dégustées avec le rituel et pétillant vin nouveau.

C’est aussi le temps du Magusto, une fête dans la plus pure tradition du pays. Le Magusto fait en effet partie des traditions portugaises. Le 11 novembre les familles se retrouvent autour d’un feu de camp pour faire griller des châtaignes tout en dégustant le fameux jeropiga, une liqueur de jus de raisin blanc et de moûts frais enrichie d’aguardente, l’eau de vie portugaise.

A tout seigneur, tout honneur, la morue reste l’ingrédient majeur dans la gastronomie  portugaise. Avec, au menu, l’incontournable Bacalhau, une spécificité proche de celle des français avec le fromage.

Le Bacalhau : un plat portugais national.

Il existerait 365 manières de cuisiner la morue, soit une variante pour chaque jour de l’année dont le Bacalhau com Nata,  gratin de morue à la crème, cuit au four agrémenté de strates de morue, d’oignons et de pommes de terre. Mais aussi le Bacalhau a Bras, à base d’oignons découpés, de frites allumettes et d’olives noires, le tout mélangé à des œufs battus sans oublier le persil.

Mais encore et pour faire bonne mesure, toujours décliné dans cette belle et originale langue imagée, la Francesinha, garni de jambon, de viande de bœuf et de différentes saucisses portugaises, un sandwich servi recouvert de fromage et d’une délicieuse sauce tomate.

Au rayon des spécialités la Carne de Porco a Alentejana, un mélange savant de palourdes et de viandes de porc, accompagné de frites. Le persil et le citron ajoutant à la saveur de ce plat tout comme à celui de la Caldeirada de Peixe, un ragoût de poissons et de fruits de mer aux tomates, enrichi d’herbes. En fait, une bouillabaisse à la portugaise.

Quant à la Caldo Verde, une soupe traditionnelle au chou portugais finement coupé, elle compte comme un incontournable plat du nord du pays qui n’a rien à envier au Cozido Portuguesa, un ragoût pour les amateurs de viande, savante association de poulet, de bœuf, de porc et de saucisses, le tout accompagné de légumes variés cuits à la vapeur dans un traditionnel bouillon, autrement dit, un excellent pot-au-feu à la portugaise.

A ce menu singulier, on pourrait ajouter les Oeixinhos da Horta, des beignets de haricots verts, appelés également « petit poisson du potager » et, en fin de repas, le pastel de Bélem – du nom de cette ville typique édifiée dans l’estuaire des fleuves Tocantins et Parà,  au Brésil - ou Pastel de Nata, une petite pâtisserie typique de la gastronomie portugaise. Connue bien au-delà des frontières, elle pourrait être comparée à de petits flans pâtissiers, croûstillants et fondants à la fois qui se dégustent saupoudrés de cannelle et ou de sucre glace.

Toujours au rayon des pâtisseries, la Queijada, de la région de Sintra, est une autre délicieuse spécialité à base d’œuf, de fromage frais et de cannelle. Enfin, le Bolo do Rei, littéralement le « Gâteau des Rois », une brioche sucrée de fruits confits et fruits secs traditionnellement cuite pour Noël, conclue cette palette goûteuse.

Pour accompagner cette férie de plats originaux, les vins ne le sont pas moins, dont le fameux vin vert, un vin jeune, frais et léger, élevé dans la région du Minho, au nord du Portugal. Son appellation peut-être trompeuse car le Vinho verde fait référence à l’âge du vin et non pas  à sa couleur puisqu’il se diversifie en vins blancs, rouges et rosés !

Des crus typiques qui s'accommodent parfaitement d'une gastronomie non moins typique.

Quant au célèbre Porto, doux et sucré, vieillissant dans les caves de la région du Douro, il reste le passage obligé de ce festival gastronomique sans oublier, pour clôturer ces agapes royales, la Ginja, une liqueur traditionnelle à l’arôme de cerises griottes aussi célèbre que les cuvées portugaises. Elle peut se goûter en apéritif ou en digestif, servie nature ou, comble du raffinement, dans un petit verre en chocolat.

La plupart des produits servant à confectionner les plats typiques sont proposés à Nay, au quartier des « Quatre Chemins » sur les rayons de ce lieu consacré à la gastronomie portugaise.

DU FILS AU PÈRE    

Retour à notre hôte énigmatique, aujourd’hui reconverti, avec le concours de son épouse, dans cette gastronomie aussi dynamique qu’originale et ce souci – depuis seulement trois mois – de promotionner les produits portugais.

A l’enseigne « Chez Manu », les amateurs et occasionnellement les copains dont le fidèle cousin Tonio, se mettent à table pour la bonne cause et échanger. C’est aussi pour Manu le prétexte sympathique et touchant pour évoquer la mémoire d’un père qu’il affectionnait tout particulièrement.

Un athlète d’exception qui attendit de passer le cap d’une retraite bien méritée pour entamer une carrière de sportif émérite et qui affirmait avec une rare conviction :

  « Quand je ne cours pas, je deviens hargneux. Ma vie, c'est la piste » aimait confier Messias Miguel Luis.

Messias Miguel Luis toujours devant : un athlète et un père d'exception.

 

Au mois de mars 2012, une journaliste écrivait à son sujet :

« À 70 ans, il était bon. À 75 ans, il était  encore meilleur. Dimanche 4 mars 2012, Luis Messias Miguel a battu le record de France des plus de 75 ans du 1 500 mètres en 6 min 12 s 55.

Qui dit mieux ?

Deux heures plus tard, frais comme un gardon, il battra celui du 3 000 mètres. C'était au Stadium de Bordeaux-Lac, lors du championnat d'Aquitaine vétérans d'athlétisme. »

Messias Miguel Luis a discrètement tiré sa référence en décembre 2014 après un ultime combat contre la maladie. Ce qu’il laisse, outre le souvenir d’une belle personne, c’est un palmarès exceptionnel, unique pour son club le S.C Arès. Une histoire hors du commun car Messias Miguel découvrit  l’athlétisme au lendemain de sa retraite et après une longue carrière sportive consacrée au football. Il totalisera pas moins de 11 records de France dans la catégorie vétéran. Quatre sur piste en seulement cinq ans, de mars 2007 à mars 2012. Sans compter le semi-marathon sur route.

Luis, c’était aussi un titre de champion de France 2007 sur 10 km route et cette même année un titre de vice-champion de France de cross-country, à Vichy, en 2007 ; une médaille de bronze aux mondiaux en salle 2008, sur 800 mètres et une 3ème place, en 2011 aux championnats de France de montagne. Il s’y ajoute des titres de champion d’Aquitaine sur piste et en catégorie cross.

Mais Messias Luis était surtout un homme de cœur qui pratiquait discrètement la solidarité et l’altruisme :

« On connait la valeur du sel lorsqu’il y en a plus et celle d’un père lorsqu’il est mort. » affirme un proverbe indien.

Manu qui a également donné dans la sphère musicale de son époque – il a, comme on dit, « L’oreille absolue » un don qui sidère encore ses proches.

accompagna sur scène le chanteur compositeur C Jérôme – souvenons-nous de son succès « Kiss Me ». Le chanteur n’est plus mais Manu en parle toujours avec une vive émotion.  

Aujourd’hui, avec son père Messias Miguel, Manu, de manière permanente, entretient, quasi religieusement, un contact existentiel. Un contact, selon ses propres termes, venu

"d’Ailleurs ».

Je n’ai pu, à cette évocation extra naturelle, m’empêcher de penser à ce magnifique psaume 116 – notamment, la version émouvante interprétée à l’orgue par Martin Mans – même si Manu, un peu à ma grande stupéfaction, confie ne nourrir aucune passion pour la musique dite classique… excepté l’orgue, riche selon lui  en matière d’improvisation.  

Pourtant, sans pour autant le connaître au fond mais en filigrane de son intérêt pour les « choses » du ciel, il pourrait inconsciemment psalmodier ce premier verset du psaume :

« J’aime le Seigneur

car il entend ma

voix quand je le supplie.

Il a tendu vers moi une oreille attentive.

Toute ma vie je l'appellerai. ».

Une manière de projection spirituelle sur ce père tant aimé dont il voudrait continuer de s’inspirer en entretenant des relations aussi fortes qu’intimes avec ses proches dont sa mère qu’il appelle chaque matin. Un sentiment qui rejoint la pensée du grand peintre Marc Chagall :

« Malgré tous les ennuis de notre monde je n’ai jamais abandonné dans mon cœur l’amour dans lequel j’ai été élevé (…) Dans la vie comme sur la palette de l’artiste il n’y a qu’une couleur qui donne un sens à la vie et à l’art, la couleur de l’amour. »

Bernard Vadon

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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