Huit milliards d’habitants prochainement. Sans l'homme-prédateur en chef, à quoi ressemblerait la vie sur Terre ?

Publié le 12 Juillet 2022

 

En application d’un raisonnement inversement proportionnel à une population qui, le 15 novembre prochain, atteindra le chiffre impressionnant et fatidique de 8 milliards d’habitants, et aux moyens d’éradiquer la pauvreté et la faim, on peut épiloguer, en filigrane d’études sérieuses conduites par des scientifiques, sur ce qu’il serait advenu de la terre si toutefois nous n’existions pas.

 

Si l’on en croit une équipe de chercheurs danois, la biodiversité serait alors bien plus importante sur Terre - selon cette étude danoise publiée en 2015 dans la revue Diversity and Distributions - et le paysage, sous nos latitudes ressemblerait à celui du Serengeti ( parc national en Tanzanie) avec des mammifères géants tels des éléphants et des rhinocéros se promenant librement dans les plaines.

Nous ne sommes pas dans la fiction d’un mythique Jurassic Park ou autre Jurassic World mais bien dans une hypothèse scientifique sérieuse.

 

Émergence de l'homo sapiens

Comment les chercheurs s'y sont-ils pris pour annuler toute influence de l'être humain au cours des derniers millions d'années ?

L'équipe s'est basée sur des travaux issus d'une analyse précédenteselon laquelle, l'épisode d'extinction de la faune, connu lors du quaternaire, serait en fait due à l'émergence de l'homo sapiens. 

La corrélation entre l'expansion de notre espèce et la disparition de près de 30% des grands animaux de l'époque est en tout cas impressionnante :

"L'Europe est loin d'être le seul endroit où la présence humaine a réduit la diversité des mammifères. Il s'agit d'un phénomène mondial" expliquait à l'époque le professeur Jens-Christian Svenning, co-auteur de l'étude. Et d’ajouter :

"Dans la plupart des cas, il y a un très fort déclin de cette diversité par rapport à ce qu'elle aurait dû être naturellement."

 

    La biodiversité directement liée à la démographie humaine ?

"La plupart des safaris se passent aujourd'hui en Afrique mais dans des circonstances naturelles, on trouverait autant de gros animaux, voire plus, ailleurs dans le monde. Notamment au Texas, ou en Argentine et au Brésil." explique Soren Faurby, postdoctorant ayant initié l'étude.

Pour le chercheur, l'explication ne tiendrait pas à quelque mystère entourant le continent africain, mais plutôt à son manque d'urbanisation !

Une constatation qui coule presque de fait :

 "C'est l'un des seuls endroits au monde où l'activité humaine n'a pas encore complètement éliminé tous les gros animaux". 

 

La biodiversité d'une zone géographique serait donc directement liée à sa démographie humaine. Ainsi, les régions montagneuses sont, dans une certaine mesure, préservées :

 "En Europe, par exemple,  l'ours brun ne vit plus que dans les montagnes, car il a été chassé des plaines par l'être humain" indique encore Soren Faurby.

Conséquence : notre environnement étant désormais densément urbanisé, les espèces autres que la nôtre ont d'autant moins d'espace où se replier et s'épanouir.

CQFD !               

 

La vraie place de l'ours brun

 


En 2018, des chercheurs ont créé une plateforme baptisée PHYLACINE (Phylogenetic Atlas of Mammal Macroecology) qui répertorie 5.831 espèces connues à ce jour et ayant vécu sur Terre durant une période allant de -130.000 ans à nos jours :  

Un outil, selon l’ étude, qui permet de voir à la fois les aires de répartition actuelles des espèces et celles qu'elles occuperaient en l'absence de pressions venant de l'Homme.

La différence, entre  l'habitat actuel de l'ours brun et celui qu'il devrait aussi occuper s'il n'était pas constamment chassé par les humains, est tout simplement hallucinant.

 

 

L'Homme, un "super-prédateur

 

Une autre étude, canadienne publiée en 2015 dans la revue  Sciences s’attachait pour sa part à démontrer le statut de "super-prédateur" de l’'homo sapiens. Il s'agit en fait d'une méta-analyse compilant des études publiées de 1990 à 2010, s'intéressant aux effectifs de près de 400 espèces différentes.

Le verdict est sans appel : à travers nos pratiques de pêche, d'élevage, et d'agro-alimentaire, c'est l'ensemble de la chaîne alimentaire naturelle que notre espèce chamboule.

L'être humain va même jusqu'à surexploiter les ressources animales, dépassant largement les taux observés chez les autres prédateurs: 14 fois plus en moyenne !

L'Homme a aussi une autre spécificité, face aux prédateurs naturels : il chasse aussi les autres carnivores.

Nous les tuons ainsi neuf fois plus qu'ils ne se tuent entre eux. En cause et en première ligne, - je vais me faire des amis - la pratique de la chasse sportive.

Élimination des animaux plus grands et plus forts

Notamment, la pratique de la "chasse aux trophées" qui tend aussi à favoriser l'élimination des animaux les plus grands et les plus forts, qui auraient été - sans notre influence -  promise à une belle longévité (et une longue descendance) dans leur milieu naturel :

"Tandis que les prédateurs naturels ciblent prioritairement les animaux les plus jeunes", expliquait en 2015 Tom Reimchen, principal auteur de l'étude canadienne.

Et de préciser :

"Les humains abattent le capital reproductif des espèces en s'en prenant à des proies adultes." 

Une intervention humaine sur la sélection naturelle qui contribuerait donc à réduire artificiellement la taille des espèces. 

Les deux études, danoise et canadienne, se rejoignent ainsi sur un point :

En l'absence de présence humaine, les autres mammifères seraient non seulement plus nombreux, mais aussi bien plus grands.

De quoi se prendre à rêver.

Aurait-on pu en ce cas assister à l'émergence de grands pachydermes aussi grands que les dinosaures ?

La question n'est pas d'actualité sinon qu’aujourd'hui il y a urgence, certains experts allant jusqu'à qualifier la période contemporaine de 6e épisode d'extinction massive. 

Retour furtif à la genèse et à la Création avec cette réflexion de Paul Valéry :

« La création et l'existence organisée de la vie intellectuelle se trouvent dans une relation des plus complexesmais des plus certaines et des plus étroites avec la vie - tout court - la vie humainePersonne n'a jamais expliqué à quoi nous rimionsnous les hommes, et notre bizarrerie qui est esprit. » répond Paul Valéry.

Plus scientifiquement et selon le paléontologue Chris Stringer, l'être humain moderne - apparu il y a plus de 150 000 ans - a quitté l'Afrique pour partir à la conquête du monde il y a seulement 60 000 ans environ. Dans ce scénario d'une sortie récente d'Afrique, ce continent n'est donc pas seulement le point de départ de l'évolution humaine  : il est son foyer principal, au sens où c'est en Afrique que nous serions véritablement devenus les humains que nous sommes.

Le fait est c’est que l’homme est bien au cœur de la question.

Selon les scientifiques du GIEC (groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution
du climat, créé en 1987 par le G7, aujourd’hui G8, sous l’égide de l’ONU), l’homme serait responsable à 95 % du réchauffement climatique.

Ainsi, les températures pourraient être de 0,3 °C à 4,8 °C supérieures entre 2081 et 2100. Principal responsable : le CO2 en concentration croissante dans l’atmosphère, provoquant la fonte des glaces avec pour conséquences l’élévation du niveau des mers et la multiplication d’événements météorologiques extrêmes. Ce qui se passe aujourd’hui pourraient en témoigner ( j’emploie à dessein le conditionnel.)

Certains scénarios pessimistes dont une étude financée par le centre de vols spatiaux de la Nasa, se basant sur l’histoire des civilisations anciennes démontrent que la civilisation moderne pourrait être anéantie par la conjugaison de différents facteurs : le dérèglement climatique, les famines, la surexploitation des richesses et l’inégale répartition des richesses.

Ce n’est malheureusement pas et présentement de la fiction.

Pourtant, des voies divergentes s’élèvent pour démontrer que ce réchauffement climatique s’inscrirait dans un cycle naturel d’évolution du climat.

Depuis 1998, le rythme du réchauffement climatique ne serait plus que de 0,05 °C par décennie contre 0,12 °C par décennie depuis 1981. Et, qui plus est ce réchauffement pourrait être imputable à d’autres facteurs. Notamment  le rayonnement solaire, et le dégagement de méthane dans les zones humides et le rôle du courant marin « El Niño ».

Alors, qui, de la nature ou de l’homme, peut-être rendu responsable des modifications climatiques et de ses conséquences de plus en plus dramatiques ?

 

Un phénomène en passe de devenir quotidien
 
La neuvième tempête de sable qui s'est abattue sur l'Irak et ses alentours au mois de mai dernier est un avertissement laissant la place au pire : durant les deux prochaines décennies, le pays devrait en effet connaître "272 jours de poussière" par an, et sans doute 300 jours en 2050. Pas très rassurant !

 

Des aéroports et les administrations publiques en Irak avaient une nouvelle fois suspendu leurs activités en raison de cette tempête de poussière qui, cerise sur le gâteau,  a entraîné des troubles respiratoires chez un millier de personnes.

Depuis la mi-avril, l'Irak, l'un des cinq pays au monde les plus vulnérables aux effets du changement climatique, a été frappé, en l'espace de quelques semaines, par neuf tempêtes de poussière. Suite à quoi plus d'un millier  - on évoque le chiffre de 10.000 - de personnes à travers le pays ont été soignées dans les hôpitaux pour des troubles respiratoires.

En raison d'une visibilité ne dépassant pas les 400 mètres, l'aéroport de Bagdad a suspendu le trafic aérien lundi matin, avant d'annoncer la reprise des vols quelques heures plus tard. Même cas de figure pour l'aéroport international de Erbil, capitale du Kurdistan irakien autonome, dans le nord.

Parmi les mesures préconisées pour lutter contre ce phénomène, les autorités préconisent  la création de forêts qui feraient office de brise-vent …  alors que la désertification affecterait 39%" de la superficie totale du pays, selon le président Barham Saleh.

A l’échelle planétaire, entre bétonnage intensif et disparition parfois scandaleusement organisée des espaces verts sauvages et singulièrement des forêts, le massacre perdure en dépit de la multiplication des alertes de sommités de tous ordres. Et singulièrement scientifiques. Autant pour le martyr de la biodiversité.

Certaines et certains s’en inquiètent et s’en alarment mais le plus grand nombre s’en contrefichent.

Une prise de conscience à géométrie variable avec toujours le profit en filigrane de ce comportement. Comment ne pas ressentir un sentiment de révolte face à pareille désinvolture.

 

Bernard VADON   

 

 

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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