AU NOM DE MON GRAND PÈRE ! Au cœur du monde glauque des Ehpad.

Publié le 12 Juin 2022

De Tesla à Orpea en passant par Korian – quelques sociétés phares du CAC 40  - Me Sarah Saldmann la sympathique passionaria des prétoires, entend, avec une rare vigueur et un non moins grand talent, dénoncer les « méthodes des années 1950 »  qui nous laissent seuls contre tous (sic).

 

Me Sarah Saldmann : on ne plaisante pas avec le droit et la justice.

Dans un ouvrage intitulé : «Tout pour se défendre! Mes droits, mode d'emploi »  publié chez Robert Laffont elle avait estimé sans détours :

« Il faut mettre les entreprises multinationales face à leurs responsabilités. »

A l’origine de ce « coup de gueule »  la sinistre et répugnante affaire des Ehpad et  les pamphlets et autres commentaires comme ont pu à tort les qualifier certains, et qui de ce fait – ces critiques justifiées - ne s’inspirent en rien du caractère dénonciateur, caricatural, railleur et vindicatif propre à ce genre bien particulier, mais qui porte à la connaissance publique des comportements détestables sous le couvert encore plus détestable du profit.

Le constat est hallucinant jusqu’à se poser la question : comment a t-on pu en arriver à de pareils extrêmes ?

Et la directrice générale du premier groupe privé français incriminé a eu beau arpenter les médias de long en large et de large en long pour justifier l’injustifiable le scandale perdure.

 La liste des chefs d'accusation est longue et pour le moins éloquente quant au fond :

« Homicide involontaire, mise en danger délibérée de la vie d'autrui, non-assistance à personne en danger, ou violences par négligence. »

Selon Sarah Saldmann, les situations sont très variées, mais les témoignages sont tous accablants :

"Ils décrivent des négligences graves: des patients qu’on laisse dans des couches qui débordent, que l'on enferme dans leur chambre, que l'on prive de soins ou de nourriture".  

Et d’ajouter, pour faire bonne mesure dans l’horreur :

"Quand on paye la chambre entre 4.000 et 6.000 euros par mois, on pourrait s'attendre aux prestations d'un palace".

Et de surcroît, quand on sait aussi que les menus sont calculés au plus près et au plus offrant  ( 5 euros la journée pour un petit déjeuner, un déjeuner, un goûter et un dîner !) on croit rêver.

En tout cas, qui dit mieux ?

UN BUSINESS LUCRATIF

Dans le collimateur de Me Saldmann,  Orpea mais également Korian, l'autre géant des Ehpad (la bagatelle de 364 établissements en France ) auquel s’ajoute un autre larron qui dans le genre ne fait également pas dans la dentelle : Domus VI ( 250 établissements).

Tout ce joli mais peu recommandable petit monde a fait du grand âge sinon du bel âge un business aussi lucratif que minable en soi. De riches investisseurs ne sont pas les derniers à investir dans ce système tordu.

Les pouvoirs publics quant à eux poussent à retardement des cris d’orfraie mais ont, pour des raisons difficilement avouables et incompréhensibles, négligé leur mission de contrôle.

C’était sans compter avec une autre bombe à retardement qui a donné le coup de grâce à ces entreprises honteuses : le livre du journaliste indépendant - Victor Castanet – qui, au terme d’une minutieuse enquête d’investigation rondement menée durant trois ans, entre malversations et dérives lucratives, a découvert le pot aux roses, je cite :

Une plongée inquiétante dans les bas-fonds du groupe Orpéa, leader mondial des Ehpad et des cliniques. (..) Truffé de révélations spectaculaires, un récit haletant et émouvant met au jour de multiples dérives et révèle un vaste réseau d’influence, bien loin du dévouement des équipes d’aidants et de soignants, majoritairement attachées au soutien des plus fragiles. 
Sans parler des personnes âgées maltraitées, salariés malmenés, acrobaties comptables, argent public dilapidé. N’en jetez plus !

Fin de citation.

Un document éprouvant avec en exergue une épitaphe simple, belle mais profondément émouvante de l’auteur :

Au nom de mon grand-père !

LE PAPE AUSSI

Le pape François ne pouvait rester insensible et sourd à ces révélations scandaleuses en replaçant la question au cœur de nos interrogations.

Le Pape François : " Les personnes âgées possèdent la sagesse et sont la mémoire de la famille, la mémoire de l'humanité, la mémoire du pays."

Le 31 janvier 2020 – déjà ! - au Vatican, à l’occasion du congrès sur la pastorale des personnes âgées organisé par le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie sur le beau  thème « La richesse des années », il constatait qu’au XXIème siècle la pyramide des âges s’inversant il déclarait :

« La vieillesse est devenue l’une des marques distinctives de l’humanité . Une nouveauté pour chaque milieu social et géographique dans le monde. Alors que, d’un côté, les États doivent affronter une nouvelle situation démographique sur le plan économique, de l’autre, la société civile a besoin de valeurs et de significations pour le troisième et le quatrième âge et c’est ici que la communauté ecclésiale apporte sa contribution. D’où l’intérêt, en filigrane de ce congrès, d’une réflexion sur les implications dérivant d’une présence importante de grands-parents dans nos paroisses et dans les sociétés. A ce titre, nous devons changer nos habitudes pastorales afin de savoir répondre à cette présence. »

Pour conforter sa réflexion, le pape nous rafraîchit la mémoire en rappelant que dans la Bible, la longévité est une bénédiction :

« Du sein stérile de Sarah et du corps centenaire d’Abraham est né le Peuple élu. Consciente de ce rôle irremplaçable des personnes âgées, l’Église se fait le lieu où les générations sont invitées à partager le projet d’amour de Dieu. »

Un partage intergénérationnel qui oblige à changer notre regard à l’égard des personnes âgées pour apprendre à nous tourner vers l’avenir avec elles. Se référant à Syméon et Anne il précise combien la prophétie des personnes âgées se réalise quand la lumière de l’Évangile entre dans leur vie  et d’encourager chacune et chacun à se porter à leur rencontre avec le sourire sur le visage et l’Évangile entre les mains. A sortir dans les rues et à aller chercher les personnes âgées qui vivent seules.  Précisant encore que la  vieillesse n’est pas une maladie, mais un privilège ! 

Réitérant récemment sur la place Saint Pierre, celui que certains médias et autres bonimenteurs de plateaux de radio et de télévision ainsi que quelques survivants d’une presse à sensation quasi moribonde, abandonnent à l’insipide rumeur de la démission et autres renoncements injustifiés, leur a répondu par une brillante prestation évangélique depuis le balcon de ses appartements officiels au Vatican lors de la célébration de la Pentecôte.

Au prétexte d’une déficience physique réduisant considérablement sa mobilité au point de le contraindre en pareille circonstance à l‘incontournable chaise roulante à laquelle et malheureusement bien d’autres personnes de tous âges et pour des motifs divers de santé sont aussi condamnées, le pape n’échappe pas à ce tir de missiles qui souvent provient du sérail.   

En réponse, le pape François apporte régulièrement les preuves de sa vigueur et de sa vision d’un apostolat nourri d’un expérience exceptionnelle qu’il entend mettre au service d’une Église vivante en dépit, là encore, des colporteurs de sinistrose :

"Les personnes âgées, en vertu de leur faiblesse, peuvent enseigner à ceux qui vivent d'autres étapes de la vie que nous avons tous besoin de nous abandonner au Seigneur, d'invoquer son aide. Nous devons tous apprendre de la vieillesse : oui, il y a un don dans le fait d'être âgé, compris comme l'abandon de soi aux soins des autres, à commencer par Dieu lui-même."  a-t-il déclaré en ce tout début de mois.

Ne m’abandonne pas alors que décline ma vigueur !

Et de citer à ce propos le psaume 71 :

« Sois mon rocher de refuge, ma forteresse pour me donner la sécurité, car tu es mon rocher et ma forteresse."

Accompagné du commentaire de Saint-Augustin :

"Pourquoi crains-tu qu'Il ne t'abandonne, qu'Il ne te rejette pour le temps de la vieillesse, quand tes forces seront épuisées ? En effet, en ce temps-là, en toi sera la force de Lui, quand ta force sera épuisée. »

C’est le temps de la Pentecôte. Ce n’est pas un hasard.

Rien de ce qui vient d’en Haut – n’en déplaise aux sceptiques et autres incroyants – n’est le fruit du hasard.

SAGESSE ET MÉMOIRE

Le psaume est à nouveau une référence à l’espoir :

. « Ne m’abandonne pas alors que décline ma vigueur. Seigneur mon Dieu, tu es mon espérance, mon appui dès ma jeunesse.
Toi, mon soutien dès avant ma naissance ; tu m’as choisi dès le ventre de ma mère ; tu seras ma louange toujours ! (…)
Toi qui m’as fait voir tant de maux et de détresses, tu me feras vivre à nouveau, à nouveau tu me tireras des abîmes de la terre, *
tu m’élèveras et me grandiras, tu reviendras me consoler. »

A quatre-vingt-cinq ans et quelques poussières, avec un handicap physique sévère mais un esprit remarquablement ouvert le pape François sait de quoi il parle. En tout cas, mieux que quiconque et que ceux autrement préoccupés de sa nécrologie que de sa volonté pugnace à tenir la barre de la chrétienté en général et de de la communauté catholique en particulier :

« Les personnes âgées possèdent la sagesse et sont la mémoire de la famille, la mémoire de l'humanité, la mémoire du pays. N'oubliez pas que vous aussi, vous deviendrez des personnes âgées. La vieillesse vient pour tout le monde. Et surtout traitez les personnes âgées aujourd'hui comme vous souhaiteriez être traités dans votre vieillesse".

A bon entendeur, salut  !

  

Bernard VADON 

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :