BIODIVERSITÉ : LE SIXIÈME ÉPISODE DE L’EXTINCTION MASSIVE EST-IL ENGAGÉ ?

Publié le 26 Mai 2022

Délire ou réalité, les conséquences liées au dérèglement climatique obligent à tout ce qui peut, directement ou indirectement, pallier les désastreuses et surtout dramatiques conséquences – dont ici même nous avons récemment parlé – du réchauffement quasi inéluctable de la planète.

En pareille circonstances, il convient, de prendre en considération la moindre piste, le moindre fil d’Ariane si ténu soit-il,  sinon la moindre planche de salut.

Figure reconnue du surréalisme et surtout des libertaires, prônant l'indépendance, Jacques Prévert est, entre autres, l'auteur de poèmes célèbres comme Barbara ou Le cancre. Entre autres. Mais l’onirisme caractéristique de ce mouvement littéraire m’a étrangement interpelé surtout lorsque le scénariste de « Quai des brumes » laisse libre cours à son imagination. Et que les objets ou les chose les plus courantes, s’emparent de la pensée pour prendre place dans l’ordinaire de la messe du jour.

Ainsi, en langage argotique,  on apprend, sacrebleu, que les hommes qualifient les oreilles de feuilles, et que le poète précise combien les arbres connaissent la musique et toujours sans ponctuation aucune (l’une des caractéristiques, entre autres, des libertaires) précise que la langue verte des arbres serait un argot plus ancien au point de se poser la question de savoir ce qu’ils se disent lorsqu’ils parlent des humains !

BOIS AIMÉS DU CIEL

Mu par la curiosité, j’ai poussé plus avant mes investigations littéraires curieux d’y trouver peut-être une réponse. Des Odes aux Ballades en passant par les Contemplations, les références à la nature et à ce qu’elle peut représenter d’espérance sont foison et en l’occurrence l’imagination et la sensibilité de Victor Hugo constituent une oblation exceptionnelle à la nature: 

 « Arbres, vous m’avez vu fuir l’homme et chercher Dieu!
Feuilles qui tressaillez à la pointe des branches,
Nids dont le vent au loin sème les plumes blanches,
Clairières, vallons verts, déserts sombres et doux,
Vous savez que je suis calme et pur comme vous.
Comme au ciel vos parfums, mon culte à Dieu s’élance,
Et je suis plein d’oubli comme vous de silence!
La haine sur mon nom répand en vain son fiel ;
Toujours, – je vous atteste, ô bois aimés du ciel ! »

Victor Hugo : "ô bois bien aimés ..."

Il y a quinze ans – au mois de février 2007 -  Cyril Tarquiny auteur compositeur prolixe, dans le sillage de Yannick Noah que l’état dégradant de la planète ne laisse pas insensible et la sauvegarde de l’environnement préoccupe, lui concocte un refrain inspiré des élans patriotiques d’un certain Claude  Rouget de Lisle, capitaine du génie sous la Révolution.

Souvenons-nous, une certaine « Marseillaise ».

S’inspirant du même esprit guerrier, Cyril Tarquiny entend incarner la préoccupation et l'engagement de Yannick Noah pour la planète et la sauvegarde de l'environnement.

Par la magie d’un sympathique et finalement parlant copié/collé  l’historique "Aux armes citoyens" devient "aux arbres citoyens" et favorise un appel vibrant en faveur de l'écologie et à l’adresse des citoyens du monde.

L’objectif, inciter dans un premier temps les auditeurs à prendre les choses en main pour protéger la nature, tout en dénonçant l'inaction des gouvernants.

Une chanson qui touchera beaucoup de monde et qui sera également proposée dans les établissements scolaires afin de sensibiliser les jeunes générations. 

Changement de décor et d’ambiance.

Nous sommes en janvier 1992 lors d’un reportage en Antarctique marqué par une rencontre improbable, bord à bord, avec l’explorateur et scientifique Jean-Louis Etienne. Des échanges mémorables de bateau à bateau sur la fameuse ligne de Convergence Antarctique à 59° 5,8’ de Latitude Sud. C’est la saison estivale avec une température de +2 à -3 degrés. Pour comparaison, en hiver, ces mêmes températures peuvent descendre jusqu’à moins 80 degrés ! 

Jean-Louis Etienne :"Et si l'arbre était l'avenir de l'homme ?

A l’époque, je titrais mon article sur un continent unique et fascinant, haut- lieu de la mémoire du monde mais aussi géant aux pieds d’argile dont la préservation paraissait alors essentielle pour l’avenir de la planète. Trente ans après qu’en est-il ?

C’était un dimanche. On serait tenté de dire un jour comme les autres.

Et pourtant :

"Quelle musique que le silence !" écrivait Jean Anouilh.

Que serait effectivement une partition sans ces silences qu’implique l’écriture musicale?  En cet instant, un silence qui pourrait effrayer tant il est présent et d’une musicalité si intense. 

Paradoxal ? Pas tant.

« AUX ARBRES CITOYENS »

Du pôle Nord en solitaire aux traversées du Groenland et de l’Antarctique en traîneaux à chiens, Jean-Louis Étienne -  médecin et explorateur français connu pour ses expéditions en Arctique - a été le premier homme à atteindre le pôle Nord en solitaire en 1986 et en Antarctique lors de la « Transantarctica » réalisée en 1989-1990.

Le panda, cet étrange animal hôte des grandes forêts humides.

A ce titre, il est considéré comme l’homme des déserts blancs.

Pourtant, ce voyageur au long cours est aussi un bricoleur dans l’âme, un bâtisseur, et surtout un amoureux de la forêt et du bois. Il a d’ailleurs installé son port d’attache, dans la forêt de son village natal du Tarn,  d’où, enfant, il s’évadait.

Il s’y réfugie régulièrement pour retrouver la cabane qu’il y a construite pour vivre, à l’instar du philosophe américain Henry David Thoreau. En recherche d’une vie autonome, au milieu de la nature qu’il côtoie depuis son plus jeune âge :

« Elle est mon champ d’observations, d’émotions, de découvertes, mon espace de liberté et d’intimité. »

C’est ce qu’il raconte à partir d’anecdotes et de souvenirs d’enfance dans un ouvrage (dont nous avons déjà parlé ici-même) qui reprend le titre de la chanson de Tarquigny.

Mais la démarche de Jean-Louis Etienne est autrement pédagogique et existentielle au travers de ce qu’il n’hésite pas à qualifier de « génie de l’arbre ».

Ces oreilles vertes qui nous écoutent ...

Les arbres, ces géants du règne végétal qui nous gratifient, selon lui, de leurs multiples potentiels : du gîte au couvert de la biodiversité en passant par le château d’eau, entre ciel et terre.

Pourvoyeur d’oxygène et régulateur du climat, l’arbre est – constat scientifiquement prouvé - le garant de la conservation des sols mais aussi le producteur d'oxygène, un purificateur d'air et une source de vie. Il bloque le CO2 dans l'atmosphère pour le transformer et le rejeter ensuite sous forme d'oxygène. Une sacrée formule.

Pour exemple (bien que celui ne soit plus totalement le bon) dans la forêt amazonienne, chaque hectare de forêt permet de stocker 50 tonnes de carbone.

Chez moi, cet arbre que je chéris et protège personnellement

Malheureusement, là encore, le mépris total des plus élémentaires lois naturelles de l’être humain, de ce méprisable prédateur, de son appétit pour le profit, de son goût immodéré pour la destruction et en particulier celle des forêts illustrent une irresponsabilité meurtrière, une bêtise sans égale, dont la planète a de fortes chances de ne jamais se remettre.

Les illustrations de ce mépris de la nature, je l’ai trouvé dans le Sud- Ouest où, en l’espace de seulement vingt années, la population d’oiseaux a pratiquement disparu. Sinon quelques malheureuses fauvettes et autres moineaux et tourterelles ayant miraculeusement  réchappé de ce génocide ornithologique.

En revanche, sur notre terrasse, à Marrakech, les oiseaux de tous noms sont légions jusqu’à venir se percher sur les colonnes de notre salle de séjour.

Maroc : pour l'heure biodiversité assurée ... mais ...

L’explication se trouve en partie dans cette végétation luxuriante qu’on laisse volontairement, ou non, proliférer. La négligence pour une fois ayant des conséquences bénéfiques.

Contrairement à la France où l’on supprime systématiquement des kilomètres de haies et où l’on pratique la déforestation au bénéfice d’hectares à cultiver quand ce n’est pas pour bétonner.

Ne parlons pas des cultures aberrantes dévoreuses d’eau dont le maïs.    

DES SOLUTIONS POUR DEMAIN

Mais revenons à l’auteur de « Aux arbres citoyens » qui ne manque pas de satisfaire notre curiosité au gré de questions inattendues. Précisément à propos des arbres. Glossaire :

Pourquoi les racines plongent-elles vers le centre de la Terre ? Un arbre transpire-t-il ? Pourquoi les feuilles sont-elles vertes ? Quel est le véritable poumon de la Terre ? .

Autant de recherches prometteuses en biomimétisme, comme la photosynthèse artificielle, notamment, qui permet de produire un « carburant solaire ».

Mais Jean-Louis Etienne nourrit aussi des solutions pour demain, telle la construction d’immeubles en bois pour justement séquestrer le carbone.

Des racines qui plongent vers le centre de la terre.

Homme de terrain et d’expérience, observateur attentif des équilibres minuscules et immenses qui régulent la marche du monde – Jean-Louis Etienne serait-il, dans cette phase de destruction massive, l’instigateur d’une autre et originale philosophie de vie celle qui, au vu de l’action et de la place encore mystérieuses de ces géants de la Terre, pourrait être notre planche de salut au cœur de ce déluge de catastrophes sinon de cataclysmes annoncés qui, chaque jour, impacte un lieu bien spécifique de la planète ?

Qui mieux que Victor Hugo peut encore nous donner la mesure quantique de ce mystère quasi religieux que représente le monde des arbres :

« Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois,
Dans tout ce qui m’entoure et me cache à la fois,
Dans votre solitude où je rentre en moi-même,
Je sens quelqu’un de grand qui m’écoute et qui m’aime ! »

 

L'oeil de mon arbre : mystérieusement fascinant.

Et si l’arbre était l’avenir de l’homme ?

Le monde chrétien célèbre deux fêtes clés, symboles de vie et d’espoir :  l’Ascension et la Pentecôte. A ce propos, on peut à nouveau rêver et ce pourrait être pour la bonne cause ;  malheureusement et ce sera notre « bémol » de circonstance sinon un retour à l’actualité :

« il y a aujourd'hui urgence, certains experts allant jusqu'à qualifier la période contemporaine de 6e épisode d'extinction massive. » 

 

Bernard VADON

 

 

 

 

 

 

 

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :