Modeste constat d’entre-deux tours d’élection : « Nous sommes bien bas ! Pauvre France ! Où allons-nous ? »

Publié le 22 Avril 2022

Il y a quelques semaines la lecture d’un ouvrage – celui de Agnès Verdier-Molinier – m’inspirait ces quelques réflexions qui, en ce temps singulier d’un entre-deux tours d’élections, me reviennent aujourd’hui étrangement en mémoire. Travelling arrière.

Pas forcément nécessaire de chercher dans cette phrase (« Nous sommes bien bas ! Pauvre France ! Où allons-nous ») au demeurant sibylline et peut-être sortie de son contexte proustien -  une relation actuelle de cause à effet.

Quoique.

Une citation singulière de Marcel Proust – alias en la circonstance Jean Santeuil, titre d’un ouvrage de l’auteur du « Temps retrouvé » dans lequel Proust, non transposé, mais vu en quelque sorte du dehors et présenté tel quel pouvait s’étudier et se voir au jour le jour dans sa propre quête à la poursuite de sa personnalité et de ses raisons d’être,  selon Émile Henriot (qui d’ailleurs l’associait au « Cloître de la rue d’Ulm » de Romain Rolland ).

Marcel Proust : en ces temps d’extrême incertitude sociale et morale ...

Un énoncé qui  tombe à point nommé en ces temps d’extrême incertitude sociale et morale. Et parfois même, existentielle.

A quelques semaines seulement d’une échéance nationale et en l’occurrence présidentielle, importante et en la circonstance inquiétante, on peine à seulement imaginer la personnalité qui se verra, pour cinq années, confier les clés du « Palais» ;  même les diseuses de bonne aventure et autres astrologues sont étrangement muets. C’est vrai que certains ont tellement dit de bêtises !

Néanmoins, le temps n’est plus où Élisabeth Tessier « conseillait » François Mitterrand et où l’irremplaçable, et jamais autant regretté Charles de Gaulle, s’appliquait à faire des réussites sur son modeste bureau de La Boisserie.

FARAMINEUX

Une chose en tout cas certaine, c’est que l’apparition d’un homme ou d’une femme providentiels n’est malheureusement, à ce jour, qu’une vue de l’esprit.

Nul doute qu’il faille vraisemblablement faire la soupe avec les vieux restes.

Ceux-là même qui, s’ils n’ont pas l’art de la gouvernance,  sont vite, à l’épreuve du feu électoral, passés maîtres dans la manipulation et autres jeux du genre « A qui perd, gagne ».

Machiavel, via Jonathan Swift, (ci-dessus) a tiré de l’exercice quelques édifiantes leçons. 

Plus communément, l’art du mensonge en politique : celui, délicat (si l’on peut dire poliment) consistant à faire croire au peuple des faussetés salutaires, pour quelque bonne fin. Dans la mouvance de Machiavel, via Jonathan Swift, qui a tiré de l’exercice quelques édifiantes leçons. 

MENSONGES

Agapes et frais faramineux de la collectivité comme en ont dernièrement témoigné les journalistes de l’émission « Envoyé Spécial» managés par celle, Élise Lucet, dont le nom fait, à seulement le prononcer, trembler la gent politique et économique. Une journaliste affirmée qui a le talent pour  démontrer combien la faim du pouvoir peut justifier les moyens.

Je ne sais pas si la France – notre chère France – va mal mais ce qui est certain c’est qu’elle ne va pas bien. Pas bien du tout.

N’en déplaise à tous les profiteurs – ou quasiment, l’exception confirmant la règle -  du système républicain de plus en plus rouillé sinon vicié.

N’en déplaise aussi aux thuriféraires du pouvoir en place – porte-parole en tête de gondole -  vociférant à tout va qu’ils sont les meilleurs et bien sûr irremplaçables.

La tartuferie est à son comble. 

Il suffit d’un pavé dans cette mare à canards (et canes) boiteux pour que la vérité éclate. Et qu’explose la baudruche des mensonges concertés.

Le récurrent et honteux scandale des EHPAD n’est qu’un impromptu fâcheux et malvenu en cette fin de mandat et la parution récente d’un ouvrage révélateur de ce que l’auteure nomme comme un « Vrai État de la France » (titre de son essai) sonne tel un glas dans ce monde politique mal pensant. (1)

Agnès Verdiar-Molinié : Un constat sur le plan économique et sanitaire tout simplement hallucinant.

Directrice de la Fondation IFRAZP-think tank (je cite : chargée d’évaluer les administrations et les politiques publiques) Agnès Verdier-Molinié n’y va pas avec le dos de la cuiller pour éplucher les comptes qu’en d’autres périodes de l’année (mais curieusement jamais en veille d’élections) une certaine Cour des Comptes est chargée d’établir et de rendre publics.

Le constat sur le plan économique et sanitaire est tout simplement hallucinant.

A se pincer pour s’assurer qu’on ne rêve pas.

Avec justesse, objectivité et rigueur, l’auteure de ce bilan n’y va pas par quatre chemins :

Je cite encore :

« La France en richesse par habitant se situe au 23° rang mondial. Elle a atteint les 1.454 milliards de dépenses publiques et les français payent 483 taxes, impôts et cotisations ».

L’opprobre  suprême pour le pays des Droits de l’homme,  qui s’enorgueillit d’une  culture sans égale et n’est pas en reste pour donner des leçons, c’est quand même d’apprendre qu’un jeune sur 20 est illettré ! 

GABEGIE

« Nous sommes bien bas,  pauvre France, Où allons-nous ! »

Ainsi  s’exprimait Jean Santeuil -  alias Marcel Proust -  dans un roman de jeunesse :

La première impression curieuse donnée par ce portrait de Proust, avant le Proust de «La Recherche du Temps Perdu »,  est la révélation d’un personnage plus près de la réalité immédiate que de celui qu’il est devenu ou qu’il a décrit par la suite, estime encore Émile Henriot.

Les détails de cette gabegie foisonnent au cœur de ce brûlot :

des Cartes vitales surnuméraires et des milliards de fraude qui en résultent, au scandale de la bureaucratie, en passant – la liste n’est pas exhaustive - par les deux millions et demi de français exilés à l’étranger eu égard la crise, la huitième place en Europe pour ce qui concerne les investissements étrangers (contrairement au satisfecit affiché benoitement par l’actuel président) et les 82 milliards de déficit commercial, sans parler des deux millions d’emplois en moins dans l’industrie.

Quant aux heures de travail en moins (7 milliards !) elles nous situent, en comparaison de nos voisins, quasiment  en queue de convoi.

Qui a  parlé des 35 heures ?

Un constat qui concerne tous les recoins de l’économie et de la finance ;  avec en prime  l’ubuesque situation sanitaire. Il s’y ajoute le foutoir des lois (toujours renouvelées ou multipliées mais tout autant complexes et inefficaces. Ne serait-ce, par exemple, que pour finaliser l’acquisition d’un bien, opération relatée hier sur deux pages et portée aujourd’hui à huit fois plus. Ne parlons pas des cafouillages informatiques.

SINGULIER PRINCIPE

Nonobstant les gesticulations de nos responsables politiques relayés complaisamment sur les plateaux de télévision en continu (ou d’État) et tout autant les chaînes publiques ou privées,  par de pseudos journalistes pour la plupart pompeusement désignés consultants, moralisateurs et chroniqueurs de comptoirs, issus de milieux professionnels Justice et autres, souvent déconcertants, ou par des médias plus ou moins sponsorisés, notre image à l’extérieur n’est guère plus convaincante. L’exception là encore confirmant la règle.

Que ce soit aujourd’hui en Ukraine et en Afrique sub-saharienne ou en Afrique du Nord et hier, au Liban. Et demain où ?

Bref, entre la Chine, la Russie et les États-Unis, l’échec et mat est tristement notre quotidien international.

Au grand dam des manipulateurs de chiffres et des roulements de tambour médiatique clamant haut et fort que la France est perçue à l’étranger comme influente et reste une grande puissance économique. (sic)

Et cela, dans le droit fil de la fameuse méthode Coué, sous le label élimé  des Nations Unies  - ce drôle de « machin » selon la formule assassine du général de Gaulle - et de la Banque Mondiale (curieuses références) déclamant le dicton populaire  « Lorsque je me regarde, je me désole. Mais lorsque je me compare, je me console ».

Sur ce singulier principe il en est donc encore pour affirmer que « nous sommes la 15ème économie la plus compétitive du monde, le 11ème pays le plus innovant, la huitième puissance militaire, la sixième puissance commerciale et la 6ème économie du monde produisant 3% de la richesse mondiale. »

Sic un grand quotidien d’obédience chrétienne.

Vous avez dit lucidité ?

Allons, bonnes gens, dormez sereins sur vos deux oreilles. Tout va très bien.

Pour le général De Gaulle dont toutes et tous se réclament avec un culot monstre : « la fin de l’espoir est le commencement de la mort »,

Et si d’aventure, vous prétendiez le contraire, vous serez précipités dans le chaudron bouillonnant ou mijotent de vils comploteurs et autres survivalistes demeurés. Rassurez-vous, je n’en suis pas. Je préfère le réalisme sinon l’honnêteté intellectuelle. On peut rêver !

SURSAUT

Pourtant – et j’en prendrais pour témoignage celui qui a le mieux incarné la France, le général de Gaulle, lorsqu’il affirmait qu’elle ne peut être la France sans la grandeur et que « la fin de l’espoir est le commencement de la mort », la situation actuelle, tout en étant objectivement grave, n’est cependant pas désespérée.

Enfin, pas totalement désespérée. 

A ce propos,  Agnès Verdier-Molinié révèle quelques pistes sinon quelques mesures drastiques assurant qu’au-delà du sang et des larmes, c’est le sursaut qu’il faut mettre en œuvre :

« Marcher certes, mais la tête haute … Assumer que nous maîtrisons une part de notre destin commun. En clair, reconstruire la France. Tout simplement car la France n’a pas droit au déclin. »

En fait de complot, vous repasserez !

   

 

Bernard VADON

 

  1.  Agnès Verdier- Molinié : « Le vrai État de la France ». Éditions de l’Observatoire

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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