ACTUALITÉ - LOURDES : DE LA RESURRECTION A LA RENAISSANCE. CENT MILLIONS D’EUROS EN MANIÈRE DE PLAN DE RELANCE …  POUR LA VILLE.

Publié le 19 Février 2022

Ne parlons pas de coïncidence et encore moins de hasard. Particulièrement, dans une ville que motive une forte dynamique spirituelle. Cette dernière – qu’on le veuille, ou pas - conditionnant l’économie directe de la commune.  Même si l’espérance est en priorité au cœur de tous ceux qui viennent dans la cité des apparitions mariales et avant toutes autres choses, soulager leurs misères physiques ou morales. Ou plus simplement, trouver des réponses à leurs questions existentielles. Merci Bernadette pour ce miracle.

Au temps des apparitions ...

Surtout, si l’on en croit Gustave Thibon estimant que le miracle est la coïncidence entre ce qui arrive et ce qui est.

En ce cas et aujourd’hui, une réalité matérielle touchant ceux qui, singulièrement, doivent assumer certaines responsabilités au sein de la cité mais aussi pour les responsables religieux, et autres laïques impliqués, dans le fonctionnement d’un sanctuaire déserté et financièrement plombé depuis presque deux années par un immobilisme obligé résultant d’une imprévisible (ou presque ) crise sanitaire.  

La basilique Notre-Dame du Rosaire archi-comble.

Ceux-là ont tout lieu de s’interroger autant sur le fond que sur la forme à l’issue de la toute dernière visite du Premier ministre de la République française. 

MAUVAIS ESPRIT

En effet, le moment était-il opportunément – ou astucieusement - choisi pour jouer les « Père-Noël » ou en l’espèce, l’émissaire marial ?

Étant entendu que cette manne ne profitera directement pas au sanctuaire. 

En l’occurrence et plus concrètement, l’objectif est de finaliser, avec le concours des collectivités locales un plan de relance de 100 millions d’euros pour rénover l’une des villes commercialement les plus touchées par la crise sanitaire, et par là même en profiter pour diversifier le tourisme local. (sic).

La magnificence et la tradition des grands jours

Il est vrai que la perspective d’élections prochaines, au demeurant importantes puisque nationales, pourrait être aussi une explication à cette soudaine attention. Quitte à se faire taxer de mauvais esprit. Ce qui, en lieu et place, pourrait naturellement passer pour une offense.

Cela dit, acceptons-en l’augure même si  M. Christian Gélis - représentant local de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie – semble ne pas vouloir jeter le manche après la cognée. On le comprend.

Car au pays d’Henri IV, au cœur de ces Pyrénées particulièrement riches de valeurs culturelles et où l’on est profondément attaché et respectueux des acquis de la terre nourricière, on ne prend pas si facilement des vessies pour des lanternes. Et la prudence, en pays rural, n’est pas un vain mot.

Après la messe solennelle célébrée en hommage à Sainte Bernadette, en route pour l'adoration à la Grotte de Massabielle

Attendons donc de voir. Et comme disait Shakespeare, souvent nous avons en nous le remède que nous attendons du ciel. A cette nuance près, qu’à Lourdes, c’est précisément du ciel que viennent (parfois) les réponses. Sinon, à quoi servirait-il de venir y faire ses dévotions et autres invocations à l’ombre du mythique rocher de Massabielle ?

COLLOSAL

Plus concrètement et en chiffres, Lourdes a perdu 90 % de ses pèlerins en 2020 et 75 % en 2021. Colossal. Autant dire que la spécificité de son tourisme fait craindre une reprise lente. Très lente. En raison, principalement, d’un tourisme très organisé sinon singulier, essentiellement (mais certes pas seulement) fait de vols charters ou low-cost, un fonctionnement qui ne se prête pas aux décisions de dernière minute.

Suivez mon regard quelque peu diabolique. 

Confinée depuis de longs mois, Lourdes reprend des couleurs ...

Le maire de Lourdes, Thierry Lavit, a confié avoir vu passer, depuis bientôt deux années, presque autant de représentants de l’État que de groupes de pèlerins !

La comparaison est édifiante.

Et la reprise sera d’autant plus compliquée que les moyens d’accès – notamment aériens – obsolètes depuis des mois, nécessiteront des solutions pragmatiques autres que celles que l’on serait amené à prendre en seulement quelques jours.

Certes, le plan de relance de 100 millions d’euros pour rénover la ville la plus touchée par la crise sanitaire, et diversifier son tourisme local, annoncé sur place par le Premier ministre de la France, une semaine après les célébrations de l’anniversaire de la première apparition de la Vierge Marie à Bernadette Soubirous, est un « signe » que les autorités civiles et religieuses ont favorablement accueilli. Et pris, si l’on peut dire, sérieusement en compte.

Les prêtres ont retrouvé par dizaines le sens de la communauté 

Pas question en raison du contexte de faire la fine bouche.

En critiquant ou discutant, par exemple, ce « signe »qui  précède la renaissance  - ou la résurrection - attendues sinon vivement espérées de la ville des apparitions. 

D’aucuns en acceptent l’augure. 

Ce qui est pris est pris tout en ressentant, non pas un sentiment de pessimisme, mais plutôt un soupçon de réalisme au regard d’impacts dépendant de cette crise dont les effets se manifesteront, selon les économistes, jusque dans les années 2023/2024.   

JE SUIS CHARGÉE DE VOUS LE DIRE

Ce dernier vendredi, l’émouvante et vibrante célébration de la messe solennelle, à l’occasion de la fête de Bernadette, a rassemblé, en la basilique Notre-Dame du Rosaire après cette longue traversée du désert, une foule inhabituelle de pèlerins.

Des fidèles par milliers, recueillis dans le respect des, gestes barrières !

Le respect des gestes barrières ne retirait en rien au recueillement des fidèles et à la beauté du rite, en partie de tradition latine, rythmé par les chants et les accents de l’orgue, et portait une intense prière commune dont il n’est pas difficile d’imaginer la teneur.

Cloches sonnant à la volée, ciel aux couleurs mariales, température printanière : vous avez dit renaissance ou - à quelques semaines de Pâques – une résurrection anticipée ? 

La procession à la Grotte de Massabielle, toute proche, mit un terme à cet événement charismatique – dans sa signification théologique – dont Bernadette, la petite bergère pas aussi débile que certains le laisseraient entendre, a su, à son corps défendant, mais avec une sympathique et naturelle obéissance à la Vierge Marie, se faire la communicante ô combien convaincante. 

Bernadette : "Je suis chargée de vous le dire …"

Cela pourrait aussi commencer par « Il était une fois ». Un peu comme toutes les histoires, contes ou légendes

Tout ce qui entre dans cette recette littéraire est réuni pour satisfaire le merveilleux : la jeune fille sage et analphabète, une famille nécessiteuse, un environnement en harmonie avec une vie ordinaire et d’une extrême simplicité dans une ville sans charme particulier. 

Et soudain, la rencontre du ciel et de la terre est signifiée par un souffle mystérieux qui n’a du vent que la sensation. 

Au cœur d’une grotte inhospitalière et froide bordée par une rivière nourrie des neiges toutes proches des Pyrénées. 

Le temps d’hiver est particulièrement rude en ce lieu où s’épanouit une nature verdoyante mais où le soleil n’instille qu’avec parcimonie ses doux et chauds rayons. 

Nous sommes en l’an 1858 et l’accomplissement d’un signe fort venu de nulle part va propulser Lourdes, une banale cité du sud-ouest de la France, sur l’un des sommets de la spiritualité. 

Au centre de ce mystère une jeune bergère prénommée Bernadette. 

Les chemins de Dieu sont ainsi déroutants et beaux qui ne serpentent qu’en terre de simplicité et de dénuement. 

Avec cette volonté de nous faire prendre conscience de notre petitesse et en même temps de notre grandeur. 

Un paradoxe sinon un message dont Bernadette Soubirous, à travers chaque croyant, s’imprègnera jusqu’au terme d’une existence courte mais singulièrement porteuse d’espoir aux pèlerins de Dieu venus des quatre coins de la planète trouver à Lourdes le souffle de l’Espérance.

LA COLLINE INSPIRÉE

Une fois encore se pose le délicat dilemme à savoir de croire ou ne pas croire. Dans cette sorte de disponibilité existentielle, il est des témoignages qui, sans forcément convaincre pleinement, nous interpellent.

La complexité du phénomène de Lourdes

La complexité du phénomène de Lourdes en sa qualité de ville des apparitions n’a pas fini de nous surprendre. Croyants ou athées.

Les intellectuels et notamment les écrivains ne sont pas les derniers à s’être passionnés pour Lourdes même si, pour certains - outre les incontournables  marchands du temple – le filon est bon.

Lourdes fait vendre, c’est un fait.

Même si Émile Zola n’est pas le meilleur exemple au regard de la reconnaissance de la foi. Toutefois,  le succès de son roman à thèse intitulé tout simplement  « Lourdes » ne manqua pas de déclencher, dans sa vision quelque peu laïque du pèlerinage, un véritable tollé :

« Il aurait mieux fallu pour cet homme qu’il ne vît pas ce qui lui fut donné de voir » dira de lui François Mauriac.

Au terme de ses recherches, Émile Zola s’est trouvé face à un dilemme pénible car ce moraliste d’instinct et de tempérament avait tout simplement supprimé la morale. 

En fait, ces intellectuels en quête de renouvellement et d’absolu veulent surtout tourner le dos au positivisme et au naturalisme déterministe. 

Autant dire que l’intérêt pour le surnaturel n’est pas prêt de faiblir et, à ce titre, les grands écrivains catholiques ne sont pas les derniers à être  venus boire et surtout  « se laver » à la fameuse source miraculeuse enfantée du  rocher. 

Qui mieux que l'écrivain J.K Huysmans serait en mesure d’affirmer qu’il en est ainsi des lieux où souffle l’Esprit et que Lourdes, à ce titre, reste un endroit très mystérieux.

Quant à Maurice Barrès, dans son très beau livre « La Colline Inspirée », il assume dans une poésie sans égale sa fidélité à Lourdes :

« Il est des lieux qui tirent l’âme de sa léthargie, des lieux enveloppés, baignés de mystère, élus de toute éternité  pour être le siège de l’émotion religieuse. »

En bref, Zola rejettait le spirituel et Huysmans, le message pour, à terme, et ensemble, en véhiculer le mystère.

Le besoin de croire et de cristalliser cette croyance sur un lieu inspirant m’apparait, au-delà de la dévotion et de comportements individuels singuliers mais aussi de l’anthropologie culturelle, comme une réponse aux appels indicibles de l’insondable.  

 

Bernard Vadon

 

  1. Bernadette Soubirous fut béatifiée le 14 juin 1925 puis canonisée le 8 décembre 1933 par le pape Pie XI. Sa fête est commémorée le 18 février (jour de la 3èmeapparition) une semaine après celle de Notre-Dame de Lourdes.

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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