RETOUR SUR UN FUTUR PROCHE OU, A PROPOS DU DÉRÈGLEMENT CLIMATIQUE, LA TERRE VUE (AUSSI) DU CŒUR !

Publié le 23 Janvier 2022

Le 23 mai 2018 - c’était presque hier – l’astrophysicien canadien, Hubert Reeves, présentait sous l’égide de la Fondation Good-Planet un film (« La Terre vue du cœur »)  réalisé par Iolande Cadrin-Rossignol. L’objectif visait à sensibiliser le spectateur à la préservation de la biodiversité. Singulier clin d’œil à la démarche  de Yann Arthus Bertrand à propos de la même  terre, mais vue du ciel, celle-là, une invitation photographique et littéraire, publiée en 2009 (déjà !)  et destinée à découvrir, comprendre, réfléchir et agir pour l’avenir de la planète. En somme, du visuel pour l’un et de l’affect pour l’autre. Mais au fond une démarche commune, avec,  toutefois, cette nuance allant de la préservation au sauvetage quasi in-extremis de la planète pour  la circonstance joliment colorée de bleu.

Hubert Reeves : clin d'oeil (via le coeur) à la démarche de Yann Arthus Bertrand.

Et Hubert Reeves de préciser que le fait – notamment - que les oiseaux aient perdu 30% de leur diversité, ne parait pas interpeler pour autant un plus grand nombre de terriens qui ne réalisent pas ce que cela signifie pour eux dans un futur proche :

« En astronomie, lorsqu’on parle d’avenir, on essaye d’anticiper sur des millions d’années. Ici, on parle de décennies. Personne ne sait comment sera la planète dans 30 ou 50 ans selon les décisions que nous prenons maintenant. » note l’astrophysicien canadien naturalisé français.

AFFAIRE DE CHOIX

Nuance assortie de cette mise en garde autrement inquiétante :

« On peut considérer qu’il n’est pas certain que l’humanité survive. Cela dépend de nos choix. L’avenir pourrait être bien mieux comme bien pire. Cette planète a été malmenée par l’humanité et les ravages commencent à se faire sentir un peu partout. On sait, si on parle de réchauffement climatique, que la température va continuer d’augmenter, avec tous les effets indésirables et ingérables que l’on connait,  comme les tempêtes de plus en plus violentes, la pollution de l’air, l’acidification de l’océan ou l’érosion de la biodiversité. Tout cela commence à être connu. On a tellement abimé cette planète, on l’a tellement saccagée, que son habitabilité pose question ».

Des effets de plus en plus indésirables et ingérables ...

L’Homme, estime encore Hubert Reeves, a une très grande puissance mais il a infiniment de mal à la gérer. Il suffit de se rappeler la Guerre froide pour s’en convaincre :

« Pendant cette période, l’humanité a frôlé la catastrophe. À plusieurs reprises, nous avons failli être éliminés par notre propre activité. C’est l’Homme qui a créé la bombe atomique. De la même manière, c’est encore lui qui a créé tous les appareils qui permettent de saccager la nature, de couper les forêts, de stériliser les sols, de faire de la surpêche. Aujourd’hui, là est le problème majeur : comment allier notre très grande puissance et notre survie ? »

INITIATIVES POSITIVES

Étrangement, le célèbre astrophysicien bouscule quelques idées reçues dont la nôtre quant au comportement, par exemple,  de l’ancien président des États-Unis, Donald Trump, et de ses sentiments « climato sceptiques ». Et à ce propos, la réponse d’Hubert Reeves est quelque peu désarmante :

« Paradoxalement, Donald Trump a joué un rôle positif. Par son attitude climato-sceptique, il a éveillé les Américains plus que jamais à ces problématiques. En réaction, un grand nombre d’États et de villes aux États-Unis,  sont désormais plus verts que ce que l’on souhaitait ! Du fait que les Américains se sentaient presque humiliés d’avoir un président qui comprenait  si mal ce qui se passait , il y a eu cette réaction positive. Je crois que les villes sont beaucoup plus influentes  que les gouvernements. Je fais souvent des conférences dans des villes françaises, canadiennes, belges ou suisses et je constate souvent que des initiatives positives pour l’environnement sont déjà bien engagées au niveau des  municipalités dans les secteurs du compostage ou des pesticides. Alors, les gouvernements prendront-ils le train en marche ? »

Manifestement, Hubert Reeves entend rester positif.

Fait-il en ce sens preuve d’un optimisme excessif ?

D’aucuns ne manqueront pas de le lui faire remarquer. Lui qui entend persister dans cette vision d’un monde qui, à force de restauration, va trouver de bonnes raisons de s’opposer à sa détérioration (sic) :

« il y a un éveil, une prise de conscience et des gens qui sont prêts à faire quelque chose. Il ne faut pas oublier  que la force de détérioration se poursuit avec la déforestation, notamment, et avec tous les problèmes actuels que l’on connait. On assiste à un combat entre ces deux forces. Il y a certes  un avenir, mais ce ne sera pas facile. »

RÉVEILLER LES ÉMOTIONS

De l’envie sinon de la nécessité d’intervenir sans tarder. De se pénétrer surtout de l’idée que rien n’est impossible si toutefois on mobilise toutes les énergies.

Un vœu trop pieux ?

Profitons-en pendant qu'il en est encore temps !

Certaines réalités quotidiennes tendraient à donner raison aux sceptiques.

 Cependant et toujours selon Hubert Reeves, quand on arrive à convaincre les gens, et non pas à les obliger ou à les sermonner, qu’ils sont eux-mêmes en danger, eux et leurs enfants, ils trouvent eux-mêmes ce qu’il faut faire. Nous avons besoin d’innovation, de nouvelles idées. Nous connaissons les méthodes inefficaces et celles qui permettraient à la planète de rester habitable pour les humains :

« il faut réveiller les émotions. La connaissance abstraite n’est pas suffisante pour mobiliser les énergies pour se mettre en marche. Il faut une connaissance qui touche à la personne elle-même dans son existence, dans sa vie, dans ses émotions. »

DOCTRINE DE L’EFFONDRISME

Dans la mouvance de cet appel sinon au encore au secours en tout cas à l’action une jeune suédoise – on s’en souvient – a mis non sans une sympathique spontanéité le doigt dans l’infernale machine climatique. Mettant à mal la tranquillité d’une Organisation des Nations Unies (ce « machin » comme le qualifiait le général De Gaulle ) et le Parlement de son pays, la Suède.

Greta Thunberg en filigrane de papa maman :"Une défense de la doctrine de « l’effondrisme », c’est-à-dire l’idéal du gauchisme et du tiers-mondisme. » ( Luc Ferry).

Une diversion estivale qui n’a pas manqué de faire réagir à différents niveaux professionnels. Notamment, ce journaliste de Sky-News :

« Vous êtes la première génération à exiger la climatisation dans chaque salle de classe; vos cours sont tous faits sur ordinateur; vous avez une télé dans chaque pièce; vous passez toute la journée à utiliser des moyens électroniques; au lieu de marcher (…) Vous prenez une flotte de moyens privés qui bouchent les voies publiques; vous êtes les plus grands consommateurs de biens de consommation de toute l'histoire, achetant sans cesse les vêtements les plus chers pour être « trendy » (branché ou dans le vent)  ; votre protestation est médiatisée par des moyens numériques et électroniques :

« Les gars, avant de protester, éteignez la climatisation, allez à l'école à pied, éteignez vos téléphones et lisez un livre, faites un sandwich au lieu d'acheter de la nourriture emballée.

« Mais rien de cela n'arrivera, car vous êtes égoïstes, mal éduqués, manipulés par des gens qui vous utilisent, proclamant avoir une cause noble alors que vous vous jouez dans le luxe occidental le plus effréné.

Réveillez-vous, mûrissez et fermez-la. Informez-vous des faits avant de protester.”

Une constatation pour le moins brutale et sans ménagement.

La réponse ne s’est d’ailleurs pas faite attendre du côté de quelques « bénis-oui, oui » face à cette évidence dont, il est vrai, la responsabilité est partagée :

« Ne la fermez surtout pas devant des crétins pleins de suffisance, et qui sont pourtant bien plus coupables que vous ! »

Le problème est finalement trop grave et complexe pour en faire une banale affaire de conflit intergénérationnel. Et cela, au-delà de la crise existentielle à juste titre dénoncée par ces jeunes insurgés au demeurant sympathiques dans leur naïveté.

La pandémie planétaire qui frappe la planète n’est pas faite pour calmer les esprits. Doit-on pour autant entretenir cette manière de pensée apocalyptique, dépressive et catastrophique ?

Je ne puis m’empêcher de citer certaines personnalités qui, sans rire, ont même suggéré de décerner à cette jeune trublion le prix Nobel de la peur. Indépendamment du fait « rigolo » que le prix Nobel de littérature, soi-même, J.M.G Le Clézio, se soit déclaré solidaire du combat de la jeune fille est allé jusqu’à signer une tribune dans le journal « Libération. » Ben oui, quoi !  

Soyons sérieux.

Le philosophe Luc Ferry, a, quant à lui, décelé dans cette action une suite idéologique du « communisme défunt » et pour qui, je le cite :

 « L’écologisme radical de Greta Thunberg est en réalité une défense de la doctrine de « l’effondrisme », c’est-à-dire l’idéal du gauchisme et du tiers-mondisme. »

Le moins que l’on puisse écrire, en conclusion, c’est que le sujet ne laisse pas insensible. A défaut d’apporter de toute urgence une solution à la cause écologique, il sert opportunément quelques intérêts personnels et ajoute, selon l’essayiste et romancier Pascal Bruckner, « à la dangereuse propagande de l’infantilisme climatique. »

Bernard VADON