TRIBUNE - Mensonges et vérités en filigrane de la prochaine élection présidentielle. Décryptage.

Publié le 2 Décembre 2021

Selon la philosophe Sabrina Laurisse :

« L’exigence de vérité en démocratie est un leurre venu d’ailleurs. »

Et de noter encore que, depuis qu’existe la parole, et plus précisément le langage, le mensonge a fait son apparition.

Référence au passage à Charles-Maurice de Talleyrand, homme d’État et diplomate, qui écrivait à ce propos :

« la parole a été donnée à l’homme pour cacher sa pensée ».

Tout est dit …  ou presque.

La fresque politique actuelle est un commencement d’illustration. L’apparition sur la scène politique d’un journaliste et écrivain, au demeurant qualifié de polémiste, bouscule manifestement le trop politiquement correct. Modifie la donne. Son livre de circonstance et à succès (à rendre jaloux ses pairs du moment moins heureux en matière de vente d’exemplaires) n’est peut-être pas totalement étranger à sa décision de tenter l’aventure présidentielle.

Après tout c’est son droit comme ce fut et sera peut-être demain le cas pour quelques-uns de ses prédécesseurs ayant aussi des velléités pour franchir les grilles du saint des saints républicain.

Passage obligé : les grilles du saint des saints républicain.

Nous sommes en république et en pays de liberté. Et, même si celle qui relève de la simple expression d’opinion ayant parfois quelques difficultés à crever le plafond de verre, nous avons légitimement droit au débat démocratique.

Pas plus que pour la plupart des candidats à la carrière politico-publique, je n’ai pas de sympathie ou d’antipathie particulière envers M. Éric Zemmour qui, depuis quelque temps, s’affranchit impunément d’une forme d’ordre établi. N’est-ce pas sa marque de fabrique qui, au fond et sur la forme, en séduit plus d’un ?

Il n’empêche que le spectacle ne manque pas d’intérêt. Et l’ignominie publiquement affichée que manifestent à son égard certaines têtes bien pensantes de l’actuelle société politique agissante est un comportement de mauvais joueurs qui, par ailleurs, ne trompe pas.

Au Maroc on a coutume de dire que celui qui a été mordu par un serpent, a peur de la corde. 

Dans « La Recherche…»  Marcel Proust déplorait d'une façon autrement littéraire que la jalousie qui passe son temps à faire des petites suppositions dans le faux, a peu d’imagination quand il s’agit de découvrir le vrai.

Suivez à nouveau mon regard.

PROBLÉMATIQUE   

Si l’on dit de certains qu’ils mentent comme ils respirent, que dire alors des autres !

Quant aux mensonges du politique, la multitude des exemples rend la sélection aussi fournie que difficile. Car, plus qu’ailleurs, le mensonge semble si banal, qu’il en devient un art, celui de la pseudologie ( ou réflexion sur la fausseté dans la langue et la pensée.)

Au final, que sommes-nous en droit d’attendre d’un homme, ou d’une femme politique, jeté dans l’arène, au cœur de la campagne, lancé à la conquête du pouvoir et de nos suffrages, sinon la vérité ?

Et Sabrina Laurisse de poser autrement la question qui tue :   

« Faudrait-il qu’en de telles circonstances, le politique se transforme en un surhomme, incapable, du jour au lendemain, de toucher à cette « drogue »  qu’est le mensonge ? »

Pour Hannah Arendt – politologue, philosophe et journaliste -  qui avait parfaitement identifié cette problématique, cette promiscuité malheureuse et forcée entre vérité et intérêt du citoyen s’analyse ainsi :

« Il n’y a guère de figure politique plus susceptible d’éveiller un soupçon justifié que le diseur professionnel de vérité qui a découvert quelque heureuse coïncidence entre la vérité et l’intérêt, que la véracité n’a jamais figuré au nombre des vertus politiques, et que le mensonge a toujours été considéré comme un moyen parfaitement justifié dans les affaires politiques »

En effet, dans les systèmes totalitaires, le despote peut encore se permettre de dire la vérité sans craindre d’être exclu du pouvoir. Mais en démocratie, la lourde tâche de convaincre implique fatalement de s’abstraire de la vérité, de la transformer en fonction de son audience et au final, de ne dire que ce que le peuple veut.

Henri Queuille, trois fois président du Conseil sous la IVRépublique, plus de trente fois ministre et secrétaire d’État, respecté par François Hollande, disait :

« Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ».

Nous voilà avertis.

SÉDUISANTES

Alors, trois questions se posent :

Sommes-nous en droit d’exiger du politique, la vérité et faut-il remettre en cause le vote et comment la démocratie peut-elle survivre sans l’idée même de vérité ; enfin, ne sommes-nous pas nous-mêmes responsables des mensonges de nos politiques ?

Réponse autorisée de Sabrina Laurisse  :

« Peut-être faut-il prendre enfin au sérieux l’intransigeance déontologiste kantienne qui prône la vérité absolue comme salut de notre humanité et plus trivialement de nos démocraties ou peut-être faut-il adopter une position plus « conséquentialiste » relative à une analyse concrète et réaliste et non en fonction d'un idéal absolu défendue par Platon et Benjamin Constant."

Pour séduisantes qu’elles soient, ces théories ne nous offrent aucune alternative à la vérité dont on ne sait ce qu’elle signifie vraiment. 

Hannah Arendt propose justement d’en finir avec cette vérité politique, cette dichotomie insoluble entre vérité et mensonge en politique qui nous incite à nous recentrer sur ce qui fait la politique, à savoir l’opinion et l’action.

Car, on attend des représentants politiques un comportement irréprochable et exemplaire bien qu’à terme leurs mensonges font d’eux de parfaits contre-exemples en matière d’honnêteté et de droiture.

Finalement, le mensonge de nos élus est souvent perçu comme l’une des causes de la crise de la représentativité qui secoue les démocraties d’aujourd’hui.

Ce qui n’est pas complètement faux.

« DISEURS » DE VÉRITÉ

Ainsi, les scandales tous azimut qui dévoilent les tromperies des uns et des autres, se succèdent et laissent les électeurs impuissants et désabusés. Cette indignation du citoyen, toujours plus grandissante, se traduit par un refus d’accorder toute confiance au politique. Une volonté allant jusqu’à s’en détourner. 

Et à mesure que les scandales politiques – et autres lorsqu’ils concernent des « personnalités » -  s’accumulent, le discours politique cède sa place à d’autres discours, celui de la vérité, de l’identitaire, celui de l’expert et fatalement, celui de l’abstention constate amèrement Sabrina Laurisse.

En effet, ce qui se passe au fil des jours au cœur d’une société déstabilisée par une crise sanitaire qui n’en finit pas et dont on se demande quand et comment tout cela va se terminer est affligeant. Décourageant.

Alors, ils ont beau jeu ceux qui dénoncent le dévoiement du discours politique dans des discours parallèles. Un risque pour le concept même de démocratie. En effet, que restera-t-il de la démocratie si le discours politique, rendu inaudible par trop de mensonges, cède sa place aux experts, aux religions, aux anarchistes ou aux « diseurs de vérité » qui, eux, n’ont aucune légitimité représentative issue du peuple ? Aux épanchements et autres délires extrémistes ?

A l’aube du prochain scrutin qui s'annonce, les paris sont ouverts. 

OBLIGATION MORALE

Il faudra pourtant bien un jour se rendre à l’évidence. Les récentes primaires au sein des partis politiques institués sont des signes qui ne trompent plus. Le dernier en date nous parle clairement. Fais ce que je te dis et tais-toi !

Référence au passage à Emmanuel Kant qui fait de la vérité, au nom de l’impératif catégorique, c’est-à-dire au nom de ce que l’on doit faire impérativement, un absolu, une obligation morale universelle qu’il n’est pas permis de transgresser, sous quelque prétexte que ce soit, sous peine de perdre toute dignité et d’anéantir l’humanité. Sans s’attacher au domaine politique en particulier.

Il proscrit le fait même de mentir au nom de l’humanité :

« La plus grande transgression du devoir de l’homme envers lui-même, con­sidéré uniquement comme être moral (envers l’humanité en sa personne), est le contraire de la véracité : le mensonge […]. Par le mensonge extérieur, l’homme se rend méprisable aux yeux d’autrui, mais, par le mensonge intérieur, ce qui est encore bien pis, il se rend méprisable à ses propres yeux et attente à la dignité de l’humanité en sa propre personne […]. Le mensonge est abandon et pour ainsi dire négation de la dignité humaine […]. Comme être moral, l’homme […] est obligé envers lui-même à la véracité ».

Pour la philosophe Sabrina Laurisse, l’’intransigeance de la thèse kantienne, ni reprise, ni soutenue par ses pairs, permet de comprendre la défiance sinon le mépris du citoyen à l’égard des politiques.

Le propos kantien permet de mieux comprendre que le menteur, dans sa chute, emporte plus que sa propre dignité, il remet en cause l’ensemble du système démocratique un processus qui justement devrait nous rendre notre humanité.

Ainsi, pour sauver la démocratie, il paraîtrait essentiel de l’expurger du mensonge et de faire de nos élus des honnêtes gens qui n’auraient que la vérité pour tout discours.

On peut rêver !

LA RESPONSABILITÉ DE MENTIR

Cette première lecture idéaliste et quelque peu simpliste, n’est évidemment pas réaliste et même, à certains égards, dangereuse.

Le mensonge d’État utilitariste est l’exception communément admise au principe de l’absolue vérité. Cette conception platonicienne du mensonge d’État légitime implique que le savoir mène au pouvoir où le mensonge y est toléré à l'unique  condition de servir « l’intérêt de la cité ». Ou, exceptionnellement celui de la nation. En témoigne le bénéfice moral engrangé par ces élus portés (momentanément) au pinacle après quelques vibrants sinon émouvants éloges funèbres prononcés en des lieux de référence historique : de la cathédrale de Reims à Notre Dame de Paris en passant par le panthéon ...  

Qui (modestement ou intellectuellement) aurait cédé sa place pour y honorer la magnifique Joséphine Baker  ?

Le panthéon : au rendez-vous de l'Histoire.

Souvenons-nous aussi de l'hommage rendu à Jean Moulins par André Malraux, alors ministre de la culture aux côtés du général De Gaulle.  Le souvenir y est encore aujourd'hui inoubliable. Autres temps, autres ambitions .... 

Vous me suivez toujours ?

Dans La République, au Livre III en 389b, dès lors que Platon veut porter au pouvoir cette forme de vérité qu’est le savoir, il écrit :

 « Le mensonge devient un corolaire inéluctable du savoir et partant du pouvoir. Si les gouvernants sont ceux qui détiennent la vérité, le savoir, la connaissance, ils sont alors ceux qui détiennent la capacité de mentir. Le citoyen, ce « profane » lorsqu’il donne mandat de gouverner, transfère dans le même temps aux gouvernants le droit et la responsabilité de mentir. »

Ce savoir doit ainsi permettre au gouvernant de juger quand l’intérêt de la cité requiert de mentir au peuple.

La tolérance de Platon pour le mensonge d’État vient essentiellement de sa volonté de mettre au pouvoir le savoir et la vérité.

Les exemples foisonnent et le dernier en date concernait l’étrange marché d’armes et de surveillance des frontières « arrangé » entre la France et l’Égypte.  C'était hier.

Éclairage :

S’il fait de celui qui sait un sage ou s’il fait du philosophe un roi, c’est qu’il éprouve une réelle aversion pour les sophistes, les maîtres de rhétorique, qui n’ont aucun savoir en dehors de leurs opinions et de leur habileté toute langagière à les défendre.

LE DROIT DE MENTIR

L’intellectuel et écrivain suisse Benjamin Constant reprendra cette conception utilitariste du mensonge pour répondre à l’absolutisation kantienne de la vérité. Il opposera à l’exigence d’un devoir de vérité l’absence de droit à la vérité. Ainsi, selon lui: 

«Il n’existe aucun droit à la vérité. Dès lors, il existe une possibilité du mensonge s’il est inoffensif pour autrui et c’est finalement Kant qui met un terme au débat en rappelant que cet utilitarisme est vain car on ne peut être sur l’inoffensivité d’un mensonge à l’égard d’autrui, alors que l’on demeure certain de sa nocivité à l’égard de l’humanité. Car le  mensonge nuit toujours à autrui : même si ce n’est pas à un autre homme, c’est à l’humanité en général (…) ».

Emmanuel Kant considère que c’est le fait même d’exiger la vérité qui rend le mensonge inéluctable :

« Le droit de mentir par humanité, rend toute société impossible et rend toute promesse caduque « Quand je crois être à court d’argent, j’en emprunte et je promets de rendre, bien que je sache que je n’en ferai jamais rien […]. Si ma maxime devenait une loi universelle […], elle devrait nécessairement se contredire. Car […] ce serait rendre impossible le fait de promettre […], étant donné que personne ne croirait à ce qu’on lui promet et que tout le monde rirait de pareilles démonstrations comme de vaines feintes.».

À la lecture de ce texte, on ne peut que donner raison à Kant, tant le monde politique dans ses promesses intenables devient risible et surtout dangereux portant au pouvoir extrémistes et fanatiques.

En clair, en politique, comme rarement ailleurs, la vérité n’a pas sa place. Contrairement à la croyance populaire, le danger qui guette la démocratie ne provient pas de l’absence de vérité dans le discours politique et à l’inverse de ce que l’on pense communément, le mensonge ne s’oppose pas à la vérité.

Explication :

« Ce qui caractérise le mensonge, ce n’est pas tant la transgression de la vérité, mais la mauvaise foi, l’envie d’induire son interlocuteur en erreur, la volonté de lui cacher, avec le plus de vraisemblance possible, ce que l’on pense être, à tort ou à raison, la vérité.

"Le mensonge s’oppose ainsi, non pas à la vérité, mais à la véracité, qualité reconnue à celui qui tiendra des propos, vrais ou faux, sans aucune intention de duper. Le mensonge étant de fait une parole différente de la pensée de celui qui l’énonce. » estime Sabrina Laurisse.

Conclusion :

Le mensonge et la mauvaise foi poussés à leur paroxysme consistent à dire la vérité tout en sachant que son audience n’y croira pas.

Dénoncée par Alexandre Koyré – philosophe et historien des sciences qui a travaillé sur Galilée et la cosmologie - cette technique langagière, pour le moins paradoxale, a été utilisée par ce génie du mal que personnifiait Hitler :

 « Il est vrai que Hitler (ainsi que les autres chefs des pays totalitaires) a annoncé publiquement tout son programme d’action. Mais c’est justement parce qu’il savait qu’il ne serait pas cru par les « autres », que ses déclarations ne seraient pas prises au sérieux par les non-initiés ; c’est justement en disant la vérité qu’il était sûr de tromper et d’endormir ses adversaires. C’est là une vieille technique machiavélique du mensonge au deuxième degré, technique perverse entre toutes, et dans laquelle la vérité elle-même devient un pur et simple instrument de déception. »

Ainsi, le politique fait part à la tribune, non pas de la vérité mais de sa propre vérité, sa conviction intime, sa croyance, son opinion.

En outre, le réel danger pour la démocratie vient de la volonté farouche et obstinée à vouloir réintroduire la vérité dans le débat politique.

Non, vous ne rêvez pas ! 

En ce cas, plus cette exigence de vérité réussit à pénétrer le monde politique, plus cette vérité perd de son sens, de son authenticité, de sa crédibilité.

Réciproquement, plus les opinions, les convictions, les actions politiques, en somme tout ce qui fait débat, cèdent la place aux exigences de vérité et plus le débat politique se ferme et  s’appauvrit car l’adhésion intellectuelle des citoyens n’est plus sollicitée.

Désolant.

Le discours dit de vérité est alors et naturellement à rechercher du côté des extrêmes. L’appel du Maréchal Pétain le 25 juin 1940 au lendemain de la défaite et de l’occupation nazi, en est un exemple éloquent sinon désespérant :

« Ce n’est pas moi qui vous bernerai par des paroles trompeuses. Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal. La terre, elle, ne ment pas. »

Le discours de vérité par excellence, qui ne parle que du mensonge en l'occurrence celui des adversaires politiques et qui assène des « vérités » presque absurdes au point que même un adversaire ne se risquerait même pas à les remettre en cause.

Le comble de la rhétorique dont Ruth Amossy – professeure émérite à l’Université de Tel Aviv  assurait :

 « Qu’elle peut être considérée comme une théorie de la parole efficace liée à une pratique oratoire. »

LE COGITO DU POLITIQUE

Pire :

Pour la philosophe Sabrina Laurisse, le monde journalistique s’est alors emballé confondant le discours de vérité avec la vérité. On aurait aimé lui offrir la pensée d’Arendt pour lui permettre de défendre que ce discours, dit de vérité, est justement le plus dangereux qui puisse être pour la démocratie. Soit aussi parce qu’il est une vérité paradoxale, qu'il soit stérile, ou qu’il perde de son authenticité dans le débat politique.

Cela a t-il vraiment changé ? 

Sabrina Laurisse considère encore qu’Hannah Arendt avait parfaitement identifié cette problématique. Cette manière de  promiscuité malheureuse et forcée entre vérité et intérêt du citoyen. Je cite  :

 « Il n’y a guère figure politique plus susceptible d’éveiller un soupçon justifié que le diseur professionnel de vérité qui a découvert quelque heureuse coïncidence entre la vérité et l’intérêt ».

Un expert, un scientifique, un philosophe ou un médecin sinon, en l’occurrence aujourd'hui un journaliste qui aspire à la fonction suprême. Pourquoi pas d'ailleurs ?

Un candidat inattendu sorti du bois et prenant de court ses adversaires potentiels qui ne sont pas en reste pour le diaboliser. Qu'importe si pour certains (es), c’est quasiment l’hôpital qui se moque de la charité.

Lui, n’en a cure. A chaque jour suffit sa volée de coups ciblés. La bête a du répondant et assurer ainsi le contre coup n’est pas à la portée du premier venu. Il assume à sa façon.

Jusqu’à nous réinventer l’appel gaulliste du 18 juin dans un contexte général compliqué.

Il fallait oser.

Mais toutes proportions gardées,  a -il vraiment tort ?  

C’est alors qu’il sera fatalement et naturellement tenté de distordre la vérité, son savoir pour qu’il puisse convaincre le plus grand nombre, lui faisant ainsi perdre – qui sait - toute crédibilité dans l’arène politique.

Hannah Arendt ne nous abandonne pas pour autant sur le bord du trottoir, une aporie – problème difficilement soluble - où l’on serait forcé de se résigner au mensonge parce qu’il permet, contrairement à la vérité, le débat démocratique. Sinon que la pensée aporétique, comme chez Aristote, peut dépasser les contradictions. En tout cas, chercher à les dépasser.

Annah Arendt, quant à elle, s’affranchit d’une certaine conception péjorative du mensonge politique en dé­clarant :

 « Il (le menteur) est acteur par nature ; il dit ce qui n’est pas parce qu’il veut que les choses soient différentes de ce qu’elles sont – c’est-à-dire qu’il veut changer le monde. Il tire parti de l’indéniable affinité de notre capacité d’agir, de changer la réalité, avec cette mystérieuse faculté que nous avons, qui nous permet de dire « le soleil brille » quand il pleut des hallebardes. (…) notre capacité à mentir – mais pas nécessairement notre capacité à dire la vérité – fait partie des quelques données manifestes et démontrables qui confirment l’existence de la liberté humaine ».

Il faudrait alors reprendre certains de nos exemples de mensonges de politiques pour s’apercevoir que la thèse d’Arendt n’est pas dénuée de bon sens. Et que les politiques mentent sans vergogne pour tenter d’agir. 

Cela ne doit pas ( enfin ne devrait pas) empêcher le « quatrième pouvoir », celui de l’information, d’accomplir son travail pour tenter d’éclairer le citoyen sur le niveau de gravité des mensonges et des infractions commises et aux citoyens de rester vigilants sur la quantité de « soleil » qui leur est promis.

Malheureusement, la plupart des plateaux de télévision et autres studios de radio, acteurs incontournables dans cette troublante symphonie, ne donnent généralement pas  le « la » objectif. Ligne éditoriale oblige !  

L'exception confirmant la règle.

Ce qui conduit Hannah Arendt à donner au mensonge une dimension libératrice, créatrice, à même de « changer le monde » alors que la vérité immobilise, stérilise l’action du politique et de l’homme plus largement.

Comme l’explique Sabrina Laubisse le cogito du politique pourrait être ainsi résumé :

« Je mens, donc j’agis pour changer le monde ».

Une bien singulière complexité et partant … mentalité  !

Bernard VADON