LE GRAND PIANISTE BRÉSILIEN NELSON FREIRE N’EST PLUS. HOMMAGE.

Publié le 4 Novembre 2021

Martha Argerich et Nelson Freire complices débordant de talent dans l’interprétation de la Suite No 2, Op 17 de Rachmaninoff.

 

Né en 1944 dans le village de Boa Esperança, dans l'État du Minas Gerais, au Sud-Est du Brésil, où l'on cultive un savoureux et mythique café, le grand pianiste brésilien, Nelson Freire, suite, en octobre 2019, à une grave chute dans les rues de Rio, avait été opéré pour de multiples fractures au bras et à l'épaule en voulant protéger ses mains pour les raisons que l’on peut imaginer.

Après un temps compliqué de réadaptation physique et psychologique, il vient de nous quitter, ce dernier jour de la Toussaint, à Rio de Janeiro où il résidait.

Il avait 77 ans.

Solaire et solitaire

J’avais, il y a peu, dans ce même blog, évoqué cet exceptionnel musicien alors même que son état de santé l’avait contraint à quitter la scène du prestigieux concours international Chopin à Varsovie où il était invité à siéger au sein du jury aux côtés de Martha Argelich, sa grande amie, complice et « âme sœur »(comme il aimait à le confier) qui, par une touchante solidarité, refusa également de siéger à Varsovie après avoir déjà renoncé, en août dernier, pour des raisons de santé, à participer au Festival de Salzbourg.

Au-delà du pianiste d’exception, d’aucuns ont reconnu qu’avec Nelson Freire s’est éteint un musicien dans l'âme :

« Un artiste profondément humain, qui avait su tisser malgré (ou grâce à) sa grande pudeur et humilité, un lien authentique avec le public, fondé sur la sensibilité plus que sur la virtuosité. Une virtuosité pourtant époustouflante, hors norme. »

Selon une autre belle synthèse, son art est joliment qualifié de « solaire et de solitaire ». 

Beaux et exaltants

Mon ami, le facteur et accordeur installé à Pau (Pyrénées Atlantiques), dirigeant de la société Destouesse, Philippe Destouesse, qui travailla avec lui à l’occasion de concerts, me confiait combien il était affecté par la disparition de cet homme pudique qui répugnait à se mettre en scène, car sa quête de la vérité musicale était trop intérieure pour se satisfaire des paillettes du « star-system ».

Quant à l’argentine, talentueuse et charismatique, Martha Argerich, l’amie intime et indéfectible de toute une vie, qui formait avec Nelson Freire un duo remarquable, elle doit aujourd'hui ressentir une infinie détresse.

Leurs duos resteront, fort heureusement et grâce aux enregistrements, irrésistiblement beaux et exaltants.

Il en résultait une complémentarité propre à magnifier le jeu unique de Nelson Freire. Un jeu chaud et sensuel subtilement mis en valeur par celui de Martha Argelich; un jeu d'une grande variété de couleurs.

Notamment et entre autres, dans les œuvres de Frédéric Chopin, Brahms, Rachmaninov ou encore Schumann mais aussi J.S. Bach, cette singularité s’imposait -  comme l’écrivait en connaissance de cause et en qualité de musicologue, le Prix Nobel de littérature, Romain Rolland - :

« Comme la parole la plus profonde de l’âme. Le cri harmonieux de sa joie et de sa douleur ».

Bernard Vadon

Franz Schubert est l'un des compositeurs les plus prolifiques de la musique pour piano . Le Rondo en la majeur op 107 composé en 1828 est une magistrale démonstration de sa maîtrise pour un piano à quatre mains.

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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