Emmanuel Macron à confesse au Vatican ou la version actualisée du  « je t’aime moi non plus » !

Publié le 27 Novembre 2021

Au-delà de l’événement, (quand même ! ) la rencontre d’Emmanuel Macron – à sa demande -  avec le pape François s’inscrit dans un jeu de séduction, singulièrement équivoque, entre le chef de l’État et les catholiques et pour citer en préambule le journaliste Louis Daufresne :

«  Ce dialogue a quelque chose d’éreintant, de stimulant et… d’anesthésiant »

L’an dernier, selon l’Annuaire pontifical, le nombre des catholiques dans le monde – en augmentation de plus de 6% -  était de un milliard 329 millions. La première communauté religieuse au monde.

La foi est aussi et surtout présence et action ...

De quoi stimuler l’appétit médiatique de bien des gouvernances planétaires soucieuses, ô combien, de bénéficier d’indulgences plénières ou, au mieux, partielles.

Sinon de s’accorder les faveurs aimables de cette forme administrative de monarchie absolue dont le pape – en l’occurrence François – est le chef élu à vie.

Le Vatican, un minuscule état de moins de 50 hectares, sans légions mais doté d’une garde suisse de 135 militaires, la plus petite armée du monde ayant pour mission de veiller à la sécurité du site et à celle du souverain pontife investi, quant à lui, d’un important et influant pouvoir spirituel supérieur à bien des égards  au pouvoir temporel.

En tout cas, une incontournable réelle puissance morale avec laquelle il est bon de compter. Même pour certains … à contre cœur.

CHEMINS IMPÉNÉTRABLES

Au-delà des révélations des communicants de service, les raisons de cette visite – la deuxième du quinquennat Macron – sont finalement faussement et à l’inverse des voies du Seigneur pas le moins du monde impénétrables. A l’image de l’Épitre de Saint Paul aux Romains :

« Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la science de Dieu. Ses décisions sont insondables et ses chemins impénétrables. »

Quand le 266ème pape de l'Église catholique (élu en mars 2013) honorera t-il "la fille ainée de l'Église" d'une visite pastorale attendue ?

Celui qui sans nul doute – tant pis pour les Pythonisses à priori silencieuses sur le sujet – nourrit certainement le secret d’un nouveau mandat présidentiel, et qui doit bien avoir une petite idée derrière la tête. Ne sous-estimons surtout pas le personnage.

Le retentissant discours des Bernardins, fruit en partie de la cogitation du prête plume de service, pourrait laisser croire en sa fibre spirituelle. On peut toujours rêver.  

Et comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, la récente visite du Premier ministre français, en octobre dernier, ne constituant certainement qu’une entrée en matière, le château a sollicité l’entrevue privée du président. On st jamais mieux servi que par soi-même et peut-être aussi histoire de peaufiner des échanges quelque peu compliqués par l’actuelle situation mondiale où la France, avec un succès mitigé, s’efforce de donner le change. Avec plus ou moins de bonheur d’ailleurs.

A chaque matin suffit ses nouvelles dérangeantes.

Qu’il s’agisse des droits de l’homme – sujet autrement sensible et qui tient particulièrement au cœur du pape argentin rompu, depuis toujours, aux dérives de certains régimes totalitaires -.  

AFFAIRE D’ÉTAT

Révélé, jeudi soir, sur les antennes de Radio France dans le cadre d’une émission grand public, le scandale des relations étranges en matière de pseudo défense entre la France et l’Égypte fait quelque peu désordre. Nul doute qu’il y aura à terme des conséquences. En principe.

Une affaire d’État qui sans en diminuer la gravité va bien au-delà des abus sexuels auxquels l’Église catholique ( elle n’est pas la seule institution en cause ) doit faire front et les fidèles contraints d’avaler l’amère pilule. Le secret de la confession autrement et déontologiquement discutable ajoutant à la liste de ces péchés au demeurant véniels pour certains et mortels pour d’autres enragés ravis d’en découdre avec l’institution.

La démission soudaine de l’archevêque de  Paris – Mgr Marcel Aupetit – qui, hier, dans la foulée, a remis sa charge au pape (qui en décidera) est un nouveau coup dur pour la hiérarchie catholique. Un intermède déstabilisant qui ajoute à un climat général démoralisant. Même si nous savons tous que l’Église s’en remettra.

Quant à la situation des migrants et le drame récent du naufrage d’un bateau surchargé survenu entre les côtes françaises et britanniques, ils n’ont certainement pas été pour apaiser les esprits et passer au stade de l’absolution.

L'intolérable et scandaleux paradoxe : pendant que le grand capital s'engraisse de plus en plus, les pauvres s'appauvrissent proportionnellement. En témoigne (notamment) la famine à Madagascar (notre photo)  qui gagne du terrain. 

Les rapports de plus en plus tendus, sur le sujet, entre le président français et le premier ministre britannique ont également un goût amer.

Dans ce contexte singulier, quelle solution le président français, qui s’apprête à prendre son tour dans la gouvernance de l’Europe,  a t-il proposé pour convaincre de ses bonnes intentions le souverain pontife, évêque de Rome, qui depuis son élection a fait du drame migratoire l’une des cordes sensibles de son ministère épiscopal ?

Quelle vision d'avenir dans ce regard perdu ?

Nous n’en saurons rien sinon nous satisfaire de communiqués de presse officiels dûment préparés.

Et ce n’est pas le costume endossé, au mois de juin 2018, de chanoine honoraire de la basilique Saint-Jean-de-Latran par le président Macron – une tradition honorifique que n’avait d’ailleurs pas suivi son prédécesseur – qui changera la donne dans un contexte d’intérêts pas toujours avouables.

Même son passage à Lourdes aurait pu contribuer à une sorte de crédibilité spirituelle si toutefois il n’avait pas, en quelque sorte, zappé stupidement le recueillement obligé devant la Grotte de Massabielle.

En pareilles circonstances les catholiques n’ont pas la mémoire courte.

Quant à la situation des laissés pour compte d’une société en partie – les exceptions confirmant la règle – motivée par l’argent. Ces minorités, premières victimes des inégalités sociales et dont le pape s’est toujours fait l’ardent défenseur ; un sujet ô combien brûlant qui a dû s’ajouter aux autres réalités de l’échange, certes cordial et dans le respect diplomatique, entre les deux chefs d’État.

Triste confrontation sur la frontièretière biélorusse ...

Enfin, pour faire bonne mesure, l’impéritie troublante de l’Union européenne à la frontière bielorusse, un autre et non des moindres aspects de l’insupportable  misère humaine ressassée en boucle sur les télévisions du monde entier, n’a également pas dû détendre l’atmosphère.

Cerise sur le gâteau, l’annulation de la dette des pays pauvres.

Au final, qu’en saurons-nous vraiment ?

STORYTELLING

En tout cas, d’aucuns ne manqueront pas de remarquer, goguenards, que la bienséance protocolaire a dû contribuer à arrondir les angles.

Et les  chargés de communication patentés – notamment gouvernementaux – auront, sans réserve, usé d’une sémantique adaptée aux circonstances.

Quant à la problématique de la Covid et la position énergique et sans appel du pape concernant la vaccination d’une part et l’accès de tous sans exception sans oublier la libération des brevets, d’autre part, auront ajouté aux doléances d’un homme n’ayant pour armes que sa foi. Et quelle foi !

Tout cela, côté français,  dans la plus pure tradition de la « storytelling » (cette  technique commerciale consistant à raconter une histoire, c'est-à-dire à ajouter une dimension fictive et rassurante à l'argumentation de vente).

On peut faire confiance aux locataires de l’Élysée pour déguiser, si nécessaire, la réalité.

Le président de la République avait-il dans sa poche une invitation à visiter prochainement et officiellement la France ? 

Au début de son pontificat, on s’en souvient,  le pape François avait fait le déplacement à Strasbourg avec l’unique intention de rencontrer la communauté européenne sans pour autant faire une halte priante à la cathédrale. Une anecdote remarquée qui pourrait, peut-être expliquer le peu d’empressement du Saint Siège à organiser une visite papale officielle en France.

M. Macron aura t-il une nouvelle fois tenté la démarche ?

Là encore, les voies du Seigneur …

Il n’empêche que, marginalement, les catholiques auront retrouvé une forme de crédibilité au travers de cette rencontre. En tout cas, un signe qui ne trompe pas. Surtout si on ajoute à la liste des sujets qui fâchent les problèmes posés notamment par les avancées en matière de biologie et de médecine – la bioéthique, cheval de bataille entre autres d’une grande partie des catholiques et même au-delà – sans parler des homosexuels dont François a déclaré qu’ils avaient leur place dans l’Église -  sans préciser, il est vrai, à quelle rangée -  la coupe est manifestement pleine. Et ce résultat nous ravit.

On pourrait compléter ce dramatique inventaire par la dérive climatique imputable en particulier aux pays riches dont la France.

PROMESSES ET POLITIQUE

Ainsi, et de la même façon, la sphère catholique en dépit de sa diversité interne se mérite. Qu’on se le dise. Et ceux qui croient que l’épouvantail à promesses fonctionne facilement font fausse route.

Tout comme la sainte complicité du pasteur de l’Église universelle avec la « petite » carmélite, Thérèse de Lisieux, dont il confie souvent qu’elle l’accompagne fidèlement et surtout spirituellement dans sa mission. Sur la petite voie sanctifiante de l'amour. Pour une fois, celles (les voies) du Seigneur ne sont plus impénétrables.

Enfin, j’ai bien apprécié cette réflexion d’un confrère au point de la citer in extenso car elle résume plaisamment la situation au final :

« Rome sera-t-elle à la politique ce que le Brésil est à la chirurgie esthétique ? Une destination pour se refaire les saints, épaissir les tissus d’une autorité symbolique en berne, et faire gagner à son âme les centimètres dont elle aura besoin dans les urnes ? » ?

Bien naïf celle, ou celui, qui en doute.

Confidence pour confidence : engagement, serment, gage ou simplement parole  ... les catholiques si courtisés soient-ils seront-ils dupes ?

Quant aux promesses :

Je me souviens d’un passage pour le moins de circonstance et évocateur, puisé dans le livre de Vincent Peillon intitulé simplement « La Promesse » … autrement dit dans la pénombre d’’un confessionnal : engagement, serment, parole ou gage. A chacun de choisir et de réfléchir :

« Avant de combattre, comme Jacob, avec Dieu, il faut combattre avec soi-même et avec les autres hommes. Cheminons donc à notre rythme, avançons pas à pas.
Comment saisir le sens de la promesse ?

La promesse, remarque le philosophe Paul Ricœur, est une notion qui, au même titre que la mémoire, se pense à partir de sa négativité. Le contraire de la promesse fait partie constitutive de son sens. De la même façon que « se souvenir, c’est ne pas oublier, tenir sa promesse, c’est ne pas la trahir ».
Il est donc essentiel à la promesse de pouvoir ne pas être tenue. Dans la politique, entendue comme champ d’expériences et d’actions spécifique, il faut bien reconnaître que cela est particulièrement vrai. C’est même tellement vrai que « cette ombre du négatif », pour reprendre une expression du même auteur, dévore la promesse tout entière.
En politique, la promesse a mauvaise presse. Sa réputation est fâcheuse. Elle est synonyme de mensonge et de crédulité. Elle est l’acte du démagogue. Elle est aussi la passion de la populace. Pour conquérir le pouvoir, l’homme politique fait des promesses ; puis, pour l’exercer, il les trahit ; enfin, pour le conserver ou le reconquérir, il fait de nouvelles promesses.
On aperçoit tout de suite que la politique efficace, du point de vue du pouvoir, est la politique méprisable, comme s’il y avait, dans la politique, une abjection constitutive, reconnue et acceptée comme telle, voire peut-être recherchée. En tout état de cause, le rapport de la politique aux promesses juge la politique, et il la juge sévèrement… ».

Bernard VADON

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :