LA LOI DU SILENCE OU L’EGLISE CATHOLIQUE AUX PORTES DE L’ENFER.

Publié le 12 Octobre 2021

Inspiré de la pièce française du début du xxe siècle, « Nos Deux Consciences » de Paul Anthelme, « I Confess » (ou La loi du silence en français) est aussi un film américain réalisé par Alfred Hitchcock. Sorti en 1953 il n’a pas eu le succès remporté par « L’inconnu du Nord-Express»,  le précédent film du réalisateur britannique naturalisé américain.

Une entrée en matière sinon un des problèmes touchant directement à la confession et à une forme entendue de loi du silence en filigrane du célibat des prêtres appartenant au clergé dit séculier (vivant dans le siècle)  par opposition au clergé régulier dont les membres ont prononcé des vœux – dont celui de chasteté -  et sont respectueux des règles de leur communauté.

Les uns et les autres ayant à répondre de ces abus sexuels. Cependant, même si l’exception confirme la règle et surtout une détestable déviance, le monde ecclésiastique reste fort heureusement majoritaire quant à honorer et accomplir leur mission évangélique.

« I Confess » qui met en exergue le délicat problème de la confession fut présenté en 1953 en sélection officielle au Festival international du film de Cannes .

Avantagé par  un casting attrayant dont Montgomery Clift dans le rôle du Père Michaël William Logan et Anne Baxter dans celui de Ruth Grandfort, « I Confess » ne sera cependant pas reconnu par le jury et cela                                                                                                                  malgré un suspense digne des plus grands chefs-d'œuvre du réalisateur des « Oiseaux » et d’une intrigue prenante, en l’occurrence, l'opposition entre le désir de ne pas trahir son engagement spirituel ( celui de la confession) et, par ailleurs, de prouver son innocence.

L’une des raisons de son succès mitigé aux États-Unis réside peut-être dans le fait que l'arrière-plan religieux aux États-Unis laisse le champ libre au courant protestant  … que l’on sait peu sensible au respect des règles de la confession.

Nous sommes au cœur du problème.

MALAISE

Dans le cas actuel les motifs qui précipitent aujourd’hui l’Église catholique de France aux portes de l’enfer sont autrement graves et ne souffrent aucune excuse.

Mais – c’est une question – si graves soient-ils, les motifs justifient t-ils un aussi violent déchainement de passions et de haine ?

Ainsi, clouer au pilori la hiérarchie épiscopale jusqu’à pétitionner pour les obliger à démissionner et attendre du pape la nomination d’un légat apostolique nommément suggéré en la personne de la religieuse théologienne et très « people » Véronique Margron …  notamment sous la houlette d’un média chrétien de sensibilité de gauche, ressuscité et plus actif que jamais après une longue absence dans les kiosques.

Je serais modestement et chrétiennement parlant tenté de les renvoyer à « la lettre apostolique du pape François au peuple de Dieu » écrite au mois d’avril 2020 dans ce terrible contexte de crise profonde. Une missive  avec, en exergue, cette parole de Saint Paul qui ne passait pas pour plaisanter en matière de doctrine :

« Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui. »

Certes, mais la responsabilité communautaire a aussi ses limites.

D’autant que dans son immense responsabilité l’Église de France a mis tout en oeuvre afin que  cette enquête hors du commun se déroule selon les critères souhaités par les membres du de la dite commission.

Une disponibilité unique et exemplaire selon M. Jean-Marc Sauvé, le président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE) qui s’exprimait, ce dernier dimanche, lors de l’émission dominicale du Jour du Seigneur.

Dans le malaise qui étreint aujourd’hui tout catholique, pratiquant en particulier, la recommandation de Jésus invitant ses disciples à porter attention à la parole des enfants s’impose … même si ce conseil christique a été brocardé par certains esprits tordus :

 « Laissez les petits enfants et ne les empêchez pas de venir à moi » (Mt 19, 14). Les disciples doivent même chercher à leur ressembler : « En vérité, je vous le dis, si vous ne retournez à l’état des enfants vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux » (Mt 18, 3). Et le Seigneur Jésus ajoute cet avertissement : « Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits [enfants] car, je vous le dis, leurs anges dans les Cieux, voient sans cesse la face de mon Père qui est aux cieux » (Mt 18, 10).

Une entrée en matière théologique qui n’occulte pas certaines définitions dogmatiques et morales édictées, au fil des siècles, par les papes successifs à l’occasion des Conciles oecuméniques chargés du « Magistère » de l’Église.

LE SECRET DE LA CONFESSION

Secoué comme tout un chacun par les révélations du rapport Sauvé, Monseigneur Eric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France, avait peut-être quelques raisons de se laisser emporter et proférer des déclarations choc dont celle concernant le secret de la confession qu’il estime « plus fort que les lois de la République ».

La montée aux créneaux des Marlène Schiappa, comme à son habitude, péremptoire et excitée ; et autres petits roquets de la présidence de la République, porte-parole du gouvernement notamment,  prêterait plutôt à sourire tant est vaste leur méconnaissance de « la chose » théologique.

Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls à patauger dans l’ignorance théologique tels ces pseudos journalistes et autres bateleurs improvisés de plateaux télévisés qui n’ont pas hésité à comparer – pour certains – la dénonciation du « séparatisme islamique » (par exemple) à ce cataclysme dont aujourd’hui le peuple dit de Dieu doit accuser le coup. Et quel coup !

Est-ce vraiment le propos et le moment ?

Il est vrai que le monde politique n’est jamais en reste pour se donner des raisons d’exister.

Tant qu’à faire, l’occasion pour certains allergiques à la soutane d’user du goupillon non pas pour bénir mais pour cogner.

Le ministre de la Justice Eric Dupont-Moretti : après l'irae contre les magistrats, les curés sur la sellette ...  

 

Quant au trublion en charge de la Justice, dictatorial et professoral comme à son habitude, son éminence Eric Dupont-Moretti, avec la délicatesse qu’on lui connait et qui fait sa marque de fabrique, franchissant les règles de la bienséance, a martelé plutôt que déclaré à l’adresse du patron des « Monseigneur » français :

« Si un prêtre reçoit dans le cadre de la confession, soit d’une victime, soit d’un auteur, la connaissance de l’existence de faits qui se déroulent […] alors, il a l’impérieuse obligation de mettre un terme à ces faits ».

Sauf que – instructif pour qui a fait un modeste parcours de capacitaire, ce qui fut mon cas -  le droit prête parfois à confusion sinon à interprétation comme en témoigne la dernière phrase de l’article 434-3 laissant entendre par extension que :

« La règle serait que le secret professionnel prime et laisse le libre choix au professionnel pour agir, sans passer nécessairement par l’information à une autorité. »

Repos camarades !

ALTERNATIVE

Ce à quoi avant même d’en débattre avec son ministre des cultes et de tutelle,  Mgr de Moulins-Beaufort (qui est également archevêque de Reims) a maintenu sa position ajoutant :

« Qu’il « sera heureux d’échanger (…) sur le sens du sacrement de la confession pour les catholiques et sur les fondements théologiques, spirituels et canoniques du secret de la confession (…) ». 

Tout en précisant  qu’aujourd’hui, le secret de la confession, imposé aux prêtres par le droit canonique, n’est pas contraire au droit pénal français, comme le souligne la circulaire de la chancellerie du 11 août 2004.  En effet, le secret de la confession a toujours été respecté par la République française et il n’est pas contraire au droit pénal français.

Le pape François : Un incommensurable chagrin ...

Les excitations et autres énervements ponctuant cette triste affaire dont le Saint Père, soi-même, et à propos duquel il n’a pas caché son « immense chagrin » ne renverra pas les dommages qui en découlent aux calendes grecques. Qu’on se rassure.

Même si l’église est très loin de rouler sur l’or. Peinant  à faire face à ses charges courantes jusqu’à se voir parfois dans l’obligation de refuser la prise en compte de jeunes diacres étrangers ne pouvant assurer leur ordinaire et couvrir leurs frais de voyage.

L’Esprit fut-il sain a aussi ses limites.

Néanmoins, l’archevêque de Reims a assuré être à la recherche d’une alternative à la levée du secret  de la confession expliquant que la Conférence des évêques regarderait de très près « la recommandation » du rapport Sauvé.

A la rigueur cette levée du secret de la confession pourrait concerner la pédo-criminalité qui fait actuellement débat.

De son côté, considérant que c'est le crédit de l'Église toute entière qui est atteint, le pape François, soucieux de le restaurer, avait réuni au Vatican  il y a une peu plus d’une année, quelque 190 hauts responsables catholiques, présidents de conférences épiscopales ou d'ordres religieux. Au terme de quatre jours d'introspection collective, le souverain pontife avait  dénoncé ce « fléau monstrueux » derrière lequel selon ses propres termes : 

«  il y a Satan ! »

REFERENCE

Je me suis replongé dans les Confessions de Saint-Augustin qui s’impose sur mon bureau parmi tant d’autres ouvrages de réflexion et de référence.

Saint-Augustin : "La volonté n'a plus la force de vouloir et de faire pleinement le bien".  

J’y ai découvert, une fois encore, que l’homme n’a pas toujours eu une volonté défaillante. Je cite : :

« En effet, c’est depuis le péché originel commis par Adam et Ève que tous les hommes qui naissent sur Terre sont des  pécheurs ne disposant plus totalement du contrôle d’eux-mêmes. La volonté n’a plus la force de vouloir et de faire pleinement le bien. Même s’il n’y en a qu’une, elle est subordonnée à ses faiblesses dans la mesure où l’on peut vouloir et ne pas vouloir en même temps : « C’était moi qui voulais ; c’était moi qui ne voulais pas. Ni je disais pleinement oui, ni je disais pleinement non. D’où cette lutte avec moi-même. » Cette citation est une nette référence aux écrits de saint Paul : « Car je ne sais pas ce que je fais ; le bien que je veux, je ne le fais pas; mais le mal que je hais, je le fais » (Épître aux Romains, 7:15).

C’est d’ailleurs à l'initiative de la Conférence des évêques, que fut constituée la commission indépendante de chercheurs présidée par Jean-Marc Sauvé, l'ancien vice-président du Conseil d'État , pour faire la lumière sur les abus sexuels dans l'Église.

Il serait intéressant de pouvoir comparer – sinon de les dénoncer - le nombre de cas de pédophilie avérés chez les prêtres catholiques et orthodoxes, les pasteurs protestants, les imams et les rabbins. Il semblerait qu’aucune étude scientifique ne soit actuellement disponible.

Mais cela est une autre affaire … peut-être à suivre !

Jean-Marc Sauvé : au nom de l'intégrité mais aussi et surtout de l'espérance.

Au-delà de ce nouveau coup dur pour l’Église de France mais pour tant d’autres aussi l’opportunité de faire référence à l’instar de Jean-Marc Sauvé, à ce magnifique et émouvant psaume 22 également appelé le psaume du serviteur souffrant  et qu’étrangement le christ a repris sur la croix. Une intense supplique :

« Eloï, Eloï, lama sabactani ?»

« Seigneur, Seigneur pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Le paume 22 est aussi et surtout un appel à l’espérance. En cela, le rapport Sauvé (au nom autrement prédestiné) est un signe par ces temps terriblement graves. J’en retiendrai ces extraits-clés repris de mémoire à l’antenne de France 2 par Jean-Marc Sauvé: « Le Seigneur est mon berger  
Je ne manque de rien. 
Sur des prés d'herbe fraîche, 
Il me fait reposer.

Si je traverse les ravins de la mort, 
Je ne crains aucun mal, 
Car tu es avec moi : 
Ton bâton me guide et me rassure. »

 

Bernard Vadon

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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