Marie de Nazareth : de Lourdes à Éphèse en passant par Fatima, le parcours exemplaire d’une femme ordinaire et admirable.

Publié le 16 Août 2021

Le « Protévangile » (académiquement antérieur à  l'Évangile) en l’occurrence celui de Jacques, est un récit grec de la seconde moitié du IIème siècle, le plus ancien manuscrit conservé datant de la première moitié du IVème siècle s’appelle : « Nativité de Marie » ou Apocalypse de Jacques ».

Éphèse : "Le voyage de l’Évangile dans le monde continue sans relâche dans le livre des Actes des apôtres, et il traverse la ville d’Éphèse, en manifestant toute sa portée salvifique." (Pape François) 

Ce texte fut traduit et publié au XVIème siècle sous le titre de « Protévangile de Jacques » qui mettrait en évidence la civilité de Jacques en qualité de frère de Jésus..

Extrait :

« Et je vis une femme qui descendait de la montagne, et elle me dit : « Homme, où vas-tu ? » Et je dis : « Je cherche une sage-femme juive. » Et en réponse elle me dit : « Es-tu d’Israël ? » Et je lui dis : « Oui. » Elle dit : « Et qui est celle qui va mettre au monde dans la grotte ? » Et je lui dis : « Celle qui m’est fiancée. » Et elle me dit : « Elle n’est pas ta femme ? » Et je lui dis : « C’est Marie, celle qui a été élevée dans le temple du Seigneur. Et je l’ai reçue pour ma part comme femme ; et elle n’est pas ma femme, mais elle a un fruit conçu du saint Esprit. » Et la sage-femme dit : « Cela est-il vrai ? » Et Joseph dit : « Viens voir. » 

Lors de son voyage apostolique en Turquie, aux côtés du grand mufti d'Istanbul Rahmi Yaran en prière, le pape François a médité pendant deux longues minutes, les yeux fermés et les mains jointes : « Un beau moment de dialogue inter-religieux" aurait confié un témoin.

On connait la suite de ce récit inouï mais beau et fort dans sa forme elliptique proche du langage théâtral (sans que cette correspondance soit spirituellement péjorative) mais qui, à sa seule lecture, me noie, personnellement , dans une singulière et inextinguible émotion.

La même que mystérieusement et à laquelle je n’ai pas cherché (ni d’ailleurs trouvé) d’explications au récit de Jean sinon que les doutes de Salomé, la sage-femme, ne sont pas sans rappeler ceux de l’apôtre Thomas souhaitant taire ses propres doutes face au Christ ressuscité. Jusqu’à plonger sa main dans le flanc transpercé du crucifié.

En ce dernier 15 août 2021, dans un contexte compliqué, les pèlerins - près de 10.000 - réunis à Lourdes dans le cadre du traditionnel pèlerinage national sous le signe fédérateur de la fraternité,  ont honoré la Vierge Marie. Et donner une signification singulière au mot espérance.

Retour au « protévangile » de Jacques et à Salomé, décidée et fermement convaincue du bien-fondé de sa démarche. Place à la suite du récit :

« Et la sage-femme entra et dit : « Marie, dispose-toi ; car ce n’est pas un mince débat qui s’ouvre à ton sujet. » Et Marie, ayant entendu cela, se disposa. Et Salomé mit son doigt dans sa nature. Et Salomé poussa un cri et dit : « Malheur à mon iniquité et à mon incrédulité, parce que j’ai tenté le Dieu vivant. Et voici que ma main, consumée par le feu, se détache de moi. » Et Salomé fléchit les genoux devant le Maître, disant : « Dieu de mes pères, souviens-toi de moi, de ce que je suis de la postérité d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Ne me donne pas en exemple aux fils d’Israël, mais rends-moi aux pauvres. Car tu sais, Maître, que c’est en ton nom que j’accomplissais mes guérisons et que c’est de toi que je recevais mon salaire. » Et voici qu’un ange du Seigneur parut, lui disant : « Salomé, Salomé, le Maître de toutes choses a exaucé ta prière. Approche ta main de l’enfant et prends-le dans tes bras, et il sera pour toi salut et joie. » Et remplie de joie, Salomé s’approcha de l’enfant et le prit dans ses bras, disant : « Je l’adorerai, car c’est lui qui est né roi pour Israël. » Et aussitôt Salomé fut guérie et elle sortit justifiée de la grotte. Et voici qu’une voix dit : « Salomé, Salomé, ne publie pas les choses merveilleuses que tu as vues jusqu’à ce que l’enfant soit allé à Jérusalem. »

Fin de citation.

Le don de Dieu

Dans l’évanescence d’un petit matin frisquet, à quelques kilomètres de Selçuk – ou Éphèse - et de Kusadasi, en Turquie, les écrits de voyante allemande, Anne Catherine Emmerich, qui sera béatifiée par le Pape Jean Paul II le 3 octobre 2004, nous reviennent en mémoire alors qu’à peine débarqués de l’autocar qui nous a conduit jusque-là, nous nous laissons envahir par la douceur des lieux et cette immatérielle présence mariale. Soudain, incroyablement réelle.

Le Père Cabes, ancien recteur du sanctuaire de lourdes, cet autre site d’apparitions de la Vierge Marie, estimant  que ce qui est dit à travers ce dogme marial :

 « C'est l'essentiel du mystère du don de Dieu» .

Je me sens réassuré et comme l’écrivait Châteaubriand dans « Le génie du christianisme »  les pas du vrai croyant ne sont jamais solitaires ; un bon ange veille à ses côtés, il lui donne des conseils dans ses songes. 

Enfouie sous de frais ombrages protecteurs,  la maison de Marie nous apparait comme une modeste demeure (Meryemana evi ) construite sur le Bulbul Dagi (Koressos, Mont Rossignol ) où l’apôtre Jean aurait accueilli la vierge après la mort de Jésus. Vers l’an 37.

Dans l’évocation de ses voyances Catherine Emmerich « localisait ». – on dirait aujourd’hui par GPS interposé – ces lieux qui, au seul terme de sacré, devrait nous inspirer crainte et respect

« Chercher Dieu, c’est la foi ; le trouver, c’est l’espérance ; le connaître, c’est l’amour ; le sentir, c’est la paix; le goûter, c’est la joie ; le posséder, c’est l’ivresse «  résumait Marthe Robin.

« Visions intérieures »

Catherine Emmerich, dont « la douloureuse » vision de la ¨Passion du Christ » inspira le réalisateur Mel Gibson et dont les prophéties ne peuvent être ignorées ne serait-ce qu’en regard de ce qu’aujourd’hui notre monde découvre chaque matin, nous interpelle alors que soudain s’apaise le souffle du vent.

Étrange. Je dirais inquiétant. Et pourtant !

« Je suis très affligé. » déclarait le 12 juillet 2020 à l'issue de la prière de l'Angélus, le pape François suite à la conversion décidée par la Turquie de l'ex-basilique Sainte-Sophie en mosquée :  « Ma pensée va à Istanbul, je pense à Sainte-Sophie. Je suis très affligé ». Une mesure que le président turc Recep Tayyip Erdogan, issu d'un parti islamo-conservateur, attendait alors depuis des années

Le troisième secret de Fatima à propos des « visions intérieures »  évoquées par le cardinal Ratzinger (Benoit XVI) :  cela ne vous dit rien ?

Au-delà de la prudence qui accompagne, chez les autorités religieuses sérieuses ces manifestations de « l’au- delà », s’impose la notion d’improbable, mais aussi ces signes indéfinissables, ces « ressentis » que la raison que l’on sait opposée à l’instinct rejette sans appel.

On est loin très loin sinon à des années-lumière  de la pensée pascalienne avec en prime l’incertitude en réponse à la recherche de la vérité.

Catherine Emmerich ou le grand mystère de la foi et la réflexion de Saint Augustin pour qui la compréhension est la récompense de la foi. Ne cherche donc pas à comprendre pour croire, mais crois afin de comprendre, parce que si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas.

Celle de la voyante mystique, Catherine Emmerich, apparait en revanche autrement  perceptible dans sa vision d’un lieu qu’elle ne connaitssait pourtant pas.

Illustration :

« La maison est  située à trois lieues et demi de là, sur une montagne qu’on voyait à gauche en venant de Jérusalem, et qui s’abaissait en pente douce vers la ville. Lorsqu’on vient du Sud, Éphèse semble ramassée au pied de la montagne ; mais à mesure qu’on avance, on la voit se dérouler tout autour. Au midi, on aperçoit des allées plantées d’arbres magnifiques, puis d’étroits sentiers conduisent sur la montagne, couverte d’une verdure agreste. Le sommet présente une plaine ondulée et fertile d’une demi-lieue de tour : c’est là que s’installera la Sainte Vierge. (…) Avant de la  conduire à Éphèse, Jean avait fait construire pour elle une maison en cet endroit, où déjà beaucoup de saintes femmes et plusieurs familles chrétiennes s’étaient établie. ET cela,, avant même que la grande persécution n’eût éclaté. Elles demeuraient sous des tentes ou dans des grottes, rendues habitables à l’aide de quelques boiseries. Comme on avait utilisé les grottes et autres emplacements tels que la nature les offrait, leurs habitations étaient isolées, et souvent éloignées d’un quart de lieue les unes des autres. Derrière la maison de Marie, la seule qui fût en pierre, la montagne n’offrait, jusqu’au sommet, qu’une masse de rochers d’où l’on apercevait, par-delà les allées d’arbres, la ville d’Éphèse et la mer avec ses îles nombreuses. (…) La maison de Marie est  carrée, la partie postérieure seule est arrondie ; les fenêtres sont  pratiquées au haut des murs et le toit est plat. Elle est  divisée en deux partie séparées par le foyer, placé au centre… »

Péché originel

Il y a presque 1.600 ans se tenait à Éphèse le troisième concile œcuménique de la chrétienté. À la différence des conciles provinciaux, fréquents à l’époque, ces conciles œcuméniques (ou universels) rassemblaient l’ensemble des évêques de tous les pays.

 

Cette chapelle byzantine du VII° siècle restaurée, aux sous-bassements du 1° siècle et qui portait le joli nom de « Panaghia-Capulu » (La Porte de la Toute Sainte) a bien été édifiée sur les ruines supposées de la maison de Marie.

 

Dans l’histoire de l’Église, les conciles œcuméniques ont toujours revêtu une autorité particulière car leur objectif était à priori de préciser ou de réaffirmer la doctrine de la foi, ainsi que de réformer, le cas échéant, la discipline ecclésiastique.

Les quatre premiers conciles, dont fait justement partie celui d’Éphèse, ont à ce titre une importante toute spéciale parce qu’ils ont formulé les dogmes fondamentaux de la foi catholique.  Notamment, celui de l’Immaculée Conception proclamé  le 8 décembre 1854 par Pie IX.

« A Dieu rien n’est impossible » pourrait-on rétorquer à tous ceux et non des moindres qui  nourrissent la polémique.  Avec en prime, le fameux péché originel.

La partie n’est pas pour autant gagnée.

Saint Bernard de Clairvaux : ce Père cistercien est considéré comme le chantre de la Vierge Marie, dite aussi Étoile de la mer  : "Ô toi qui que tu sois, qui te vois, dans les fluctuations de ce monde, balloté au milieu des bourrasques et des tempêtes plutôt que marcher sur la terre ferme, ne détourne pas les yeux de l'éclat de cet astre si tu ne veux pas être submergé par les flots. "

De Saint-Augustin à Saint-Thomas d’Aquin en passant par Saint-Bernard, pourtant dévot patenté de Marie, sans oublier Paul V (en 1617) ce sera finalement Pie IX par sa Bulle pontificale « Ineffabilis Deus »  mettra un terme aux tergiversations intellectuelles de ses pairs  et  confirmera la Vierge Marie  comme  « préservée intacte de toute souillure du péché originel. »

Outre le Dieu ineffable, il appert que  l’infaillibilité papale ajoute au dogme !

Mission maternelle

La « Maison de la Vierge » - objet de tous les questionnements quant à son origine - où la Mère de Jésus aurait vécu exilée auprès de Saint-Jean, bravant polémiques et doutes, est toutefois devenue un sanctuaire marial depuis plus d’un siècle et surtout, du fait de la vénération de l’Islam pour la Mère de Jésus, elle est reconnue comme un lieu de pèlerinage commun aux chrétiens et aux musulmans dont on connait la dévotion pour celui, Jésus, qu’il tiennent pour prophète. Les uns et les autres y venant prier par dizaines de milliers. C’est bien là l’essentiel.

Ainsi, une fois n’est pas coutume, les religions ne sont pas systématiquement des prétextes à discordes. Ou parfois pire.

Le Pape Paul VI s’est rendu en pèlerinage à Éphèse le 26 juillet 1967. Quant à Saint Jean-Paul II, Ii visita ce Sanctuaire le 30 novembre 1979 et lors de son voyage en Turquie, Benoît XVI y célébra une messe. C’était le 29 novembre 2008.

Grâce à des dons, cette Maison de Marie et la propriété qui l’entoure, ont été acquises et aujourd’hui on a tout lieu de penser que cette chapelle byzantine du VII° siècle restaurée, aux sous-bassements du 1° siècle, qui portait le nom de « Panaghia-Capulu » (La Porte de la Toute Sainte) a bien été édifiée effectivement sur les ruines de la maison de Marie :

« Tant que le mystère de l’infini pèsera sur la pensée humaine, des temps seront élevés au culte de l’infini, que le Dieu s’appelle Brahma, Allah, Jehova ou Jésus. Et sur la dalle de ces temps vous verrez des hommes agenouillés, prosternés, abîmés dans la pensée de l’infini. La métaphysique ne fait que traduire au-dedans de nous la notion dominatrice de l’infini. » déclarait, Louis Pasteur dans son discours de réception à l’Académie Française.

Heureusement, aux audacieux, Dieu tend parfois la main, nous rassure Alfred de Musset.

J’ajouterais :

« Ne serait-ce que pour conforter notre croyance. »

Élévation de la pensée et communication avec le divin : ces intentions portées vers "la Lumière" .

En tout cas, mystérieusement, ce que nous avons découvert de la Mère du Christ dans sa maison d’Éphèse, par exemple, est assurément emblématique de la mission maternelle de miséricorde, de paix et d’unité, qu’elle entend poursuivre dans le monde.  Aujourd’hui, plus que jamais.

N’est-ce pas  ce que l’on peut espérer d’une mère, en l’occurrence la bouleversante Vierge Marie, une femme ordinaire mais à la vocation extraordinaire. Une femme d’une exceptionnelle universalité et finalement admirable.

Impressionnant et bouleversant.

 

Bernard VADON

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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