INCLUSION ET DIVERSITÉ EN EMBUSCADE OU LA LANGUE FRANCAISE EN DANGER. ANALYSE.

Publié le 1 Août 2021

Les théoriciens du classicisme, assurément dans « L’art poétique » font référence au beau langage. En tout cas, dans son poème didactique de onze cents alexandrins classique, Nicolas Boileau nous en livre sa version …

« C’est en vain qu’au Parnasse un téméraire auteur

Pense de l’art des vers atteindre la hauteur. »

Nicolas Boileau : un téméraire auteur ...

Une réponse aux instigateurs de l’écriture inclusive ou encore langage épicène désignant aussi bien le mâle que la femelle ( usage que je déteste et réprouve). Et par ailleurs, une démarche quelque peu fantaisiste consistant à proscrire la suprématie du masculin sur le féminin. Plus question d’homme ou de femme. Pour le moins singulier. Ou une façon détournée de créer un problème.

S’impose alors un passage obligé par le Larousse, notre bible linguistique sinon le Littré et le Robert, attestant que l’usage de « personne » en tant qu’être humain, écarte toute forme de sexisme. Ce qui n’a pas pour autant valeur de dogme.

DÉCOMPENSATION

Entre autres innovations que -  je qualifierais d’opportunément politiques comme tant d’autres par les temps qui vont -  le président de la république du moment entend « faire de la lecture une grande cause nationale ».
Grâce lui soit rendue. Si toutefois la formule « loin de la coupe aux lèvres » ne s’applique pas à cette louable intention qui pourrait tout autant concerner d’autres institutions aujourd’hui et autrement en danger.

Lesquelles,  ne rêvons pas,  ne seront pas systématiquement sauvées. Même à n’importe quel prix, comme le martèlent les autorités. Ou seulement en traversant la rue.

Suivez toujours mon regard !

En l’occurrence, les bonnes nouvelles du moment sous le signe d’une présumée « décompensation »marquée par une perte de repères (médicalement, c’est quand même la dégradation brutale d’un organisme et la rupture d’un équilibre) liée, notamment et paradoxalement, suite au confinement, à la réouverture des restaurants et autres lieux de convivialité,  sans oublier la possible tombée des masques, le tout générant une euphorie soudaine et pas toujours contrôlée avec au point d’orgue de cette pseudo « vie monastique ouverte » serait un encouragement à se tourner vers l’écriture et l’art. Démarche on ne peut plus louable en ces temps où les réseaux sociaux ont littéralement envahi notre espace de communication. Pour le pire plus que pour le meilleur. 

 ABSURDITÉ DE LA VIE

Pourtant, et l’académicien Marc Lambron élu au fauteuil de François Jacob, reçu sous la Coupole – mazette !- par Erik Orsenna, s’en inquiète, je le cite :

 « La langue française est en expansion »

Ah, bon !

Marc  Lambron : la langue française est en expansion ... ouf ! 

Bref,  autant pour ceux qui l’ont, à mon modeste goût, un peu trop vite enterrée au prétexte de l’assimiler ( les « cons ») aux langues dites mortes qui sont, ne leur en déplaisent, les chevilles ouvrières d’une langue (le français) unique par sa richesse mais sacrifiée chaque jour un peu plus sur l’autel des « start-up » (notamment) dans la langue de Shakespeare.

Samuel Beckett : et moi, de rire !

Non pas …  en attendant celle de Godot (un chef d’œuvre en seulement deux actes, pour célébrer l’absurdité de la vie)  mais parce que, l’écrivain et poète, Samuel Beckett  qui en est le talentueux auteur – prix Nobel de littérature, quand même ! -   à défaut d’être un sujet de Sa Majesté était de nationalité irlandaise ( que je revendique au nom de mes propres racines ) s’exprimait et écrivait en français. Et quel français ! (j’entends la autant la pratique que la grammaire et le vocabulaire)

LE « GLOBISH ».

Bref, pour notre académicien Marc Lambron, la démarche du président français n’est pas un bon signe pour notre langue :

« La notion de grande cause nationale s’applique à des choses menacées (…) Est-ce que la lecture et le français sont menacées sont aujourd’hui menacés ? Oui et non : non, car le français est une grande langue de culture et qu’il y a 300 millions de locuteurs francophone sur la planète, on estime qu’en 2040 essentiellement grâce à la démographe africaine il aura 700 millions de locuteurs français, c’est une langue en expansion  (…) La contrepartie, c’est le globish, ce franglais assez inesthétique, et puis il y a des attaques internes à la langue comme  l’écriture inclusive. »

Nous y voilà ! (1)

La métaphore d'un paysage ... ou la fuite du temps.

La métaphore d’un paysage est de circonstance pour illustrer le caractère évolutif d’une langue et l’importance de sa préservation « Il y a des érosions, des irrégularités, des étrangetés, mais notre langue est, là et je me méfie toujours  de ceux qui la menacent, un peu comme les aménageurs fous des années 1960 qui rasaient des pans de forêts pour y ériger des tours et des cités. »

Qui a dit que la vérité sortait de la bouche des enfants !

La facilité d’adaptabilité de l’anglais est  certes un facteur aggravant ; et  il n’est pas évident de « franciser » des mots tels que software, business, buzz, best of ou live.

Aussi, Marc Lambron préfère puiser à d’autres sources que l’anglais à des fins d’enrichissement du français notamment par la créolisation, avec des mots d’Afrique, des Caraïbes ou du Canada.

Et de conclure :

« On n’est pas condamnés à utiliser l’anglais ».

Encore heureux !

SANS REGRETS !

Marguerite Duras, s’imaginait dans un trou, mieux, au fond d’un trou et dans une solitude quasi-totale pour découvrir (sic) que seule l’écriture la sauverait.

Marguerite Duras : seule l'écriture la sauverait ...

... Quant à Jean d’Ormesson, il confiait, dans le même registre :

« Je ne regrette ni d'être venu ni de devoir repartir vers quelque chose d'inconnu dont personne, grâce à Dieu, n'a jamais pu rien savoir. J'ai trouvé la vie très belle et assez longue à mon goût. J'ai eu de la chance. Merci. J'ai commis des fautes et des erreurs. Pardon. Pensez à moi de temps en temps. Saluez le monde pour moi quand je ne serai plus là. C'est une drôle de machine à faire verser des larmes de sang et à rendre fou de bonheur. Je me retourne encore une fois sur ce temps perdu et gagné et je me dis, je me trompe peut-être, qu'il m'a donné - comme ça, pour rien, avec beaucoup de grâce et de bonne volonté - ce qu'il y a eu de meilleur de toute éternité : la vie d'un homme parmi les autres. »

 

Marcel Proust : de la musique aux mots ...

Marcel Proust, à dessein, évoque quant à lui, la communication des âmes à propos de l’invention du langage, de la formation des mots et de l’analyse des idées que seule la musique aurait pu supplanter. C’est tout dire de l’incroyable puissance du verbe et de son pouvoir de transmission que l’on doit encore, pour la formule, à Nicolas Boileau :

« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément. »

MISÈRE ET GRANDEUR

Dans ses fameuses « Pensées », Blaise Pascal prenait moins de gants pour stigmatiser les sceptiques et autres  libres penseurs.

Blaise Pascal : l'Homme est à la fois misère et grandeur.

Considérant, dans sa théorie apologétique, que l’Homme, dans son orgueil et son amas de concupiscence, ne peut trouver la paix intérieure et le véritable bonheur qu’en Dieu, il estimait, en clair, que l’Homme (dans sa désignation de genre Homo même si rares sont les auteurs et les philosophes ayant fait usage de la majuscule pour exprimer l’humanité) est à la fois misère et grandeur, rien et tout, et finalement limité bien qu’aspirant à l’infini. Fin de partie.

Je vois dans Godot …  en l’attendant, une tentative de définir l’humain, un combat contre l’absurde, une entreprise délicate et héroïque de civilisation, mieux, de civilité. Une oeuvre au demeurant dramatique et existentielle, mais aussi l’œuvre manifestement engagée d’un auteur politique.

Des ruines de l’après- guerre aux crises d’aujourd’hui, « Godo », serait donc la tentative à ne jamais renoncer, ne serait-ce qu’au nom de l’humain. En sa signification universelle.

« Ecce homo », c’est le jeu des enfants que nous fûmes…en attendant d’être grands.

Comme chez Shakespeare, tragédie et comédie se retrouvent ; on s’inquiète et on rit de la cruauté, de la sauvagerie des rapports humains pour finalement s’émerveiller du plaisir fou de se parler, de se retrouver.

A chacun de choisir son camp sinon ses limites dans cet imbroglio mental  où les soins palliatifs passent souvent par l’imagination et le divertissement.

Pour paraphraser Léo Ferré :

« Les gens, il conviendrait de ne les connaître que disponibles ;  et encore à certaines heures pâles de la nuit avec des problèmes d’homme ;simplement, des problèmes de mélancolie... »

PÉRIL MORTEL

L’Académie française n’a pas autorité pour interdire une quelconque pratique langagière, et son rôle n’est pas de formuler des règles mais de prendre acte de l’évolution des usages.

Un casse tête sinon un péril moprtel !

A cet égard, elle a aussi considéré que l’écriture inclusive était « un péril mortel pour notre langue » et ceux qui valident cette opinion affirment qu’il s’agit d’une atteinte à la qualité de la langue de Molière qu’il n’est pourtant pas évident de bien saisir.

Car, et comme l’explique notamment la sociolinguiste Maria Candea, non seulement nous ne parlons plus, depuis bien longtemps, la « langue de Molière » dont les textes doivent aujourd’hui être remis dans une forme autrement actuelle pour que nous les comprenions.

Cela au nom de l’évolution des usages et des formes d’expression.

Tout comme les emprunts aux autres langues, la création et l’évolution des formes à l’instar aujourd’hui de l’écriture inclusive) ne représentent pas un danger pour la langue, mais seraient au contraire un signe de dynamisme.

A l'exemple de Paul Morand "je me garde de dire qu'il y a progrès. Je dis seulement qu'il y a bouleversement." A chacun d'apprécier la nuance ...

Au prétexte, une nouvelle fois et selon certains linguistes, que les langues figées sont des langues mortes.

Pour en conclure que le français n’est pas une langue en danger, mais un ensemble de pratiques socialement codifiées, qui évoluent depuis des siècles.

Bernard VADON

 

  1. L’« écriture inclusive » est une traduction de l’expression anglaise inclusive writing. En somme, une variante de l’inclusive language (« langue inclusive » ou « langage inclusif ») présente entre autres dans les milieux académiques de certains pays anglophones depuis au moins une dizaine d’années. « L’inclusive languaege » vise à inclure toutes les personnes pouvant ne pas se sentir représentées (en matière de sexe, d’ethnicité, de religion, etc.) par une désignation. Le « gender-inclusive language, » qui concerne plus particulièrement l’absence de représentation des différents genres (en l’occurrence le genre féminin) en est une spécificité .

Ce qu’on appelle, depuis quelques années en France, l’« écriture inclusive » est en fait une écriture inclusive de genre, donc une écriture incluant ou représentant les différents genres.

C’est un style d’écriture qui vise ainsi à assurer une égalité de représentation entre les femmes et les hommes et qui est défendu depuis 2015 par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE). 

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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