AFGHANISTAN  SOUS LE RÉGIME DES TALIBANS, AVEC DAECH EN EMBUSCADE : LE PIRE EST A CRAINDRE.

Publié le 27 Août 2021

En marge de catastrophes climatiques de plus en plus fréquentes : de la pluie sur le sommet du Groenland aux déluges et autres tsunamis et cyclones de plus en plus incontrôlables, sans parler des incendies volontaires, (ou non) qui se déclenchent aux quatre coins de la planète et souvent en des lieux insoupçonnés quant à leur dangerosité ; avec, en prime, des températures en hausse constante, la planète ne va finalement pas si bien que cela. N’en déplaisent à quelques optimistes béats.

LE TRÉSOR DE BACTRIANE

En ce petit matin estival, alors même que j’accomplis le geste devenu un rituel et spectateur découragé au vu d’une société soumise aux effets dévastateurs d’une communication envahissante et dirigiste, je bascule le clapet de ma tablette et à la seconde, le quotidien défile devant mes yeux avec l’Afghanistan en tête de gondole, « gondola head », comme disent les britanniques :

L'horreur médiatisée !

L’aéroport de Kaboul visé par des menaces terroristes ; le retrait des occidentaux d’Afghanistan sous le feu des critiques sinon des déclarations affligeantes du président Biden suite aux tragiques attentats à l’aéroport de Kaboul; les Afghans de France qui se mobilisent pour tenter de faire évacuer leurs familles alors que la Russie et la Chine parient sur les talibans jusqu’à l’ex-président, Hamid Karzai , ayant « courageusement » déserté et qui maintenant entend peser dans les négociations futures ;  enfin, comment les talibans ont-ils hérité du trésor de Bactriane… l'un des plus fascinants trésors du monde antique que l’on croyait perdu à tout jamais jusqu’à ce qu’il réapparaisse dans toute sa magnificence, un certain mois de décembre 2006 ,lors d’une exposition organisée à Paris, au Musée des arts asiatiques Guimet.

Pourtant, la consigne avait été donnée par le mollah Omar, le chef de la milice fondamentaliste des talibans, alors au pouvoir à Kaboul, de faire disparaître les icônes et les statues. Alors que le 11 mars 2001, le monde entier apprendra, non sans stupéfaction, la destruction systématiques des bouddhas géants sculptés dans la falaise de Bamiyan.

Le saccage organisé par les talibans autour des mythiques bouddhas géants de Bamiyan ... "Ce ne sont pas les valeurs qui se perdent, c'est la connerie généralisée qui triomphe." estime l'écrivain  Michel Ruffin

Pour répondre à cet acte abominable de vandalisme sinon d’imbécilité manifeste, les responsables du musée Guimet à Paris organisèrent à la barbe, si l’on peut dire, des profanateurs patentés, une exposition pour rendre hommage aux cultures afghanes sous la forme d’un panorama de l'art afghan allant des figurines animales de Mundigak, du IIIe millénaire avant notre ère, jusqu'aux miniatures persanes du XVIIe siècle.

Problème : seuls quelques objets étaient présents à Paris.

Qu'en était-il du reste ?

On croyait savoir qu'entre les débuts de la guerre civile, en 1992, et l'installation des talibans, en 1996, environ 80% des collections du musée de Kaboul, avaient été ravagées par les obus et les tirs de roquette, ou pillées.

Retrouvés du côté de Tokyo ou Londres ...

Les voleurs utilisaient les mêmes réseaux que les trafiquants de drogue pour faire franchir la frontière aux pièces archéologiques dérobées. Chez les antiquaires de Peshawar, au Pakistan, on pouvait ainsi trouver un grand nombre d'objets venus d'Afghanistan, volés au musée de Kaboul ou sur les sites archéologiques, avec lesquels les marchands, peu scrupuleux, alimentaient le marché et les collections privées de Tokyo ou de Londres. On ne change pas si facilement un certain monde !

Puis, alors même que s'effondrait le régime taliban, une rumeur circula avec insistance concernant les très beaux objets en or de Tillia Tepe qui auraient échappé aux pillages et auraient été vus pour la dernière fois, en 1989, avant qu’ils ne soient négociés auprès de richissimes amateurs, voire même fondus pour être vendus au poids de l'or.

En fait, ces trésors avaient été tout simplement dissimulés dans les coffres de la Banque centrale, dans l'enceinte même du palais présidentiel de Kaboul.

Il  fallut cependant patienter quelques mois pour que les problèmes d'intendance soient réglés et que le légendaire trésor de Bactriane soit exposé à Paris.

LA CARTE DU TENDRE

Alors que les talibans viennent de reprendre le pouvoir serait-on aujourd’hui à la veille d’un bis-repetita culturel ?

Quelle confiance ?

L’actuelle « clientèle talibanesque », armée jusqu’aux dents, n’inspire guère confiance. Indépendamment de quelques déclarations pacifistes émanant de combattants frais émoulus, pour la plupart de jeunes abrutis triomphant sur des véhicules tous terrains « made in America » et dont l’infantile raison trouve explication derrière un fusil d’assaut américain dernière génération dérobé aux forces étrangères sinon d’un antique gourdin dont finalement, de par leurs pédigrée ils savent mieux faire usage pour défoncer quelques crânes rebelles à cette aberrante loi islamique censément édictée par Dieu.

Ah, bon !

Cà commence bien ...

En tout cas, autant pour les libertés institutionnelles – de la liberté d’expression à celle des femmes (eh, oui, messieurs les talibans et daech associés dans l’horreur ) en passant par la liberté de croyance et la liberté sexuelle  en vigueur (en principe) dans les sociétés civilisées.

Le tout réuni dans le terme barbare de « charia » dans laquelle la prière me semble, personnellement et dans la mesure où elle est librement consentie, comme l’unique pratique forte et constructive.

Le reste étant soumis, pour moi  au respect de l’intégrité.

Par extension, la carte du Tendre – ce pays imaginaire inventé au XVIIème siècle – au-delà de son inclination à favoriser la préciosité est aussi et surtout une incitation à sortir les hommes de l’égoïsme et de la brutalité, de leur apprendre l’estime, le respect et le raffinement.

Les talibans se gargarisent de bonnes intentions sans pour autant convaincre. Tant il est vrai que le mensonge est l’une des clés du pouvoir.

Qu’importe au fond qu’avec le groupe salafiste État islamique, dit aussi Daech, on aille de Charybde en Scylla. Car c’est finalement bien lui qui au bout du compte tirera les marrons du feu.

Quitte à faire passer les talibans pour des enfants de chœur. Certains commentateurs et analystes spécialisés le laisserait déjà entendre du bout des lèvres.

Questionnez les afghans et singulièrement les femmes.

L’HOMME RÉVOLTÉ

Parmi mes livres de chevet, « Les Combats de Dieu » par Saint Bernard de Clairvaux dans le titre duquel on notera la subtilité dans l’utilisation de la préposition « de » au lieu de « pour » autrement engagé.

Saint Bernard en séance capitulaire .

Nuance sinon différence importante : saint Bernard apparait comme l'auxiliaire ardent et enjoué des combats de Dieu pour le salut de l'homme. 

Saint Bernard était pourtant un guerrier. Non pas un belliciste. Comme l’a écrit Dom Jean Leclercq, il a appliqué plus souvent la théorie de la paix que celle du combat, fût-il une croisade ; il a  même été ,en bien des cas, un réconciliateur. (ce qui n’est pas incompatible) Mais c’est également exact qu’il parlait de lutte ; pour cela, son auditoire l’aimait aussi et avait besoin qu’on le fit : car tous étaient désormais engagés dans une bataille qui devait les faire participer à la victoire du Christ. Un engagement mais pas un endoctrinement :

« Nous sommes encore dans la mêlée, ou sur les créneaux, exposés aux flèches et aux coups, aux blessures de toutes sortes. Mais il n’est point de doute sur l’issue. Saint Paul parlais de « soldat du Christ » et le cavalier de l’armée de Moïse devient un chevalier. »écrit pour sa part saint Bernard.

Albert Camus : l'homme révolté !

C’était il y a plus de 1000 ans et le propos n’a pas pris une ride tout comme celui de Albert Camus dans les années cinquante avec  « L’homme révolté » :

« Il ne peut y voir pour l’esprit humain que deux univers possibles : celui du sacré et celui de la révolte. »

Messieurs les talibans et autres islamises : à bon entendeurs, salut !

Bernard VADON

 

 

 

 

 

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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