Réchauffement climatique :  la cote d’alerte est dépassée mais tout le monde, ou presque, s’en moque.

Publié le 3 Juillet 2021

 

« Un réchauffement climatique durable supérieur au seuil de +1,5 °C aurait des « impacts irréversibles pour les systèmes humains et écologiques ».

C’est l’avertissement inquiétant et quelque peu anticipé - puisque la publication du document  était envisagée pour 2022  - des experts climat (Giec) de l’ONU.  Une mise en garde qui avait été déjà énoncée en 2014.

Quant aux  quasi cinquante degrés enregistrés  dernièrement au Canada, dans la région de Vancouver réputée comme l’une des cinq meilleures villes au monde pour sa qualité de vie,  sont un signe supplémentaire dans le dérèglement du système climatique auquel le comportement humain n’est pas étranger.

La fonte de la banquise : irréversible !

Et le non moins réputé musée d’anthropologie précisément installé  à Vancouver apparait comme une invitation indirectement machiavélique parce qu’illustrant étrangement la rencontre des sciences humaines et des sciences naturelles pourrait ajouter à notre questionnement.

En somme,  à qui la faute ?   

Irréversibles !

Aujourd’hui, plus que jamais ( à l’instigation de l’A.F.P.) dans leur rapport mondial prévu pour être publié en 2022,  les scientifiques du climat redoutent des conséquences « irréversibles » (sic) si le réchauffement dépasse +1,5 °C.

Les premiers pics de canicules humides, aux limites de la viabilité humaine, se produisent ainsi 30 ans plus tôt qu’attendu. De quoi prendre la mesure du danger. Mais en est-on réellement conscient ?

Pourtant, les 35 °C de température humide ont déjà été atteints au Pakistan, à Karachi en 2018.AKHTAR SOOMRO/REUTER

L’Organisation météorologique mondiale alertait fin mai sur le risque, quant au niveau industriel, d’un dépassement temporaire de la température mondiale moyenne annuelle de l’ordre   de +1,5 °C Et cela, dans les cinq ans à venir.

D'ici à 2050 quatre vingt millions de personnes auront faim s'ajoutant au chiffre actuel ...

Cette probabilité a été multipliée par deux en seulement un an. La réalité dépasse largement la fiction exploitée à satiété par le septième art.

Historiquement, en 2015, la planète s’engageait, lors de l’accord de Paris, à limiter le réchauffement à +2 °C, si possible à +1,5 °C. Jusqu’ici pas d’infléchissement de la courbe alors que l’année 2020 a déjà dépassé ce niveau préindustriel de +1,2 °C !

En quelque sorte,  parle toujours tu m’intéresses !

Après avoir tenu le rôle de Jean qui pleure, les professionnels du tourisme et autres actifs sauvés des eaux grâce à la manne publique se frottent les mains et lorgnent avec délectation le tiroir-caisse. Cerise sur le gâteau, :autant en emporte la détestable Covid.

Quant aux sites de vacances, ils n’ont rarement récolté un tel  succès.

C’est au tour de Jean qui rit !

2020, année la plus chaude de l’ère industrielle

Pourtant, les scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec, IPCC en anglais) n’ont de cesse de noircir le tableau de leurs sinistres prévisions assurant que dépasser seulement +1,5 °C pourrait progressivement entraîner, je cite :

 « Des conséquences graves, pendant des siècles, et parfois irréversibles. Et si la vie sur Terre peut se remettre d’un changement climatique majeur en évoluant vers de nouvelles espèces et en créant de nouveaux écosystèmes (…), l’humanité ne le peut pas » résument-ils, souhaitant un changement radical de paradigme dans la lutte contre le réchauffement.

Point de non-retour ?

Les premières estimations laissent poindre des zones de la planète non viables pour l’humanité. Ni plus, ni moins.

 

Les 35 °C de « température du thermomètre mouillé » ou « température humide » – écrit « 35°TW » pour « Wet Temperature – ont été atteints, coup sur coup, dans le Golfe Persique comme l’a révélé l’étude intitulée « L’émergence d’une chaleur et d’une humidité trop fortes pour la tolérance humaine » de Colin Raymond, climatologue au Jet Propulsion Laboratory de la Nasa, parue dans Science Advances, en mai 2020 et ajoutée au rapport du Giec :

« Une  vieille méthode de mesure en matière de transpiration consistant à entourer d’une mousseline mouillée le thermomètre pour mesurer l’évaporation de l’eau et la température correspondante », explique Samuel Morin, directeur du centre national de recherches météorologiques (CNRS-Méteo-France). 

Explication :

« Quand l’air est saturé en eau, il ne peut pas en absorber plus, cela joue sur la sudation. Les humains ont alors moins la capacité de suer et ne peuvent donc pas évacuer la chaleur accumulée dans le corps » écrit encore Samuel Morin.

Alfred Hitchcock dans « Sueurs Froides » avec James Stewart et Kim Novak dissertait à sa façon sur la manifestation de la peur que peut engendrer les lendemains planétaires er humains qui déchantent.

Notamment lorsqu’on apprend que de nombreux dépassements de 31°TW et 33°TW, ont été enregistrés ces dernières années. Et que dans les zones subtropicales, le long des côtes – sur la côte orientale de l’Inde, le Pakistan et le nord-ouest de l’Inde, les rives de la mer Rouge, le golfe de Californie et le sud du golfe du Mexique – se prépare un cocktail propice à ces chaleurs humides extrêmes, à savoir la conjugaison d’une chaleur continentale intense et des températures de surface de la mer inhabituellement élevées.

Des chaleurs humides mortelles

Certes, ces conditions extrêmes n’ont été jusqu’alors que temporaires. et

n’auraient duré qu’une heure ou deux. Ne pavoisons pas trop vite car si d’aventure elles se prolongeaient, les corps étant alors dans l’incapacité de se refroidir, elles deviendraient mortelles :« Elles approcheraient ou même dépasseraient  la tolérance physiologique humaine », précise encore Colin Raymond.

De tels extrêmes n’avaient pas été envisagés avant le milieu du siècle.

Pas très rassurant.

Manifestations cycloniques inopinées ...

D’autant que d’ores et déjà, la fréquence des pics de chaleur humide a plus que doublé en quarante ans.

En 2015, deux canicules à 30°TW avaient fait plus de 4 000 morts en Inde et au Pakistan. Ce seuil n’avait pas été atteint lors de la canicule de 2003 qui fit 50 000 morts en Europe.

Samuel Morin le confirme :

 « C’est une préoccupation de plus en plus forte et si. des mesures drastiques ne sont pas prises, voilà, en clair, ce qui nous attend :

350 millions d’habitants supplémentaires seront exposés aux pénuries d’eau à +1,5 °C et avec des canicules extrêmes 420 millions de personnes de plus seront menacées à + 2°C.

Pour ce qui est de la famine, 80 millions de personnes auront faim, d’ici à 2050, en plus des 166 millions qui ont déjà besoin d’assistance alimentaire du fait des désastres climatiques. Quant au problème de la submersion concernant les villes côtières, « en première ligne » du réchauffement climatique, des centaines de millions d’habitants seront menacées en 2050, dramatique conséquence de la hausse du niveau des mers (+ 60 cm d’ici à la fin du siècle à + 2°C).

Le temps nous est compté.

Enfin, pratiquement, toutes les zones côtières et plusieurs régions du monde risquent des catastrophes météo simultanées allant de la canicule aux inondations en passant par les sécheresse, les cyclones et les incendies.

L’effondrement de certaines falaises sur notre côte atlantique, les récentes précipitations avec à la clé des inondations désastreuses, des orages de grêle aux conséquences inhabituelles, des manifestations cycloniques inopinées sur des mélodies singulièrement inspirantes de « Epic Flight » par Immersion Music à cette prenante composition étrangement intitulée Initiation interprétée par le « Tenacious orchestra » de quoi bercer nos angoisses.

Enfin, en 2050, jusqu’à 143 millions de personnes seront déplacées en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud et en Amérique latine en raison de pénuries d’eau, de la hausse du niveau des mers et de la pression sur l’agriculture.

Les animaux sont en première ligne dans le désastre annoncé.

Et pour conclure ce réjouissant programme, au-delà de + 2°  - prévision qui n’est plus une vue de l’esprit  - 54 % des espèces terrestres et marines pourraient être menacées de disparition d’ici à la fin du siècle.

L’homme est fou !

En 2002, à Johannesburg, lors du Sommet de la Terre, Jacques Chirac prononçait une phrase devenue culte :

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ! »

En quasiment vingt années de temps, qu’en est-il aujourd’hui de cette prise de conscience alors même que la planète aurait peut-être déjà franchi le point de bascule, selon le climatologue Markus Rex, qui a conduit la plus grande expédition scientifique au pôle Nord ?

Markus Rex affirmant pour faire bonne mesure que la fonte de la banquise pourrait être irréversible et entraîner avec elle une « cascade » d’événements climatiques néfastes.

Des chiffres évocateurs.

Pour sa part, Hubert Reeves  - astrophysicien et écologiste – reconnaissant que par les temps présents nous sommes en proie à une grande inquiétude, n’y va pas par quatre chemins dans l’analyse du problème :

« L’homme est fou ! Il adore un Dieu invisible et détruit une nature visible, inconscient que la Nature qu’il détruit est le Dieu qu’il vénère. »

 

Bernard VADON

 

Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve (Antoine de Saint-Exupéry)

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :