EMMANUEL MACRON AU SANCTUAIRE MARIAL DE LOURDES : ÉNIGMATIQUE ET SINGULIER.

Publié le 19 Juillet 2021

Le hasard, non, pardonnez-moi il n’y a pas de hasard – une vérité que la psychologie dynamique a établie de façon irréfutable estimait Karl Otto Schmidt, érudit reconnu, écrivain spiritualiste allemand qui était de son vivant spécialisé dans la description des méthodes vérifiées par psychologie dynamique – je lui préfère la définition que certains prêtent selon leur sensibilité ou leurs connaissances du sujet à Jean Cocteau mais aussi à Albert Einstein considérant que le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito laissant à Anatole France le soin de jouer de la litote en résumant : le hasard, en définitive, c’est Dieu.

Paul Valéry : le plaisir qu'il y a à comprendre certains raisonnements délicats ...

La visite programmée du président de la République dans l’un des sanctuaires marial les plus fréquentés au monde ne pouvait évidemment se satisfaire d’une explication inspirée des faveurs du Père céleste.

N’en déplaise aux thuriféraires patentés et autres dévotes de service. Comme l’écrivait dans ses Œuvres II Paul Valéry :

 « le plaisir qu’il y a à comprendre certains raisonnements délicats dispose l’esprit en faveur de leurs conclusions. » 

Le diable est encore à l’oeuvre

Toutes et tous à leurs dévotions de circonstance n’ont peut-être pas discerné le souffle d’un esprit non inspiré de celui de la Pentecôte. Et sans donner dans une irrévérence audacieuse, mon récent souvenir du film « Rite » (l’exorcisme a encore de beaux jours devant lui) réalisé par Mickael Hafstöm qui s’est appuyé sur un ouvrage intitulé « Réforme du rituel d’exorcisme » validé par le Vatican ) dans une interprétation magistrale, par son jeu d’acteur, d’Anthony Hopkins et énigmatique quant au fondement de ce phénomène psychologique se nourrissant du physique et du psychique et que l’Église attribue au démon :

« Derrière le mot diable - du grec diabolos, qui divise - les représentations sont multiples derrière ce terme qui permet avant tout de nommer cette unité, cette cohérence du mal dans le monde qui nous écrase et quand on lit l'Évangile, Jésus fait des guérisons et chasse des démons, ce qui est incontestable car même ses ennemis le reconnaissent". affirme le père dominicain Jean-Michel Maldamé ,

Saint Jean-Paul II : le diable est encore à l'oeuvre ... mais n'ayez pas peur !

Quant à la citation de Saint Jean-Paul II en ouverture du générique du film « Rite »elle authentifie cette démarche cinématographique, la énième du genre mais cette fois autrement crédible :

"Le diable est encore en vie, et à l'oeuvre, dans notre monde" avertissait le saint pape polonais.

En d’autres terme, « le malin » comme on le nomme encore dans les milieux ecclésiastiques, a plus d’un tour dans son sac pour parvenir à ses fins. 

Une visite qui fait grand bruit

Loin de nous l’idée d’associer le président français et ses conseillers à ces manigances démoniaques. Ce qui cependant n’empêche pas les questions.

Prétexte à faire quelques dévotions publiques devant la grotte de Massabielle ? 

Même si l’opportunité d’un tour de France pouvait être un prétexte à venir faire quelques  dévotions devant la célèbre grotte de Massabielle  … quasiment le jour anniversaire de la dix-huitième apparition à Bernadette Soubirous. Singulière coïncidence.

Oh, certes depuis, le diable n’a pas perdu de temps pour rentabiliser ce lieu inhospitalier avant de connaitre la lumière commerciale. Pour devenir la deuxième ville hôtelière de France après Paris. Avec la kyrielle des petites combines des uns et des autres.  Certains prêtres du sérail n’étant parfois pas les derniers à boire à l’autre source moins rentable spirituellement que celle recommandée par Marie.

Ah, le malin, c’est quelqu’un !

Bref, mais en fait, qu’importe le conseil de Voltaire à savoir qu’on rougirait de ses décisions, si l’on voulait réfléchir sur les raisons pour lesquelles on se détermine.

Néanmoins, la visite présidentielle a fait grand bruit.

On serait tenté de dire, irrévérencieusement, qu’est-il venu faire dans cette galère ?

D’aucuns ont bien leur petite idée. Les « cathos » ne sont pas dans leur grande majorité particulièrement au garde en vous et actuellement les godillots leur blesseraient plutôt les pieds.

La situation sanitaire d’un côté, la bioéthique de l’autre alors que ce déplacement à Lourdes, lieu cher au cœur de millions de fidèles, survient quelques semaines à peine après l’adoption de la loi bioéthique qui ouvre notamment la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules.

Manifestement, le beau discours du Collège des Bernardins à Paris, ne semble pas avoir pleinement convaincu.  Quant à la prestation lourdaise, elle n’aura pas titillé la ferveur populaire. Quelques groupes d’exception en prière (qu’ils me pardonnent) confirmant la règle.

Feu d’artifice

Était t-il vraiment à sa place alors que ses prédécesseurs ( en exercice, entendons-nous) à l’exception du Maréchal Philippe Pétain, en sont protocolairement parlant (François Mitterrand en 1983 et Jacques Chirac en 2004 ) respectueux du « dogme » républicain se contentèrent de visites pontificales (en recevant à la coupée de son avion sur le tarmac de l’aéroport de Tarbes le pape Jean-Paul II ) ou de courtoisie ; ce qui fut le cas de Nicolas Sarkozy qui d’ailleurs n’était à l’époque que député et président de son groupe politique. Jusqu’à François Hollande en visite à Lourdes lors des catastrophiques inondations et qui n’avait pas passé la porte du sanctuaire :

Par l'intercession de Paul Ricoeur

« On n’en apprend somme toute que très peu sur les convictions ou la foi personnelles d’Emmanuel Macron. Le Président a certes été baptisé dans sa jeunesse, mais se serait éloigné de la foi quelques années plus tard… Reste qu’il sait parler aux chrétiens, peut-être plus qu’à quiconque. Aux protestants, par l’intercession de Paul Ricœur, qui trône au sommet de son panthéon personnel. Aux catholiques qu’il a gratifiés d’un mémorable discours au Collège des Bernardins. Un «feu d’artifice», commente Salomon Malka dans son livre «  Dieu, la République et Macron. Cuisine et confessions »  éd. du Cerf.

 « Mon rôle est de m’assurer qu’il y ait la liberté absolue de croire comme de ne pas croire mais je lui demanderai [à l’Église] de la même façon et toujours de respecter absolument et sans compromis aucun toutes les lois de la République. » déclarait alors Emmanuel Macron.

Cujus regio, ejus religio ( tel prince, telle religion) nous sommes au XVIème siècle et loin de la règle édictée dans le Saint Empire.

United in prayer

Selon les chroniqueurs avertis le président français semble ainsi faire son marché chez les auteurs et philosophes chrétiens en fonction de son goût du moment, et sa main tendue aux catholiques de France ne dissimule qu’avec peine le «cause toujours» qu’il leur rétorque à propos des questions de bioéthique.

Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Et dans le genre ce président, qui confessait un jour à un journaliste sa sensibilité agnostique, véritable crédo de cette laïcité et une conception philosophique qui finalement l’arrange bien ne serait-ce que parce que le refus de reconnaître l’absolu, n’exclut cependant pas une certaine conception de la transcendance. Même s’ il lui arrive parfois de se prendre les pieds dans le tapis. Mais il reste cependant un redoutable expert de la récupération intellectuelle :

« Sa venue coïncidait avec la 2eme édition du pèlerinage virtuel mondial organisé par Lourdes, Lourdes United in prayer, et « tombe » le jour de la 18e et dernière apparition de la Vierge Marie  à la jeune Bernadette Soubirous. » remarque non sans une certaine malice le Père Xavier Lefébure qui précise encore :

Avec le père Henri de Lubac : "le drame de l'humanisme athée."

« Du point de vue d’une théologie de l’histoire, que la Reine des cieux ait choisi la France (…) n’est peut-être pas forcément anodin. Nous sommes dans la seconde moitié du règne de Napoléon III, dans le contexte d’un esprit philosophique positiviste et scientiste. Les grandes pensées athées qui font désormais autorité vont se répandre, et promouvoir un nouvel humanisme (Comte, Nietzsche, Marx, Freud), décrit par le père Henri de Lubac dans son maître livre, le Drame de l’humanisme athée (1944). En même temps, se développe un anticléricalisme politique qui voit son apogée lors de la Troisième République, sous Gambetta, et trouvera sa résolution dans la séparation de l’Église et de l’État. Du point de vue d’une théologie de l’histoire, que la Reine des cieux ait choisi la France à la veille des grands bouleversements sociaux et politiques de la fin du XXe siècle n’est peut-être pas forcément anodin. ».

Bouleversement

Outre les conséquences économiques concernant la cité lourdaise et l’impact sur les finances du sanctuaire sérieusement affectées justifiant une concertation avec les élus et responsables à tous les niveaux  Emmanuel Macron savait également  qu’il se rendait dans un espace religieux unique au monde, particulièrement important pour les catholiques de France et constitutionnellement protégé.

Si sa visite n’était pas en soi un pèlerinage le président de la République ignorait peut-être que les apparitions de la Vierge à la petite Bernadette Soubirous s’inscrivaient dans un contexte politique qui n’est pas sans rappeler certains traits de la politique actuelle à l’égard de la religion en général, et du catholicisme en particulier. Sans parler du bouleversement sociétal mondial.

Comme hier le message de la Vierge n’est certes  pas politique mais il n’est pas sans portée politique. 

Et la nouvelle « sortie » du M. Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur en atteste  :

 « La loi de la République est plus forte que celle des dieux »

Rien que ça !

Avec en prime l’annonce d’une journée de la laïcité – en référence à la date du 9 décembre 1905 et de la promulgation de la loi – qui correspond, à un jour près, (le 8 décembre) à l’anniversaire de l’Immaculée Conception … comme s’identifia La Vierge Marie à la petite Bernadette.

Vous avez dit hasard ?

.Bernard VADON

 

 

 

 

 

 

 

 

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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