AU CŒUR D’UN VILLAGE EN FRANCE OU QUAND LA PAROLE CITOYENNE EST DONNÉE AUX ENFANTS. ÉDIFIANT.

Publié le 27 Juin 2021

Félicité Robert de La Mennais fut l’une des personnalités intellectuelles les plus marquantes de la Restauration et de la monarchie de Juillet, l’un des défenseurs les plus actifs de la contre-révolution qui, en 1838, dans le livre du peuple, à propos des enfants, conseillait :  

« Cultivez dès le plus jeune âge et développez en vos enfants les instincts élevés de notre nature, sur lesquels se fonde l'existence sociale, le sentiment de la justice et de l'ordre, de la commisération et de la charité. L'enseignement donné sur les genoux d'une mère et les leçons paternelles, confondus avec les souvenirs pieux et doux du foyer domestique, ne s'effacent jamais de l'âme entièrement. »

En mairie de Igon : à l'exemple des "grands".

Une belle et louable entrée en la matière pour évoquer ce qui, historiquement, après quelques timides approches dans les années 1960 et 1970, donna naissance au premier de ces conseils « modernes » des enfants.

C’était en 1979, dans le Bas-Rhin.

D’autres conseils naquirent dans les années 1980, mais  ce fut à partir de 1990 et au début des années 2000 que ces conseils municipaux destinés aux enfants furent créés suite à des délibérations auparavant adoptées par les conseils municipaux.

Une instance officielle en quelque sorte présidée sinon chapeautée par un membre du conseil municipal des adultes.

En l’espère, le maire ou l’un de ses représentants.  

DEUX MILLE C.M.E EN FRANCE

Le maire – ou ses représentants - ont un rôle consultatif et les délibérations n’ont pas force réglementaire si elles ne sont pas approuvées par délibération du conseil municipal. Le CME fonctionne d’ailleurs, comme le conseil municipal des adultes, qu’il s’agisse de créations de commissions, de réunions de travail ou de séances plénières.

Ne nous y trompons pas : le joli minois de Jade - la nouvelle petite mairesse démocratiquement désignée peut cacher une personnalité forte et naissante.

La durée moyenne du mandat est au maximum de 2 ans et selon l'Association nationale des conseils d'enfants et de jeunes (ANACEJ) qui regroupe des communes ayant créé l'un de ces conseils, il existerait actuellement 2 000 sur l'ensemble du territoire national.

Le CME – conseil municipal des enfants) du village de Igon est, quant à lui, un outil précieux d’approche de la vie en société pour les jeunes élus des classes de CM1 et de CM2.

Il convient de préciser que les jeunes conseillers sont « élus » au sein même de l’école par leurs camarades.

A plan éthique, le CME est un lieu de réflexion, de discussion, de proposition et d’action pour les jeunes élus et répond à la volonté de la municipalité de favoriser et permettre opportunément  l’expression des enfants de la commune. Et cela, en leur ouvrant, le cas échant, des pistes sérieuses en vue de s’initier aux notions de citoyenneté et de démocratie via des élections et des débats.

Notamment,  au travers de projets réalisables au sein de la commune (et avec son appui) afin de les faire participer activement à la vie de leur village en valorisant la jeune génération.

A ce titre, le conseil municipal des enfants doit être perçu comme un moyen et seulement comme un moyen mis à la disposition des enfants, afin que ceux-ci puissent donner leur opinion sur différents sujets de société tout en étant capable d’argumenter. Étant entendu que les discours de nature politique sont écartés.

Les élèves scolarisés en CM1 ou CM2  ( du secteur public et privé, puisque ces institutions distinctes sont actives sur le territoire de la commune ) du village de Igon, intéressés par cette démarche originale, ont été invités  - au mois de mai dernier - à désigner, selon le mode scrutin appliqué par les adultes, leurs représentants au nombre de 9 dont une jeune mairesse en la personne de Jade qui est assistée de Louise en qualité de première adjointe et de Mathilde, deuxième adjointe. Autour de ce « brain-trust » féminin officient  Mathilde, Eulalie, Maëlle, Alice, Enora et Thibo, le seul garçon de l’équipe bien décidé à faire valoir sa voix.

Mais la jeune Jade, du haut de ses dix ans à peine franchis, a déjà quelque notions bien senties de son autorité. De son audace aussi jusqu’à – sympathique initiative – formuler le souhait de partager un jour avec ses jeunes collègues la tribune officielle lors des vœux traditionnels du maire.

« Ce qui se conçoit bien … » la suite appartient à Nicolas Boileau !

LES GRANDS THÈMES

Mais revenons à nos affaires : le mandat d’un jeune conseiller est, en principe d’une année – généralement scolaire – et peut toutefois prolonger deux ans. Ce qui sera le cas à Igon. 

Les jeunes conseillers participent, durant l’année de leur mandat, à des réunions ouvertes afin de déterminer les projets qui seront ensuite débattus lors des conseils municipaux en présence d’un adjoint représentatif du conseil municipal des adultes. Ce qui fut récemment le cas

Ainsi, M. Fabien Mariet. conseiller municipal, assistait à ce récent CME.

Précisons que Monique Coumet, adjointe chargée des affaires scolaires et périscolaires en collaboration avec Sylvie Faux en est officiellement l’animatrice
Il est également important de noter que cette activité municipale, à laquelle sont tout naturellement associées les familles,  bénéficie d’une participation aussi étroite que financière (selon les besoins que nécessitent les projets votés ) des élus de la commune et singulièrement de leur maire, en l’occurrence M. Marc Labat. 

Sans entrer dans le détail du calendrier des réunions et des commissions chargées d’étudier les projets et leur faisabilité, il est intéressant  de savoir que les grands thèmes traitent autant de la vie locale et particulièrement de l’amélioration du fonctionnement de l’école en matière notamment de sécurité que des questions environnementales (aménagement des espaces) mais aussi de la solidarité, avec une attention soutenue pour les enfants défavorisés concrétisée par des distribution de jouets suite à l’organisation de collectes.

Un autre axe de participation importante concerne le relationnel au sein des maisons de retraite.  A ce titre, l’entraide et le partage sont au cœur de ces actions.

NŒUD DIVIN

Finalement, l’objectif essentiel semble autrement axé sur le fond plutôt que sur la forme et de ce fait contribue au développement  des valeurs de la République ainsi qu’à celui de la notion de citoyenneté, préoccupation d’actualité, s’il en est.

Pierre Rabhi : l ne suffit pas de se demander quelle planète nous laisserons à nos enfants, il faut également se poser la question de savoir quels enfants nous  laisserons à notre planète !

Je ne peux m’empêcher, en manière de conclusion, de citer, de mémoire Pierre Rabhi, un homme de grande sagesse, un philosophe aux multiples casquettes culturelles,  figure emblématique du mouvement politique et scientifique de l’agroécologie en France et qui estimait :                    :

« On voit des générations d’enfants qui, faute d’un éveil à la vie, sont réduits à n’être que des consommateurs insatiables, blasés et tristes. »

Constat tristement tragique et dévastateur mais vrai. Heureusement compensé par cette autre dynamique enfantine dont les CME représentent un bel exemple en espérant qu’il fasse … école !

« La nécessité, voilà le salut. » écrivait Antoine de Saint- Exupéry dans « La Citadelle », un ouvrage considéré comme inachevé et pourtant une illustration de cet art politique au même titre ou presque de cet autre prince évoqué, celui-là, par Nicolas Machiavel, un exceptionnel humaniste et théoricien de la politique de la Renaissance florentine manifestant une autre réalité toujours d’actualité, à savoir que l’homme cherche sa propre densité et non pas forcément son bonheur. Eh, oui !

Dans quelques années, après s’être enrichis sur ce terreau les enfants disserteront peut être sur ce « nœud » divin qui noue ou dénoue les choses ici-bas.

Une autre affaire.

Le peintre japonais Key Sato dans une œuvre que je possède intitulée  « le nœud du hasard »  donnait sa version de ce dilemme… dont le génie mais facétieux Albert Einstein considérait que c’est Dieu qui se promène incognito.

 Bernard VADON 

bernardvadon-journaliste.over-blog.com

 

C'était en 1977 (mais toujours de circonstance) Yves Duteil était au Portugal lorsqu'il composa cette chanson devenue mythique dans le monde de la variété et de l'humanitaire. Ce sera le commencement d'une carrière florissante. Suivront "la Tarentelle" et autres "Petit pont de Bois" . Des oeuvres chargées de poésie et de messages.

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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