TEMPS DE PÂQUES EN PANDÉMIE : AU-DELÀ DU MYSTÈRE !

Publié le 3 Avril 2021

En prélude à l’une des plus importantes et belles célébrations chrétiennes et singulièrement catholiques, le triduum pascal, cette année, plus que les précédents, s’est imposé comme un temps fort de réflexion et de méditation.

Au-delà du « mystère » qui entoure la résurrection et en continuité de cet autre « mystère » de la Nativité, mettant en évidence le fait incontournable « qu’à Dieu rien n’est impossible » (l’exemplarité de Joseph, le père adoptif de Jésus dont nous avons ici même évoqué l’exemplarité, apparaissant comme essentiel pour appréhender l’incroyable finalité du dessein divin) l’espérance et la Lumière sont au bout du chemin. On pourrait dire du calvaire et quel calvaire puisqu’il culmine avec le spectacle scandaleux d’une crucifixion infligée à un juste. Et quel juste !

En pareilles circonstances, le doute, qui ne se saisit pas forcément des plus convaincus, est le commencement de la sagesse, enseignait Aristote.

De fait, comment raisonnablement croire à pareille histoire ? 

SOURCE DE PAIX

Plus que les précédents, ce triduum pascal qui depuis le temps de l’Avent (anticipant la Nativité du Christ) jusqu’à celui du carême, avec la messe vespérale du Jeudi Saint – « In coena Domini » - (en général célébrée à la nuit) et la commémoration de la Cène avec l’ultime repas de Jésus, sans oublier ce bel acte d’humilité au travers le rite inouï du lavement des pieds et avant la scandaleuse et insupportable Passion du Christ qui dans sa noirceur et sa cruauté a donné une fois encore la pleine mesure d’une humanité en perdition.

Hors en religion, confiait Châteaubriand, je n’ai aucune croyance.

Saint Jean Chrysostome, autrement au fait de sa foi, confessait pour sa part :

« La Croix du Christ est devenue véritablement une source de biens infinis : elle nous a libérés de l’erreur, elle a dispersé nos ténèbres, elle nous a réconciliés avec Dieu. Cette Croix est la destruction de l’inimitié, la source de la paix, l’écrin de notre trésor. »

Une place Saint Pierre vouée au silence de la Passion. 

En invitant,  ce dernier Vendredi Saint à Rome, des enfants et des jeunes à honorer de leur présence la « Via Crucis », le pape François a souhaité,  en ces temps troublés,  donner une connotation toute particulière à la commémoration de la Passion du Christ au regard de cette touchante exhortation :

« Laissez venir à moi les petits enfants, car le Royaume des Cieux leur ressemble. »

Il en est résulté, sur cette impressionnante Via Crucis, des impressions spontanées plutôt que des textes savants ou travaillés. Une prise de conscience sans concession :

« «Cher Jésus, tu sais que, nous aussi les enfants, nous avons des croix qui ne sont ni plus légères ni plus lourdes que celles des grands, mais ce sont de véritables croix que nous sentons lourdes, même durant la nuit. Et toi seul le sais et les prend au sérieux. Toi seul»

LE FARDEAU DES SECRETS

Un chemin de croix mettant en exergue les grandes et les petites humiliations qui marquent et parfois provoquent un traumatisme pour les petits, même si elles semblent parfois anecdotique. Pour les plus grands, la peur du noir, la honte d’avoir fait pipi au lit, la dyslexie et les moqueries qu’elle peut engendrer à l’école. L’incompréhension face aux parents qui se disputent, la frustration de ne pas pouvoir accéder aux mêmes biens que les enfants de familles plus favorisées. Ou encore, le fardeau des secrets qui ne peuvent pas être dits. Cela ne vous rappelle rien ?

En filigrane de ces invocations fortes, de ces contrariétés et de ces drames caractéristiques  d’un monde d’une extrême complexité et malade de tant de contradictions et injustices, dénué de sensibilité, comment ne pas penser à Mère Térésa :

«  Un jour, j’étais en train de marcher dans une rue de Londres. Je vis un homme, replié sur lui-même. Il avait l’air si seul et abandonné. Il m’a alors demandé de me pencher vers lui. Je pris sa main, la lui serrais et lui demandais comment il allait. Mes mains sont toujours très chaudes. Il leva les yeux vers moi et dit : « Oh ! cela fait tellement, tellement longtemps que je n’avais pas ressenti la chaleur d’une main humaine. »

Par ailleurs, un mea culpa clérical au sein d’un corps social meurtri par le comportement de certains de ses membres. Un monde qui, trop souvent, passe à côté de l’essentiel comme l’exprime cet autre enfant :

«Mon cher bon Jésus, tu sais surtout que, dans le monde, il y a des enfants qui n’ont pas à manger, qui n’ont pas d’instruction, qui sont exploités et forcés à faire la guerre. Aide-nous chaque jour à porter nos croix comme tu as porté la tienne. Aide-nous à devenir toujours meilleurs : à être comme tu nous veux. Et je te remercie parce que je sais que tu m’es toujours proche et que tu ne m’abandonnes jamais, surtout quand j’ai plus peur, et parce que tu as envoyé mon Ange gardien qui me protège chaque jour et m’éclaire».

Certes, mais la réalité est aussi et parfois tragique et cruelle.

"Laissez venir à moi les petits enfants ... "

En témoigne cette invocation poignante qui atteste chez les jeunes de leur implication dans une réalité tragique :

«De l’ambulance sont descendus des hommes qui ressemblaient à des astronautes, couverts de combinaisons, gants, masques et visières, ils ont emmené  mon grand-père qui avait du mal à respirer depuis quelques jours. C’était la dernière fois que je voyais le grand-père. Il est mort quelques jours après à l’hôpital, j’imagine en souffrant aussi de solitude. Je n’ai pas pu rester proche de lui physiquement, lui dire adieu et le réconforter. J’ai prié pour lui chaque jour. J’ai ainsi pu l’accompagner dans son dernier voyage terrestre.»

Jusqu’à la dernière et quatorzième station achevant l’innommable calvaire du Christ après que le corps de ce dernier eut été déposé dans  le Saint Sépulcre.

En ce même endroit où des chercheurs ont tenté, en vain et à l’aide d’appareils de mesure sophistiqués, de percer le mystère – encore un - de cette tombe pas comme les autres.

Une énigme que personne, à commencer par ces scientifiques, n’a pu percer. Les appareils refusant tout service.

Qui a parlé de signes ?
 

UBI CARITAS

Du haut de ses 12 ans, s’adressant à Jésus, avec ses mots simples, Sarah a quantifié l’autre mesure, en même temps temporelle et spirituelle : 

 «Je veux te remercier parce que tu m’as enseigné aujourd’hui à faire le bien au nom de ton amour. Tu m’as enseigné à dépasser la souffrance en me confiant à toi ; à aimer l’autre comme mon frère ; à tomber et à me relever ; à servir les autres ; à me libérer des préjugés ; à reconnaître l’essentiel et surtout à unir chaque jour ma vie à la tienne. Aujourd’hui, grâce à ton geste d’amour infini, je sais que la mort n’est pas la fin de tout.»

L’an passé, l’impressionnante silhouette du Saint Père remontant, seul et lentement, depuis la place Saint Pierre vers la basilique Saint Pierre, donnait le « la » d’une symphonie d’un monde sinon nouveau, en tout cas différent.

La tombe du Saint Sépulcre : une tombe vivante !

Une émotion alors difficilement contenue ; quasiment aux larmes. La même que l’on a pu éprouver, cette semaine  lors de la célébration du Jeudi Saint au cœur de la Chapelle des Sept Douleurs, à Notre Dame de Paris elle aussi en résurrection annoncée. Et cela, en l’unique présence de trois hauts responsables religieux accompagnés par les textes de Charles Péguy (« Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc ») ; Mère Térésa (« Jésus, celui que l’on invoque ») et Marie Noël (« Notes intimes ») mais aussi, et musicalement, par Jean-Sébastien Bach (« La sarabande de la 2ème Partita en ré mineur ») et Charles Gounod (« Ave Maria »)  avant le bouleversant  « Ubi Caritas et Amor »  composé par Maurice Duruflé et interprété par la Maîtrise de Notre Dame de Paris.    

Pour les croyants, la résultante de ces trois jours d’interrogations et de tristesse, c’est bien cette Pâques céleste qui se manifeste de façon concrète le Samedi Saint avec la vigile pascale que l’on célèbre à l'aube dominicale comme c’est le cas cette année en raison du couvre-feu.

LA TÂCHE ÉTAIT FINIE

Une  célébration pascale inhabituelle avant les vêpres mettant un terme liturgique au triduum entièrement consacré à la commémoration de la Résurrection de Jésus-Christ avant l’Octave de Pâques et ses huit jours de célébration de l’évènement. 

Un "voyage" qui va bien au-delà du mystère.

Un voyage qui va bien au-delà du mystère et que Charles Péguy nous décrit à sa façon dans son texte intitulé précisément « Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc » :  

« Il quittait la maison terrestre pour la maison céleste ; La maison temporelle pour la maison éternelle. Il allait donc rentrer dans son éternité. La tâche était finie et son œuvre était faite. Il avait accompli son temps d’humanité. Les anges l’attendaient pour lui fêter sa fête. Les anges l’attendaient pour laver ses plaies vives. Les anges l’attendaient pour baigner ses plaies vives. Pour tamponner ses plaies. Pour lui faire un pansement. Les anges l’attendaient pour lui laver ses plaies. Les anges l’attendaient pour lui baigner ses plaies. Pour tamponner ses plaies vives. Cinq pansements pour les cinq Plaies. Avec du linge bien fin. De lin. Mais un peu usagé. Parce que c’est plus doux. »

Bernard VADON

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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