DEPUIS LOURDES : LE TEMPS DE CARÊME OU LA PETITE MUSIQUE DE L’ÀME.

Publié le 22 Février 2021

En prélude à cette lecture, aller "au-delà" en compagnie de la pianiste Khatia Buniatishvili ...

Si tu ne vas au désert, celui du sanctuaire de Lourdes peut, certes sous une autre forme et la désolation en prime, venir à toi !

La pandémie plonge aujourd’hui la planète dans une situation particulièrement anxiogène.

Nous vivons, sinon supportons, contre notre gré un quotidien sans visibilité.  Même à court terme. C’est ainsi.

Période moralement éprouvante qui va jusqu’à affecter et parfois même infecter l’élémentaire lien social sans lequel il n’est guère possible d’avancer. Pire, de vivre. Et à terme de rencontrer la sérénité.

Il s’ensuit un bouleversement inédit des mentalités et des rapports humains. Tout cela est grave. Manifestement, demain ne sera plus comme hier. Dérangeant.

Cette amie, pourtant apôtre confirmée de relations sociales ; convertie depuis toujours à la philosophie de la solidarité ; cette amie me confiait donc et non sans une certaine tristesse :

« Nous vivons des temps bien particuliers où finalement on a tendance à se sentir mieux chez soi qu’à l’extérieur où les gens sont désagréables et aigris. »

Le Pape François : " Le carême est un voyage de retour à Dieu."

Pour combien de temps serons-nous ainsi les victimes d’une situation sanitaire qui frise une forme d’hystérie collective ?

En ce début de carême pour le moins inhabituel, le pape François a fixé aux chrétiens, et singulièrement aux catholiques, une feuille de route sinon temporelle en tout cas à connotation fortement spirituelle. Même si elle reste spécifique, « sui generis » en version latiniste.

D’aucuns, au-delà de toute appartenance à un mouvement de pensée différent ou simplement adeptes de cette interjection que l’on pourrait simplement désigner sous le terme d’énergie en sa forme métaphysique, n’ont guère d’alternative que d’adhérer à cette manière d’éternel recommencement. Dans l’attente et surtout l’espoir d’un existentiel enfin résolu.

A ce titre, la cérémonie des Cendres qui engage le temps pascal n’est pas sans rappeler un autre et fascinant rituel façonné dans l’imaginaire humain depuis la plus haute antiquité : celui du fameux phénix. Je serais tenté d’écrire, le magnifique et merveilleux oiseau qui a cette faculté inouïe de renaître de ses cendres.

Peut-être aussi, dans la pensée du souverain pontife, s’imposait la référence au psaume de David lorsque le prophète Nathan vint chez lui après son adultère avec Bath-Shéba, pour solliciter sa grâce conformément à sa bonté après qu’il ait auparavant reconnu ses transgressions et son péché. Et de fait, le pape François de délivrer son message :

«  Le carême est un voyage de retour à Dieu. »

Dont acte.

HUMBLE DESCENTE

Étrangement moins populaire mais autrement moins « encadré » que l’un des cinq piliers de l’islam, celui de ramadan, le mois saint dit aussi de la charité,  le carême chrétien du latin quadragesima (Dies) quarantième jour, sur la signification duquel, en ce premier dimanche d’une période de 40 jours jusqu’au temps pascal sont recommandés la pratique du jeûne, le respect de l’abstinence mais aussi la prière et les pratiques pénitentielles telle la confession, Monseigneur André Dupuy, en la Basilique Notre-Dame du Rosaire à Lourdes, dans une homélie de circonstance et dans la ligne des Pères de l’Église, s’est attardé en reconnaissant l’exceptionnelle plénitude de ce voyage spirituel semé d’embûches en ce temps singulier de pandémie. Le prélat a aussi laissé entendre le tiède retentissement dans l’opinion publique de cet événement religieux quelque peu relégué au second rang dans une nation aux indéniables racines chrétiennes. N’en déplaise aux athées parfois paradoxaux que, bien entendu, je respecte.

Monseigneur André Dupuy : une homélie passionnante et de circonstance.

Conscient des difficultés sociales actuelles, le pape François, lors de la célébration des Cendres, a quant à lui délivré, autant sur le fond que sur la forme, sa conception, mieux sa vision du sens du carême :

« Une descente humble au-dedans de nous-mêmes et vers les autres. »

Dans la perspective de croissance qui s’exprime dans le « combien plus » de Saint Paul, le philosophe Paul Ricoeur considère que la logique de la surabondance, du surplus ou de l’excès est certes la logique même de l’espérance. Mais se voulant « démenti de la mort », elle prend également appui sur les multiples commencements et recommencements de la vie. Tout se passe, selon l’auteure Myriam Revault d’Allonnes, comme si la source kantienne du consentement à l’espérance et la source spinosiste de la persévérance venaient se conjuguer pour déborder une certaine « tristesse du fini ».

Pas évident.

CE MERVEILLEUX PHÉNIX !

Alors, il reste l’espérance chrétienne aujourd’hui tellement inaccessible mentalement, submergés que nous sommes par cette actuelle culture de l’apparence particulièrement dominante et qui, encore selon le pape François, est une grande tromperie.

Le raisonnement de Saint Luc est spirituellement imparable …  ou quasiment  :

« Quel avantage un homme aura -t-il à gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui-même ? »

A ce titre, la cérémonie des Cendres n’est pas sans rappeler un autre et fascinant rituel façonné dans l’imaginaire humain depuis la plus haute antiquité : celui du fameux phénix. Je serais tenté d’écrire le magnifique et merveilleux oiseau qui eut la faculté de renaître de ses cendres.

Dans la parfaite transcendance et du temps linéaire chrétien.

L’oiseau légendaire rattaché au culte du soleil et de la lumière dans l’ancienne Égypte et qui a le pouvoir de renaître après s’être consumé.

Ainsi, dans la mouvance d’Aristote et d’Einstein, cette figure héraldique imaginaire évoquée dans l’Épitre aux Corinthiens, qui s’apprente au symbole de la résurrection du Christ, est en quelque sorte rattrapée par la réalité existentielle. Dans la parfaite transcendance et du temps linéaire chrétien.

Mais à terme, toutes confessions confondues. Conforme à l’exhortation sacramentelle rappelée dans la Genèse « Memento quia pulvis es et in pulverem reverteris » autrement traduit :

«Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière».,

Inspiré de cette exclamation de Saint Paul :" Mort où est ta victoire ?"

Dans l’un de ses ouvrages qui figure parmi la vingtaine relatant l’histoire du christianisme, Daniel-Rops, historien et académicien,  eut ce cri en forme de titre : « Mort, où est ta victoire ? »  inspiré de cette même exclamation de Saint Paul dans sa « Lettre aux Corinthiens ». Œuvre qui  sera portée à l’écran par Hervé Bromberger avec un casting prestigieux de Philippe Noiret à Pascale Audret, en passant par Laurent Terzief et Michel Auclair, notamment.En d’autres termes, la mort a été engloutie dans la victoire d’une autre existence infinie dont on ne peut concevoir les limites.  Les croyants nomment cela l’éternité. Pour d’autres, la physique quantique, qui me fascine, est passée par là.

La religieuse dominicaine et médecin, Anne Lécu, dans l’ombre rassurante de Sainte Thérèse de Lisieux,  nous interpelle autrement, et  à sa façon, quant à l’espérance. Une espérance au demeurant  improbable en ces temps de désolation essentiellement morale ; et d’attente :

« L’espérance chrétienne est une décision, un acte, pas un sentiment. » assure-t-elle.

Mieux, espérer c’est aussi vouloir espérer.

Les croyants nomment aussi cela l'éternité ...

A l’exemple de cette liberté que l’on nous confisque et dont Paul Valéry estimait qu’elle est un état d’esprit.

Les chrétiens lui adjoindraient le qualificatif de saint.

Le Christ au désert avait donné le ton divin dont quelques religieux s’inspirèrent :

« Il faut passer par le désert et y séjourner pour recevoir la grâce de Dieu ; c’est là qu’on se vide, qu’on chasse de soi tout ce qui n’est pas Dieu et qu’on vide complètement cette petite maison de notre âme pour laisser toute la place à Dieu seul. » confiait dans une lettre à un ami le Père Charles de Foucauld.

C’est peut-être aussi en pareille situation que l’on perçoit la petite musique de l’âme.

Bernard VADON

En pareille situation, porté par le talent de Jeanine De Bique, on ressent une petite musique de l'âme ...

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :