RESTAURATION DU CALVAIRE DE BETHARRAM (Pyrénées Atlantiques)  : spectaculaire de jour et plus encore de nuit !

Publié le 3 Janvier 2021

En écoutant La Pastorale en F majeur BWV 590 de J.S. Bach, la recommandation du prophète Isaïe m’a singulièrement interpelé :

« Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas. « 

Tardivement converti, Saint-Augustin – ce romain d’Afrique – penseur et philosophe, lui aussi,  n’a eu de cesse de chercher Dieu tout en se laissant instinctivement guider par Dieu.

Bétharram »  - signifiant en langage béarnais Beau-Rameau, ( Béth- Arram)  - la Vierge Marie ayant sauvé des eaux du Gave une jeune fille qui s’y noyait en lui tendant un rameau d’arbre, encore nommé la « branche du Salut ».

Émule de Platon et de Plotin, c’est lui qui, au travers d’une réflexion résolument moderne nourrie à la source de ces temps incertains de pandémie que nous traversons, témoigne du sens le plus élevé de cette liberté dont nous sommes en partie orphelin en considérant que le choix ne s’opère pas entre le bien et le mal mais dans une adhésion à l’action divine. Les événements de notre vie devenant des étapes d’une histoire au cours de laquelle, perdus de Dieu, nous revenons vers lui, grâce à Lui. Pas évident mais la théologie augustinienne rejoint étrangement celle de l’Histoire humaine..

Le Jansénisme et Blaise Pascal sont déjà en embuscade, celui-ci assurant, au travers de son fameux « pari », qu’une personne rationnelle a tout lieu, et peut-être pour certains, tout intérêt à croire en Dieu.

PROVIDENCE

Saint-Augustin, quant à lui, considérait que seule la compréhension est la récompense de la foi :                                                                                                                                                                  

« Ne cherche donc pas à comprendre  pour croire, mais crois, afin de comprendre, parce que si vous ne croyez pas vous ne comprendrez pas. »

Jusqu'au 7 janvier une occasion offert pour découvrir de jour comme de nuit la féérique restauration.

Dans le sillage de Bernadette Soubirous, dont le nom est contributeur de la notoriété de Lestelle-Betharram, ( plus de 60.000 visiteurs) on peut estimer qu’il n’y a pas de hasard à cette reconnaissance mais bien une intervention de la Providence.

Contrairement à la théorie du célèbre biologiste Jacques Monod – Prix Nobel de physiologie et auteur d’un essai intitulé « Le hasard et la nécessité »,  lequel se référant à une citation de  du philosophe matérialiste Démocrite d’Abdère défendant l’idée d’un univers constitué d’atomes et de vide, affirmait :

« Tout ce qui existe dans l’univers est le fruit du hasard et de la nécessité. »

A quelques kilomètres seulement de la cité mariale de Lourdes, épargné avant l’hystérie pandémique par le déferlement des pèlerins, (on estime en ce lieu à environ plus de 60.000 visiteurs par an) un autre sanctuaire marial, celui de Lestelle-Bétharram  - qui fut, avant celui de Lourdes, le troisième pèlerinage en France, un lieu de grande dévotion, comme l’écrivit Saint Vincent de Paul - se dresse, aux confins des Hautes-Pyrénées dans le département des Pyrénées Atlantiques. (1)

Aujourd’hui, la colline dite du Calvaire  - jalonnée d’oratoires de style roman représentant les scènes de la Passion

Cinq-cents ans avant Lourdes, Bétharram »  - signifiant en langage béarnais Beau-Rameau, ( Béth- Arram) fut en effet un pèlerinage important suite aux 80 miracles qui s’y produisirent dont celui attribué à la Vierge Marie ayant sauvé des eaux du Gave - torrent pyrénéen hydronyme préceltique désignant un cours d’eau – une jeune fille qui s’y noyait en lui tendant un rameau d’arbre, encore nommé la « branche du Salut ».

Un orgue construit par Aristide Cavaillé-Coll en remplacement de celui qui avait été détruit en 1793 par les comités de surveillance révolutionnaires.
Mais d’autres événements mystérieux ont singularisé ce lieu qu’au fil de son histoire visitèrent de nombreuses personnalités dont l’empereur Napoléon III et l’impératrice Eugénie qui offrirent, en 1860, un orgue construit par Aristide Cavaillé-Coll en remplacement de celui qui avait été détruit en 1793 par les comités de surveillance révolutionnaires.

NOTRE-DAME DU CALVAIRE

Aujourd’hui, la colline dite du Calvaire  - jalonnée d’oratoires de style roman représentant les scènes de la Passion – placée sous la responsabilité de l’association des Amis des sanctuaires de Bétharram (1) est surmontée d’une chapelle de style roman abritant notamment une sculpture d’Alexandre Renoir, le frère du peintre Auguste Renoir : une œuvre illustrant le miracle de la croix dite « des Hauteurs » qui fut un jour abattue par une bourrasque avant dans le même temps se redresser miraculeusement.

Le calvaire historique est actuellement en période de restauration.  Une opération d’envergure en deux phases et  particulièrement spectaculaire ayant nécessité une enveloppe budgétaire de deux millions d’euros.

En septembre 1616 , alors que cinq paysans du village de Montaut se reposent après une longue journée de travail dans les champs, une soudaine tempête balaie violemment la colline dominant  Bétharram.

La force du vent fut telle que la croix ne résista pas et qu’à peine abattue elle se releva alors qu’une lumière éblouissante aveuglait les témoins de cet événement qui généra peu, après qu’il ne soit connu la venue d’une foule de pèlerins.

En 1623, le premier calvaire de Bétharram est inauguré et le Sanctuaire sera baptisé Notre Dame du Calvaire.

Le précédent événement avait été précédé d’un phénomène tout autant inexpliqué :

Un groupe de jeunes bergers font paître leurs moutons en bordure du Gave. Soudain, ils sont intrigués par une lueur provenant  du torrent. S’en approchant, ils découvrent dans un buisson rougeoyant une statue de la Vierge resplendissante de lumière. Rapidement informés de ce prodige les habitants de Lestelle-Bétharram décident de construire une petite niche sur une rive du torrent afin d’y déposer la statue..

 

Mystérieusement et sans qu’il soit trouvées d’explications, la statue, dans la nuit, reprenait sa place dans le buisson où elle avait été découverte. Un aller-retour qui finalement conduisit à son  enfermement dans l’église. Peine encore perdue. Jusqu’à ce que les habitants du village, en désespoir de cause,  ne se décident à construire une chapelle à l’emplacement de la découverte.

Aujourd’hui, sur le versant de la colline surplombant l’actuel sanctuaire est aménagé un chemin de croix réunissant les quinze stations en souvenir de la Passion du Christ.

En 1623 , le jour du Vendredi Saint, trois grandes croix furent érigées au sommet de la colline. Il n’y avait alors que quatre stations qui seront ensuite portées au nombre de sept en 1720 pour être finalement détruites au mois de mars de l’année1794 lors de la Révolution française. Une seule sera épargnée, c’est la statue en bois du Christ à la colonne érigée aujourd’hui à l’entrée du sanctuaire.

Au XIXe siècle, Saint- Michel Garicoïts , prêtre et fondateur de la congrégation des prêtres du Sacré-Cœur de Jésus, prendra l’initiative de rebâtir le calvaire et pour ce faire sollicite en 1840 un jeune artiste français, Joseph Alexandre Renoir, qui accepte le défi …  car s’en était un lorsqu’on découvre cette œuvre impressionnante ! Cinq ans plus tard Renoir abandonne le chantier et quitte Bétharram pour raisons de santé. Sept stations étaient alors achevées ainsi qu’une statue en marbre représentant  la Vierge Marie, dite du Beau Rameau installée dans le sanctuaire.

La restauration du chemin de croix sera relancée puis achevée en 1873 avant d’être solennellement bénie le 14 septembre de la même année en présence de 25.000 pèlerins.

LE SANCTUAIRE

Le sanctuaire proprement dit présente une façade de marbre gris caractérisée par trois niveaux superposés eux-mêmes flanqués de deux tours rectangulaires à toiture trapézoïdale au sommet desquelles se dressent deux croix. Au centre, un ample porche encadré de deux portes latérales plus petites délimite l’espace.  

Entre la façade du Sanctuaire et les tours, sont placées quatre statues superposées deux à deux et représentant les quatre évangélistes.

Au premier niveau supérieur, la niche centrale aux contours légèrement saillants, abrite une statue de la Vierge Marie, avec, sur les côtés, deux fenêtres symétriques.

Entre la façade de l’église et les tours, sont placées quatre statues superposées deux à deux et représentant les quatre évangélistes. 

Le niveau supérieur contient des motifs décoratifs avec, au centre de la partie basse de la toiture, une horloge.

Enfin, la toiture, en forme de bulbe, est recouverte d’ardoise d’où émerge un clocher et deux tours superposées, le tout dans le plus pur style béarnais.

Quant à l’intérieur du sanctuaire il se compose de trois nefs.

Au fond de la nef centrale se détache le maître-autel au-dessus duquel, en son centre, trône la statue d’une Vierge à l’Enfant, œuvre du sculpteur Alexandre Renoir, entourée des statues de sainte Anne et de saint Joachim (à gauche) et de sainte Élisabeth et saint Zacharie (à droite).  Huit toiles monumentales retracent l’enfance du Christ.

Deux autels témoignages de la première moitié du XVIIe siècle, sont enrichis de sculptures représentant, l’une, l’apparition de la statue miraculeuse aux pastoureaux, et l’autre, la Vierge Marie et sa famille. 

À l’entrée, une statue en bois du XVIIIe siècle représente « Jésus-Christ à la Colonne »  … la sculpture qui réchappa à la furie iconoclaste de la Révolution française.

Enfin, deux statues de la Vierge antérieures à celle de Renoir. La plus ancienne, en bois polychrome du18ème représente la Vierge Marie donnant le sein à l'Enfant Jésus. Quant aux vitraux ornant la paroi côté Gave, ils racontent tout simplement l’histoire de Bétharram.

LA MOITIÉ DU CHEMIN …

Le calvaire historique est actuellement en période de restauration.  Une opération d’envergure en deux phases et  particulièrement spectaculaire ayant nécessité une enveloppe budgétaire de deux millions d’euros.

Une restauration à découvrir avant sa dernière phase qui nécessitera un appel aux dons.

La première tranche ferme des travaux – stations de une à quatre – et une autre tranche optionnelle – station 5 et 6 – ont été quasiment réalisées. Les autorités, notamment municipales, avant la reprise des travaux ont d’ailleurs donné leur aval pour une ouverture au public durant les fêtes de fin d’année et ce, jusqu’au 7 janvier 2021 .

Une sympathique occasion de découvrir cette restauration spectaculaire.

Le financement de la première tranche aura coûté un peu plus de 1.1000.000 euros subventionnés, à hauteur de 80%, par la DRAC, la région, le département, l’État et la Fondation du Patrimoine.  Un appel d’offre pour un financement quasi identique sera prochainement lancé. Cette deuxième tranche concernera les stations de 7 à 15 et son financement est déjà assuré.

En revanche, une tranche optionnelle, impliquant les stations situées sur l’esplanade, sera couverte si les finances le permettent.  A ce titre, un vibrant appel aux dons est également lancé.

Ici, Marie, dit-on, n’invite pas à la résignation mais elle appelle à la responsabilité et à garder nos cœurs toujours ouverts envers tous les souffrants de la vie. Certes. Et peut-être aussi, en l’occurrence, elle nous invite, en filigrane de son message d’amour, à assurer la pérennité de ce lieu d’exception.

Et qui sait peut-être, et à l’exemple que ce qui s’est fait à Lourdes avec en particulier l’émouvante confession de foi de Robert Hossein au travers de son hommage intitulé « Uen femme nommée Marie »,l’élaboration d’une fresque originale afin de donner à ce lieu d’une grande beauté environnementale l’éclat qu’il mérite tout en contribuant spirituellement ,par la voie de l’art et de la culture, à un autre rayonnement de Bétharram. L’invitation à ne pas oublier la mission « Ecce venio » (voici que je viens) de Saint-Michel Garicoïts – fondateur de la Congrégation religieuse du « Sacré-Cœur de Jésus de Bétharram » (qui accompagna (déjà, mais en sens inverse !) les migrants basques et béarnais en Argentine et en Uruguay.

Michel Garicoïts, le saint béarnais, qui, à la question relative à la présence de ces deux sanctuaires phares de la chrétienté à seulement quelques kilomètres l’un de l’autre répondait laconiquement :

« Peu importe, Bétharram ou Lourdes, pourvu que La Vierge soit honorée. »

En somme, quand la conscience et l’attention se rejoignent et que

Goethe résume à sa façon :

 « Le miracle est l’enfant chéri de la foi » .

BERNARD VADON

 Créée en 1994, l’Association des amis du sanctuaire et du chemin du Calvaire a notamment pour mission  de concourir au financement de la restauration et de l’entretien de l’ensemble des sanctuaires N.D de Bétharram et de Saint-Michel Garicoïts ainsi que de toutes activités s’y rapportant.

 Contact : Association des amis des sanctuaires de Betharram  +33 (0)643254804

Les photos nocturnes sont signées Muriel Bonnefon.

 

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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