QUAND LES ENFANTS S’IMPLIQUENT DANS LE TISSU SOCIÉTAL. A IGON, au coeur du Béarn, (64), un conseil municipal de l’enfance particulièrement opérationnel et inventif.

Publié le 5 Janvier 2021

Ce cher Philippe Delerm - en compagnie duquel j’ai eu, sinon le bonheur, en tout cas l’opportunité et la chance, de faire un bout de chemin éditorial dans une maison d’édition commune (Le Rocher Littérature) -  moi avec « L’Amour Autrement » et lui avec « La Cinquième Saison » - s’est trouvé des affinités culturelles avec Jean-Marie Le Clézio, en l’occurrence dans son ouvrage « L’Inconnu sur  la Terre » prétexte sympathique à célébrer la gaité simple de l’enfance.

Cette enfance dont Louis Pauwels assurait qu’elle trouve son paradis dans l’instant tout en considérant qu’elle ne demande pas du bonheur puisqu’elle est le bonheur !

Les grandes choses ne sont pas toujours celles que l'on croit ...

Prix Nobel de littérature, Le Clézio, estime, à l’instar d’ailleurs, d’André Breton, combien  l’enfance approche le plus de la vraie vie. Je le cite :  : 

« Ceux que la vie étonne, que la vie surprend, et qui s'amusent du monde, ceux-là aussi ont la vertu. Ils ne sont pas sérieux. Les grandes choses, les beaux discours, les événements historiques, ça ne les intéresse pas. Même , quelquefois, ils les regardent, du coin de l'oeil, ils les écoutent du coin de l'oreille, l'air un peu étonné, et ces grandes choses et ces belles phrases tombent à plat, un peu dépitées, sans plus oser être solennelles. Ceux qui ont cette gaîté n'ont pas mauvais esprit. Mais c'est simplement que les grandes choses ne sont pas toujours celles qu'on croit, et que la beauté et la vérité n'ont pas besoin d'être sérieuses... »

 

Une analyse fine et subtile qui conduit à mieux comprendre l’intérêt de donner aux enfants les moyens sinon matériels en tout cas intellectuels et culturels, de développer et surtout de donner du sens à ces « choses » que seul leur état passager connait et durant lequel, selon cette fois le Dalaï-Lama, l’intelligence s’épanouit et l’esprit déborde d’interrogations.  

 

AU FAIT DES REALITÉS

C’est en tout cas, au regard de mes recherches sur le sujet et dans cette optique, que j’apprends que dans les années 60, naquit en France l’idée d’un conseil municipal des enfants (CME) ou encore nommé conseil municipal des jeunes (CCJ) mais aussi et plus simplement qualifié de forum de la jeunesse.

Dans cet esprit, une authentique instance municipale peut donc être créée suite à des délibérations adoptées lors de conseils municipaux et cela, bien sûr, avec un rôle consultatif. Les délibérations n'ayant autorité qu’à la condition d’être approuvées par délibération du conseil municipal élu ou plus directement de son maire.

Le premier conseil de ce genre a vu le jour en 1979  à Schiltigheim, dans le Bas-Rhin puis en 1980 mais ce n’est qu’au début des années 2000  que le projet se confirme pour aujourd’hui se concrétiser sur le territoire français par plus de 2000 institutions du genre. 

Une charte spécifique a pour but de préciser les objectifs de l’institution visant à l’ouverture des enfants sur la vie politique, un terme universel et porteur dont il n’est pas inutile de rappeler l’étymologie, un terme emprunté au latin mais d’origine grecque, polis signifiant cité en tant qu’État et l’adjectif « politikos » ayant trait au citoyen lambda mais bien au fait des réalités et des responsabilités.

Le C.M.E de Igon en pleine concertation dans une salle de leur mairie. 

« Le Conseil municipal des enfants a pour mission d'initier les enfants à la vie politique réelle et de collecter les idées et initiatives émanant de l'ensemble des enfants pour améliorer la vie dans le cadre de leur municipalité. Il a également pour mission complémentaire de les traduire en projets au bénéfice de tous. Ces idées et projets sont ensuite présentés au maire de la commune afin qu'ils soient inscrits au programme de la ville. » explique Monique Coumet, adjointe au maire de Igon-en-Béarn.

A ce propos, il convient de préciser leur mode de fonctionnement variable selon lcommune, de la tranche d'âge (de 7 à 25 ans) au mode d'entrée (élections en mairie, dans les écoles) à la désignation au  sein d'associations représentatives mais aussi du volontariat, du tirage au sort et de la mixité, notamment. La scolarisation dans la ville ou le village concernés ajoutant à ces conditions.

D’ailleurs,  les conseils sont souvent présidés, ou assistés, par un conseiller municipal élu.  

Pour sa part, le Conseil des enfants, élu pour une durée de deux ans avec cependant des variantes pouvant aller à un exercice d’une année et parfois même trois,  se réunit en séance plénière périodiquement et suivant un calendrier proposé.  Ces réunions plénières se déroulent en présence du maire (ou de son représentant) et font suite aux travaux réalisés dans des commissions et des groupes de travail qui se rencontrent en principe une à deux fois par mois. Chaque commune ayant son propre calendrier..

Dans le respect de la charte de l’Association nationale des conseils municipaux d’enfants, les Conseils municipaux traditionnels ont, quant à eux, pour mission de promouvoir la reconnaissance de l’enfant comme partenaires à part entière dans la vie de la cité. A charge, pour les conseils municipaux des enfants, d’initier les jeunes à la démocratie et à la citoyenneté, de favoriser leur participation à la vie de la communauté et enfin de les faire s’exprimer dans le respect des autres.

En clair et plus largement, les enfants doivent être associés à la vie communale.

DE NOMBREUX PROJETS

Dans cette optique, ils sont invités à comprendre le fonctionnement d’une assemblée communale et à découvrir les responsabilités qui incombent à ses membres. Toujours dans la mouvance de cette démarche citoyenne, ils sont aussi initiés au processus démocratique avec pour sujets le vote, le débat autour des idées et les élections.

La mairie : symbole républicain s'il en est

Enfin, une implication dans le quotidien, avec l’intérêt de le rendre plus attrayant au travers des idées qui peuvent être formulées, s’impose naturellement :

«Très appréciée par les enfants, l’initiative de ce CME existe, à Igon, depuis 6 ans. Actuellement, neuf enfants sont élus pour 2 ans par les élèves des classes de CE2, CM1 et CM2 des deux écoles, publique et privée, de Igon. Après avoir constitué une liste électorale, fait campagne et rédigé leur profession de foi et mentionné leurs projets, les élèves de ces 3 niveaux de classe désignent par vote selon le même processus que celui des adultes – isoloirs, urnes et dépouillement – les nouveaux élus. Notre rôle est ensuite de les accompagner lors de leurs conseils municipaux. Cela, dans le cadre d’une réunion d'une heure en moyenne se tenant en fin de journée le vendredi après la garderie ou le mercredi, en fin de journée. Notre mission consiste à les guider, les conseiller et à les assister dans la réalisation de leurs projets. A ce titre, je dois préciser combien la part prise dans cet accompagnement par Sylvie FAU est capitale. En effet, cette dernière gère efficacement et avec doigté, en tout cas avec beaucoup d’ enthousiasme, la réalisation de la gazette des enfant notamment en récoltant, tant auprès des enfants que des parents ou des habitants du village, des sujets aussi divers que variés. Ce travail précieux est ensuite présenté aux enfants du CME, qui décident des parution sous le regard toujours avisé de Sylvie FAU. Un travail collectif auquel peuvent être associés d’autres bénévoles pour certains déjà opérationnels. » explique Monique Coumet.

Aujourd’hui, les projets sont aussi nombreux que variés parfois ludiques et souvent en phase avec la modernité à laquelle sont sensibles les jeunes générations. C’est le cas du « géo-caching » (selon la technique du « géo-positionnement ») inspiré de la traditionnelle chasse au trésor, une invitation à la promenade et à la découverte.

Dans un autre domaine autrement citoyen et solidaire, la récolte des déchets est aussi à l’étude sans oublier la poursuite de l’initiative de « la boîte à lire » (des ouvrages sont déposés en des endroits bien signalés et peuvent être consultés mais aussi déposés ) . Enfin, parmi les nouveautés intéressantes citoyennes et solidaires, l’aménagement d’un verger participatif a été mis en place.

Pour Marc Labat, maire de Igon, ce conseil des enfants représente avant tout l’espoir des générations futures :

« Nous entendons souvent dire que les jeunes ont changé, qu’ils n’ont plus d’éducation, qu’ils ne savent pas s’amuser : A qui la faute ? Je répondrais qu’elle incombe en premier lieu à ceux qui sont censés les éduquer.  Le monde a changé tout autant que la société dite de progrès et chacun s’est adapté. Pour moi, la valeur la plus importante dans une société, c’est la liberté et en particulier, la liberté de penser.  C’est pourquoi l’éducation des enfants est primordiale. A travers le Conseil municipal des enfants, nos jeunes concitoyens apprennent à vivre ensemble, à bâtir des projets tout en respectant et en appliquant les valeurs de la République. Il est à ce propos intéressant de constater leur bienveillance à l’égard des plus anciens mais aussi leur respect de de la nature et de tout ce qui vit. Par certains aspects, ce sont eux qui nous montrent la voie. Au-delà de cette expérience je pense que parvenus à l’âge adulte, ils seront mieux préparés à s’engager dans le monde associatif ou, le cas échéant, politique. L’objectif visant à l’amélioration du bien-être collectif. »

L'aménagement d'un verger participatif : solidaire et citoyen.

Après une année compliquée et à l’aune d’un nouveau millésime que tout un chacun, selon la formule consacrée, souhaite le meilleur qu’il puisse être, le conseil municipal des enfants n’a pas voulu laissé passer l’occasion de témoigner de sa fibre sociale en réalisant de fort jolis dessins destinés à enjoliver les cadeaux offerts en d’année par la commune.

Une manière sympathique et touchante de contribuer, aux côtés de leurs ainés, au bien-être commun.     

Justifiant ainsi la pensée de Graham Greene quant à l’enfance et à ce qu’elle recèle :

« Il y a toujours dans l’enfance un moment où la porte s’ouvre pour laisser entrer l’avenir. »

 

Bernard VADON

 

 

 

 

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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