LE BRAS D’HONNEUR DES OCTOGÉNAIRES, NONAGÉNAIRES ET AUTRES CENTENAIRES : RIEN N’EST FACILE MAIS TOUT EST POSSIBLE.

Publié le 27 Janvier 2021

"La fierté de qui nous sommes ne fait pas partie de notre passé, elle définit notre présent et notre avenir."

Sauter de la pensée constructive du docteur Emmet Fox (1) à « La voyageuse de nuit », un original et intéressant périple au pays que nous irons tous habiter un jour et récemment proposé par Laure Adler (2) n’est pas une démarche farfelue.

Explication :

Albert Einstein : "La vie, c'est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l'équilibre." 

bicyclette il fait 

Pour le docteur Fox, si toutefois on adhère à sa philosophie, un homme (ou une femme) en âge avancé, lorsque le corps éthérique cessera de fonctionner, se retrouvera dans un autre monde, la quatrième dimension (ou espace-temps) une notion de physique apparue au 20ème siècle et que l’on doit en partie aux recherches du physicien Albert Einstein initiateur du principe de la contraction du temps et de l’espace :

« Dès que son corps physique est abandonné il retrouve naturellement l’usage complet de ses facultés. »assure le docteur Fox.

Acceptons-en l’augure.

Quant à la relativité de l’âge sinon le critère qui s’y rattache, ils pourraient avantageusement se résumer dans cette observation de Simone de Beauvoir qui s’est éteinte à la veille de ses 80 ans et qui conclut, de manière admirable pour moi, l’ouvrage de Laure Adler :

« Moi je suis devenue une autre, alors que je demeure moi-même. »

Simone de Beauvoir : Moi, je suis devenue une autre, alors je demeure moi-même.

MENTALITÉ REDUCTRICE

Une évidence qui m’est apparue à la lumière, pour le moins singulière, des commentaires au demeurant déplacés à la radio ou à la télévision, de journalistes et autres animateurs, insistant sur l’âge, pour eux, quasi canonique du nouveau président des États-Unis, Jo Biden : 78 ans, rendez-vous compte !

A partir de là, toutes les déductions sont plus ou moins (et plutôt moins) recevables.

Avec en priorité, pour le nouveau président, la capacité autant physique qu’intellectuelle d’assumer ses fonctions.

« Wait and see ».

Laure Adler : "La vieillesse demeure un impensé. Simone de Beauvoir avait raison : c'est une question de civilisation. Continuons le combat !"

Je ne peux à nouveau m’empêcher de faire référence à l’ouvrage de Laure Adler citant le père du célèbre psychiatre américain Oliver Sacks (disparu à quatre-vingt-quatorze ans) lui ayant auparavant confié qu’il avait vécu ses meilleures années entre quatre-vingt et quatre-vingt-dix ans.

En d’autres termes et pour répondre aux tenants du réducteur : « place aux jeunes », l’âge mûr n’est pas annonciateur de déclin. Dans toute l’acception du terme.

Une forme de racisme détestable dénoncé par Roland Barthes.

ORLANDO FURIOSO

La reine Élisabeth - 94 ans – anime, avec quel enthousiasme, le bal des centenaires (ou presque centenaires) qui ne cessent de se multiplier. Et c’est tant mieux.

Au pays de Voltaire qui, à plus de quatre-vingt ans, prônait l’espérance de vie, on semble avoir oublié que perdre (ou prendre) des années, n’affecte pas forcément la force et l’initiative.

Dans le domaine de la création, par exemple :

Pablo Picasso : "Efface le gris de la vie et allume les couleurs que tu possèdes à l'intérieur."

Du Titien - et sa découverte à presque 90 ans de « la lumière pénétrante » - à Goya, qui innovera jusqu’à 80 ans, en passant par Rembrandt qui s’éteindra à seulement 63 ans après avoir imposé « la lumière-couleur » partageant avec Le Caravage ce fameux « clair-obscur » consistant à laisser de grandes zones dans le noir opaque. Nicolas Poussin, septuagénaire, influencé par Le Titien, fut un peintre humaniste, inventeur du « paysage idéal » ; et plus près de nous, Pablo Picasso, dont le « pas très politiquement correct qualificatif de vieux » allait de pair avec son génie déployé, sans interruption, jusqu’à 92 ans. Cherchez l’erreur.

Ou encore, le pointillisme de Picabia, adepte du mouvement dada et surréaliste qui a remisé ses pinceaux au lendemain de ses 74 printemps ainsi que les « découpages » de Matisse, chef de file du fauvisme, « parti » à 85 ans et contredisant cette forme de suprématie sociale et humaine conférée par ce faux marqueur, ou critère, que l’on appelle l’âge.

Souvenons-nous aussi de l’Arioste – Orlando Furioso - en filigrane de la guerre entre Charlemagne et les Sarrazins et qui reprend le combat … oubliant qu’il était mort !

Tout un symbole.

30 MILLIONS DE JAPONAIS

Trente millions de japonais ont plus de 75 ans et cultivent jalousement une espérance de vie inscrite autant dans leur culture que dans leurs gènes.

En France, on comptera 270.000 centenaires en 2070.

Charles de Gaulle : La fin de l'espoir est le commencement de la mort."

Le général De Gaulle, avant d’être contraint de les rendre suite à un référendum qui lui fut défavorable, tenait les rênes du pouvoir alors même qu’il flirtait avec les 80 ans et quarante années plus tard, en 2010, Stéphane Hessel publiait, à 95 ans, un ouvrage de seulement trente-sept pages mais qui fut un étonnant et détonnant succès de librairie – près de quatre millions d’exemplaires – dont le titre « Indignez-vous ! » était un extraordinaire appel à la résistance.

Stéphane Hessel : "Créer, c'est résister. Résister, c'est créer."

Si quelques-uns de ces octogénaires et parfois nonagénaires aujourd’hui aspirés dans la quatrième dimension ont ce que Claude Lévi-Strauss authentifiait comme « ce moi réel, qui n’est plus que le quart ou la moitié d’un homme, et un moi virtuel qui conserve encore vive une idée du tout. Le moi virtuel dresse un projet de livre, commence à en organiser les chapitres et dit au moi réel : c’est à toi de continuer. Et le moi réel, qui ne peut plus, dit au moi virtuel : c’est ton affaire. C’est toi seul qui vois la totalité. » d’autres, en revanche, ont gardé le cap.

FLEUVE PUISSANT

Quant au philosophe Zigmunt Bauman – 92 ans à sa disparition en 2017 – icone de l’espérance qui doit beaucoup à la pensée d’Albert Camus, notamment dans sa lecture du « Mythe de Sisyphe », il a laissé ce vibrant appel à la vie : « Je me révolte, donc nous sommes ! »

Edgar Morin : "Comme je ne suis plus maître de mon temps, le temps est désormais mon maître."

Apôtre, pour sa part, de la pensée constructiviste, Edgar Morin – cent ans aux prochaines cerises – considérant que lorsqu’on croit en ce que l’on pense ou l’on fait, cela peut devenir un fleuve puissant, estime que ce qui ne se régénère pas se dégénère :

« Il ne faut pas se laisser durcir ou nos cellules sont remplacées sans arrêt. Le cœur bat, c’est le sang qui circule. La qualité principale de la vie, c’est ce qui nous fait jouer et jouir. Il faut sauvegarder le plus possible notre part poétique et ne pas laisser la part prosaïque nous envahir. »

Le philosophe, sans vouloir jouer les Madame Soleil mais en soulignant la dégradation de notre biosphère, avait prédit des catastrophes et aujourd’hui, en homme sage, il espère que la pandémie nous apprendra à mieux comprendre la science et à vivre avec l’incertitude.

José de Obaldia : " Un paradoxe est une opinion qui vit de ses charmes aux dépens de la vérité."

De son côté, le dramaturge, poète, romancier et académicien José de Obaldia – qui a passé le cap d’un siècle – révélé par la célèbre parodie d’un western américain intitulée « Du vent dans les branches de sassafras » interprétée au théâtre par l’immense septuagénaire Michel Simon qui tira sa révérence dix années plus tard, confie avec une autre forme de sagesse :

« Je suis ébaudi d’être né, et je suis tout à fait ébaudi, et de plus en plus ébaudi, tout au long de ma vie, à l’approche de ma mort. »

JUBILADOS

Daniel Cordier - récemment disparu à l’aune de son centenaire, qui fut le secrétaire de Jean Moulin auquel il confiait lui devoir d’avoir été un homme et un amateur d’art   - considérait que le seul choix qui vaille dans une vie, c’est celui de combattre pour la liberté.

Daniel Cordier : combattre pour la liberté.

Lui aussi, comme bon nombre de ses « compagnons d’âge », refusait le statut de retraité. D’ailleurs, chez les espagnols cette « qualification » sociale ou, administrative est avantageusement remplacée par le terme de « jubilados » que l’on pourrait traduire par jubilance ou mieux, par la belle expression d’exultation … en somme, en joie.

Nous sommes loin, très loin, de l’idée au fond saugrenue et socialement idiote que se font certains à l’égard de cette population âgée, de plus en plus nombreuse et opérationnelle.

Celle-là même qu’en ces temps de pandémie, psychologiquement ravageuse, quelques jeunes écervelés virologues ou pseudos scientifiques de circonstance, voudraient bien confiner au prétexte fallacieux de les protéger. Et ainsi, selon ces étranges chercheurs, réduire les risques de propagation du virus. Oubliant ces imbéciles que ces « anciens » pour la plupart résidant en Ehpad bénéficient de services multiples exercés par un personnel venu de l’extérieur donc, à priori, dangereux au plan sanitaire.

Comme le faisait remarquer opportunément une journaliste de plateau, on voit rarement, par les temps qui courent, des personnes âgées gambader dans les parcs et autres endroits publics. On ne pas en dire autant de l’autre frange plus jeune de la population.      

ÉTAT D’ESPRIT

Mais revenons à nos ainés.

Jacques Chancel : "Il vaut mieux attraper un torticolis en visant trop haut que devenir voûté en regardant trop bas ! "

Je me souviens de Jacques Chancel – homme de radio et de télévision, concepteur des inoubliables et légendaires émissions « Radioscopie » et « Le grand échiquier » - personnalité passionnée et passionnante disparue il y a 7 ans (il aurait aujourd’hui 92 ans) qui confiait à la presse :

« A défaut de génie, le talent n’est rien s’il n’y a pas le travail. Combien de jeunes gens prometteurs n’ont pas délivré ce que l’on attendait d’eux ! Le plus souvent c’est le travail qui leur a fait défaut. Je m’interdis de ressasser le passé, de penser l’avenir, car je veux vivre le présent. J’ai horreur que l’on dise « de mon temps » ou « c’était mieux avant ». Ces expressions ne sont que des vues de l’esprit, qui, dans la plupart des cas, sont fausses.  La jeunesse n’est ni une qualité ni un défaut. Au mieux, un état d’esprit. » 

Jean d'Ormesson : " La vie des hommes est un désastre et un enchantement. Un désastre parce qu'il y a la souffrance et le mal. Un enchantement parcequ'il y a l'espérance et l'amour."

Homme de lettres, Jean d’Ormesson, qui aurait aujourd’hui 92 ans - il en avait 88 au jour de son départ -considérait qu’il y a peu d’éternité dans le temps qui passe.

S’en référant à la formule de Platon, à savoir que le temps est l’image mobile de l’éternité, Jean d’Ormesson qui affirmait dans l’un de ses derniers ouvrages « Je dirai malgré tout que cette vie fut belle, pense que cette éternité, cette force qui tient les choses ensemble, ce qui jette les gens les uns vers les autres, ce qui fait tourner les étoiles, c’est quand même quelque chose qui ressemble à l’amour.   

Coco Chanel : " Personne n'est jeune après quarante ans, mais on peut être irrésistible à tout âge."

La conclusion, c’est à Coco Chanel, l’icône de l’élégance française, que nous la laisserons. Celle qui, à 71 ans, remettra le couvert, comme on dit familièrement, et que l’anecdote rapportant que Marilyn Monroe ne portait la nuit que quelques gouttes du N°5, confortera dans sa réputation d’éternelle insoumise.

Coco Chanel s’éteindra à l’âge de 87 ans non pas dans son trois-pièces de la rue Cambon, à Paris, au-dessus de la célèbre boutique mais dans sa suite de l’hôtel Ritz et après avoir distillé, non sans délectation, la citation qu’aujourd’hui on lui doit :

« Personne n’est jeune après 40 ans, mais on peut être irrésistible à tout âge. »

Pierre Soulages : " Mon instrument n'est plus le noir, mais cette lumière secrète venue du noir."

Comme Pierre Soulages – 101 ans – dont une composition maîtresse faisant partie de la collection privée du président Léopold Seda Senghor, concrétisant son amitié avec l’artiste-peintre et représentative de la technique singulière dite « le noir-lumière » ou « outre-noir » a été dernièrement adjugée la bagatelle de 1,210 million d’euros dans une salle de ventes normande.

Enfin, Anny Courtade - 81 ans -  brillante femme d’affaires -  seule femme présidente d’une centrale régionale d’approvisionnement Leclerc dans le Sud-Est (Lecasud) – est aussi un remarquable exemple de réussite commerciale.

Anny Courtade : " Moi, j'ai besoin d'émotions et de défis. Ce que j'ai pu faire, d'autres peuvent le faire.Une expression dit : le coeur se brise ou se bronze."

Infatigable, cette ancienne professeur de lettres a le sens de la répartie :

« Quand on sera dans l’éternité, on aura tout le temps de se reposer. »

S’imposer dans le milieu de la grande distribution alimentaire comme chef d’entreprise influente dans la région PACA et au niveau national ne suffisant pas à calmer l’appétit de cette femme surprenante d’énergie et passionnée d’art – collectionneuse de livres anciens et de tableaux de maîtres  reconnue et férue de musique, J.S. Bach compte notamment parmi ses préférences et elle assume une active présidence de l’orchestre symphonique régional de Cannes - elle s’est investie dans le domaine sportif.

Ainsi, en dépit de ses nombreuses casquettes et après avoir conduit sur les sommets de la gloire nationale le volley-club féminin de Cannes, elle a accepté la présidence de l’A.S. Cannes football :

« Rien ne m’a jamais paru impossible. »  

David Hockney : " Hockney c'est une histoire de passions. La passion de voir. La passion de dire. la passion des images auxquelles il faut ajouter une quatrième : la passion de la vie ...  ". Comme j'ai pu le souligner dans un article que je lui avais consacré dans ce blog.

Assurément, le club des octogénaires et autres nonagénaires sinon centenaires n’a pas encore dit son dernier mot et la liste des membres n’est  ni exhaustive, ni close.

En forme de jolie conclusion, on pourrait citer le britannique  David Hockney – 83 ans – incontournable titan de la peinture contemporaine se distinguant par l’exubérance joyeuse de sa palette (un signe) et dont Alex Rotter, coprésident de l’Art contemporain et de l’après-guerre chez Christie’s confiait, après une vente record, le 15 novembre 2018 lors des enchères de Christie’s à New-York  (77 millions d’euros pour un tableau du maître intitulé « Nichols Canyon » ) qu’il s’agissait de l’une des plus grandes œuvres d’art de l’ère moderne .

Robert Marchand : "Quand on arrive à cent ans, faut pas faire l'idiot, il faut savoir se calmer dans la vie. Il ne faut pas essayer de dépasser ses limites."  

Quoi de plus naturel pour parvenir à bientôt 110 ans. En fait, tous les espoirs sont permis !

Robert Marchand – 109 ans – recordman à vélo, confirme que rien n’est facile mais que tout est possible.

Alors, Yalla – en avant les jeunes – comme l’exhortait, à presque cent ans sa « benjamine » sœur Emmanuelle : « la petite sœur des pauvres ".


Bernard Vadon

 

  1. « Le pouvoir par la pensée constructive » par le Dr Emmet Fox (Éditions Bussière)
  2. « La voyageuse de nuit » par Laure Adler (Éditions Grasset)

 

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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