ANNIE CORDY ET MOI  : C’ÉTAIT HIER !

Publié le 15 Septembre 2020

A Cannes, en compagnie d'Annie Cordy : l'ivresse d'une belle rencontre.

« L’amour peut se passer d’estime, pas l’amitié » affirmait avec sa gouaille légendaire Arletty, une autre légende, entre autres, de la vie culturelle (n’ayons pas peur des mots) internationale, celle qui se joue des marqueurs temporels.

J’ai souhaité attendre que passe, précisément, un peu de temps et que la sérénité s’impose à nouveau, sur le site du cimetière de l’Abadie, à Cannes, où mes obligations de journaliste à Nice Matin m’ont parfois conduit, pour revisiter quelques souvenirs avec Annie Cordy que j’avais rencontrée en des moments autrement générateurs de gaité et de joie de vivre.

Celles-là mêmes que ses amis de « la balle » ont souhaité se remémorer, au crépuscule de son existence, parmi les fleurs blanches (elle avait pour elles une préférence)  et bercés par le subtil tangage des hautes futaies, le temps justement d’un « à Dieu » sinon d’un au revoir  (même si Annie n’avait pas d’accointance particulière avec une quelconque religion.  Ce qui n’excluait pas forcément une autre forme de spiritualité ou d’énergie (allez, lâchons le mot) quantique. En tout cas et en forme d’épilogue, un amusant pied de nez à « La bonne du curé », un geste immortalisé par Victor Hugo dans « Les Misérables » qui, par la voix d’Alain Decaux, affirmait qu’il faut aimer les illusions quand elles sont généreuses. Même si nous devons plus tard nous attrister quant à leur naïveté.
BONHEUR MANIFESTE
Mais revenons à ce temps de notre rencontre où le jeune et entreprenant journaliste s’essayait accessoirement à des textes de chansons.
Entre temps, mon premier roman avait séduit le jury du Rendez-vous littéraire de Cannes présidé par Robert Sabatier avant d’être retenu – sans suite et sans regrets  – pour le Prix Fémina. Puis de susciter l’intérêt d’un producteur de cinéma.
Qu’importait alors le flacon … j’avais une partie, non négligeable, de l’ivresse et le culot en prime.
J’avais surtout, avec le concours de mon complice d’alors, Sylvian Coudène,  un talentueux compositeur de formation classique que mon écriture inspirait, commis quelques textes. Un bonheur manifeste et ignorant de la confrontation programmée avec un milieu professionnel plus enclin à jouer la carte de la chasse gardée que de donner leur chance à de jeunes débutants.
Nous allions tristement l’expérimenter, de Claude François à Gérard Lenormand, notamment mais aussi avec d’autres artistes asservis à ces producteurs sans états d’âmes.
Tous les secteurs culturels , de la musique au cinéma en passant par la peinture,  la littérature et tout ce qui concerne, de près ou de loin, le monde de l’art, sont malheureusement affectés par cette singulière et détestable mafia directoriale. 
La leçon d’un Charles Aznavour lors d’une interview alors que je le questionnais sur les chances d’un jeune artiste dans ce monde un peu sévère et interlope, et qui me répondit sèchement (nous eûmes plus tard lorsque nous conçûmes un livre sur ses grands succès de scène , des relations plus apaisées) est éloquente :
 « j’ai galéré pour en arriver où je suis, ils n’ont qu’à faire pareil ! »

HONNEUR SUPRÊME

Recommandé auprès d’Annie Cordy par mon ami Gérard Gustin (le chef d’orchestre et le compositeur préféré d’Annie (on lui doit avec Jacques Mareuil les mégas-tubes de la chanteuse et entre autres la comédie musicale : « Envoyez la Musique »)qui me fit l’honneur d’enregistrer avec son épouse Nelly Gustin – alias Nelly Périer – un de mes titres « Au tout petit matin de l’été 42 » dont il avait composé la musique) je proposais donc timidement à Annie une jolie valse intitulée  « Tournent les manèges ».  Tata Yoyo - alias la baronne anoblie en Belgique en 2005, date des lettres patentes, lui accordant concession de noblesse personnelle avec le titre de baronne et dont la devise illustre bien la personnalité de celle qui l’a choisi (« La passion fait la force ») - estima gentiment l’oeuvre charmante mais peu en phase avec son répertoire autrement populaire.

Une autre de mes chansons, « Sister Love » écrite sur une musique de François Orenn, qui remporta le Prix des discothèques lors de La Rose d’Or d’Antibes Juan les Pins, ne la laissera pas insensible.  Finalement, ce sera Dany Dauberson, chanteuse spécialiste de musique de jazz mais aussi actrice ( elle joua dans « Par ici la sortie », « du rififi à Paname » ou encore dans « Soirs de Paris »)  qui eut ses heures de gloire dans les années cinquante, qui inscrira une autre de nos compositions ( « Tournent les manèges »)  à son répertoire de tournée d’adieu à la scène, entre une chanson de Gilbert Bécaud et une autre de Jacques Brel. Honneur suprême pour de jeunes auteurs jusqu’alors inconnus. Une belle et encourageante consolation.

Avec « Tata », comme dans la touchante chanson de Grégory Lemarchal, longtemps nous resterons amis et nous aurons bien d’autres occasions de nous revoir dans la jolie propriété du bonheur, sur les hauts de Cannes.

Bernard VADON

 

 

     
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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