A LOURDES : Le bruit du silence et où se trouve Dieu dans ce vacarme ?

Publié le 10 Août 2020

 

« En ces jours-là, lorsque le prophète Élie fut arrivé à l’Horeb, la montagne de Dieu, il entra dans une caverne et y passa la nuit. Le Seigneur dit : « Sors et tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur, car il va passer. » À l’approche du Seigneur, il y eut un ouragan, si fort et si violent qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, mais le Seigneur n’était pas dans l’ouragan ; et après l’ouragan, il y eut un tremblement de terre, mais le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre ; et après ce tremblement de terre, un feu, mais le Seigneur n’était pas dans ce feu ; et après ce feu, le murmure d’une brise légère. Aussitôt qu’il l’entendit, Élie se couvrit le visage avec son manteau, il sortit et se tint à l’entrée de la caverne » - 

En l'église Sainte Bernadette (la basilique du Rosaire étant en réfection) : recueillement dans une ambiance inhabituelle sinon étrange. 

IMPRÉCATIONS

En ce deuxième dimanche du mois d’août, après des mois d’absence involontairement retenus à l’étranger pour cause de corona virus et enfin "libérés", nous nous nourrissons de la première lecture du Premier livre des Rois (1 R 19, 9a.11-13a) lors de l’office dominical célébré, face à la Grotte des Apparitions de Massabielle, en l’église Sainte Bernadette de Lourdes. Et cela, au rythme des drames qui secouent la planète dont la récente et terrible catastrophe du port de Beyrouth, a manifestement inspiré le célébrant, Monseigneur André Dupuis. Celui-ci, sur le thème aussi mystérieux qu’énigmatique sinon éloquent du « bruit du silence » qui au-delà des oxymores célèbres, ne pouvait que s’inscrire dans la démarche intellectuelle d’un Dieu manifestement sourd - ou en donnant l’impression – propre à susciter des imprécations terribles selon les termes de Chateaubriand.

En ce cas, on peut tout naturellement se poser la question de savoir où se trouve Dieu.

Car, alors qu’au Sinaï ce dernier parla à Moïse et aux Israélites et que des coups de tonnerre, des éclairs et un son de trompe de plus en plus puissant précédaient et accompagnaient la Parole de Dieu (Exode 19), quelques siècles plus tard, le prophète Élie retournera à la même montagne de Dieu pour revivre l’expérience de ses ancêtres et nourrir le secret espoir d’écouter Dieu lui parler. En vain.

Car le Seigneur n’est pas dans les phénomènes traditionnels de sa puissance. C’est ainsi.

Au coeur du mois d'août et à la veille de la fête de l'Assomption, "La Prairie" quasi déserte. Un air de "Lourdes au mois d'octobre"!

 

Et lorsque cesse le grand bruit, Élie entend « un bruit de fin silence », et c’est alors que Dieu lui parle (1 Rois 19). 

Cependant des paroles dites à voix forte impressionnent mais ne touchent guère les cœurs et l’expérience d’Élie tend à  démontrer que Dieu ne veut pas impressionner, mais être compris et accueilli. Dans ce but, il a choisi « une voix de fin silence » pour parler. C’est un paradoxe désarmant. Déconcertant.

Néanmoins, le silence nous prépare à une nouvelle rencontre avec Dieu dont la parole peut atteindre les recoins cachés des cœurs. Dans le silence, la parole se révèle « plus incisive qu’aucun glaive à deux tranchants, elle pénètre jusqu’au point de division de l’âme et de l’esprit » (Hébreux 4,12). 

 

INIMAGINABLE

Faisant silence, nous cessons de nous cacher devant Dieu, et la lumière du Christ peut atteindre et guérir et transformer même ce dont nous avons honte.

Ce qui faisait d’ailleurs dire à François Mauriac, repris dans son homélie par Monseigneur André Dupuis :

« Si je n’avais pas connu le Christ Dieu eût été pour moi un mot vide de sens. A moins d’ une grâce très particulière, l’Être infini m’eût été inimaginable. » 

Vous avez dit "distanciation sociale" ? En tout cas, nul doute que la mise en service exceptionnelle d'autres distributeurs d'eau aurait peut-être évité ces concentrations considérées par l'autorité scientifique comme inopportunes. 

 

A quelques jours de la traditionnelle célébration mariale, à l’occasion de la fête de l’Assomption de la Vierge Marie,  le site du sanctuaire, dédié à celle-ci ainsi qu'à  Bernadette Soubirous qui fut chargée de porter un message surprenant de révélations, vit, pour le moins singulièrement, au rythme de recommandations sanitaires contraignantes sinon contradictoires en un lieu où les croyants, tout autant que ceux qui ne le sont pas, viennent ici chercher réparations physiques ou morales.

« Rien ici ne peut m’arriver ! » me confie un pèlerin manifestement allergique et réfractaire à toute cette panoplie de mesures préventives du gel au masque en passant par la distanciation sociale. Quid, encore heureux, de l’autorisation préfectorale de circuler et de la prise de température à l’entrée du sanctuaire où vous n’échapperez pas à la vigilance des gardiens quant à porter le masque à défaut de mantille pour les dames.     

 

Les rues de la cité mariale quasi désertes ...

 

Agacé, comme nous, par la sinistrose ambiante et le spectre d’une déroute économique à l’échelle planétaire à laquelle la ville et la région de Lourdes n’échappent pas nous évoquons des chiffres inquiétants et révélateurs du désastre : la totalité des pèlerinages ont été annulés alors que la cité mariale figure en leader après Paris pour ce qui est des hébergements (2 millions et demi) et qui devra, cette année, se contenter de bien maigres 150.000 nuitées. 

En bord du fleuve le Gave et face à la Grotte de Massabielle, temps de méditation pour cette religieuse

 

Ce n’est plus, pour paraphraser un film célèbre  de Granier-Deferre tiré du beau livre de René Fallet et repris en chanson par Charles Aznavour : « Paris au mois d’août » mais, en ce même mois estival : « Lourdes au mois d’octobre ».  

Un bal tragique orchestré par un étrange quarteron de scientifiques encouragés par des politiques aveugles et sourds … ou donnant l’impression de l’être ; un spectacle désolant intentionnellement amplifié par des médias et autres chaînes télévisuelles affabulateurs. 

Théâtral en diable … si on peut oser l'expression en pareil lieu consacré.

Où sont passés les milliers d’organismes patentés - pour définir ce que seront les temps à venir - et autres économistes de circonstance pour n’avoir pas dénoncé une gestion planétaire et singulièrement nationale aussi catastrophique ?

Une visite du ministre certes sympathique (n'exagérons pas) mais loin d'être miraculeuse ...

 

Il est à parier que la visite, ce lundi sur le site, du ministre de l’économie Bruno Le Maire, et ses milliards de soutien annoncés dans ce secteur d'activités, n’engendrera pas de miracle. 

Yann Arthus Bertrand dans un commentaire privilégie la raison à l’obligation pour ne pas dire à la soumission. Une piste pour pallier la catastrophe annoncée.

Souvenons-nous de cette réplique célèbre dans l’Hernani de Victor Hugo qui a bercé nos séances de « bachotages » : 

« Je suis une force qui va ! Agent aveugle et sourd de mystères funèbres ! Une âme de malheur faite avec des ténèbres !  Où vais-je ?  Je ne sais … »

 

Je vous fais grâce de la suite sinon qu’en pareilles circonstances le silence de Dieu, je vous l’accorde aussi, est étourdissant !

 

Bernard VADON