A NANTES :  HIER, MARTYRISÉE, LA CATHEDRALE SAINT-PIERRE RESSUSCITERA DEMAIN !

Publié le 19 Juillet 2020

Il y a un peu plus d’une année, dans le cadre des JMJ de Panama et dans celui de cette même cathédrale de Nantes, le Père Édouard Roblot – aumônier des étudiants de Nantes – avec un rare souci de la concision et l’efficacité orales mais aussi avec un louable respect de la litote, commentait en ces termes l’événement :

« Chrétiens, si nous lisons encore des Écritures anciennes - Isaïe avait 7 siècles d’âge quand Jésus le lit à Nazareth ! - serait-ce pour faire de l’archéologie littéraire chaque dimanche ? 

Est-ce une tentative désespérée de rendre moderne une Parole qui serait éteinte ?

Jésus lui-même contredit cette opinion en affirmant :

 « Cette Parole, aujourd’hui, s’accomplit ! »

UN SIGNE

Dans l’Évangile selon Saint Luc, à 4 moments clés, on entend le terme « aujourd’hui » 

« Aujourd’hui vous est né un sauveur ont annoncé les anges aux bergers de Bethléem mais aussi aujourd’hui, cette Parole s’accomplit dira Jésus à Nazareth en inaugurant sa mission ; ou encore aujourd’hui, le salut est entré dans cette maison affirme t-il à Zachée qui vient de se convertir et enfin,  s’adressant sur la Croix au larron repenti, aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis. »

Ainsi, chaque fois, l’adverbe aujourd’hui est un signe que le salut, c’est maintenant, que le salut est présent ! 

Chacun de ceux  qui reçoivent cet évangile peuvent se reconnaître dans ce Théophile – littéralement, cet ami de Dieu - à qui Saint-Luc écrira : 

« Que nous soyons ici dans cette assemblée, ou devant la télévision, aujourd’hui, nous sommes touchés par la puissance de la Parole de Dieu. Aujourd’hui, Dieu agit pour nous ! Aujourd’hui, maintenant,  nous sommes aimés ! »

« Allons à revers des discours nostalgiques du genre « hier c’était mieux ! » ou encore des rêves utopiques,  demain, je serai un saint !» interpellait dans son homélie de l’instant le Père Roblot.

Un trésor conservé et entretenu durant plus de 400 ans envolé en fumée. Incompréhension.

Et finalement, pourquoi ne pas s’en tenir au proverbe à savoir de ne pas remettre aux lendemains ce que l’on peut faire aujourd’hui ?

Rappelons à ce propos le poème poignant de la Petite Thérèse, la religieuse carmélite de Lisieux, qui avait cette science infuse des mots simples mais forts :

« Ma vie n’est qu’un instant, une heure passagère

Ma vie n’est qu’un seul jour qui m’échappe et qui fuit

Tu le sais, ô mon Dieu, pour t’aimer sur la terre

Je n’ai rien qu’aujourd’hui ! »

EN TOUTE HUMILITÉ

Il est également et peut-être temps de crier, à l’instar de Daniel-Rops : « Mort, où est ta victoire » titre de l’un de ses ouvrages inspiré de la première épître aux Corinthiens - 15, 51-58 – .

Et cela, après ce nouveau drame qui endeuille la communauté catholique en particulier et celle de France en général

Ainsi, après les cathédrales de Paris, Rouen et Reims puis déjà Nantes en 1972 et à nouveau celle-ci qui samedi fut la proie des flammes, la malédiction s’insurgeront certains nous impose parfois de singulières épreuves.

Ce dernier dimanche, l’émission  « Le Jour du Seigneur », en prélude à la célébration eucharistique dominicale, présentait un remarquable documentaire de Julien Leloup sur le thème : « Des Cathédrales Ressuscitées » où la cathédrale Saint Pierre et Saint Paul, fière de son passé remontant au IV siècle, mettait en exergue sa blancheur incomparable et son unité de style gothique. Unique. 

 

Michel Bourcier : plus qu'un au revoir un "à Dieu" déchirant ...

Dans la soirée de vendredi, quelques heures seulement avant que la cathédrale ne s’enflamme, entraînant dans la fournaise son orgue, ses vitraux, ses tableaux précieux, Michel Bourcier, l’un des trois organistes titulaires de l’instrument, construit en 1619 par Jacques Girardet, répétait les pièces et les chants de l’office dominical :

« Là où la parole se tait, la musique elle-même devient langage. » aimait à dire Saint-Augustin.

Permettez-moi, en toute humilité et non sans déférence, de lui renvoyer autrement mais avec les mêmes mots simplement inversés cette autre citation personnelle qui témoigne modestement de mon âme de musicien et de ma passion pour l’orgue : 

« Là où la musique se tait, la parole elle-même devient note. »

UNE VOIX, CELLE DE L’ORGUE

Le Père Roblot, avec infiniment de douceur, nous mettait aimablement mais vigoureusement en garde :

« il peut nous arriver de nous réfugier dans les souvenirs, voire la nostalgie ! Comme si ce qui s’était passé, était à jamais perdu ! Et le présent nous semble alors terne et sans promesses… ».

Finalement, n’y-a-t-il pas un risque à fuir l’aujourd’hui, questionne encore celui-ci ?

Dans son bel ouvrage Philippe Cicchéro donne la composition de l'orgue de Nantes. Enrichissant.

Une interprète de renom lui répond :

« Au rythme de l’architecture, au flamboiement des rosaces, à la splendeur des décorations, il fallait une voix, cette voix c’est l’orgue, complément indispensable de cet ensemble prestigieux. » estimait l’incomparable artiste Marie-Claire Alain dans sa belle préface au livre « Les Orgues de France »  de Philippe Cicchero, fils de Jean-Marc Cicchero, facteur d’orgue où l’orgue de la cathédrale de Nantes figure en bonne place :

« Une voix, celle de l’orgue, a noms Buxtehude, Bach, Franck, Vierne, Messiaen ou encore Jehan Alain et tant d’autres. » précisait encore Marie-Claire Alain.

Que l’on me pardonne ce moment d’émotion, envahi par un silence paralysant alors que dans ma mémoire résonnent - jusqu’à quand -  les notes du grand jeu annonciatrices d’espérance de l’Aria de la Suite pour orchestre en ré majeur de J.S. Bach interprété, quelques jours avant le drame, par Marie-Thérèse Jehan, organiste titulaire de la cathédrale. 

Richard Wagner disait que la musique commence là où s’arrête le pouvoir des mots. 

Formons le vœu que maintenant opère le pouvoir sinon le poids des mots pour que recommence, en ce lieu saint, la musique et qu’elle nous fasse oublier, comme disait Saint Bernard, ce feu qui brûle mais qui n’éclaire pas !

Bernard Vadon

 

 

 

 

Marie-Thérèse Jehan, organiste titulaire .... Une voix, celle de l'orgue de la cathédrale de Nantes, s'est tue à jamais !

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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