PENTECÔTE : EN CE TEMPS DE PANDÉMIE, UNE SOLENNITÉ SINGULIÈRE. 

Publié le 31 Mai 2020

Ils furent tous remplis de l'Esprit Saint ....

 

Depuis ce mois de mars dernier où le monde quasiment du jour au lendemain est entré en pandémie comme on entre en enfer rien n’est plus tout à fait comme avant. 

Et il est à parier, sans vouloir jouer aux « Madame Soleil », que tout portera à effectivement croire que notre façon de vivre et tout ce qui s’y rapporte sera à revoir. 

Un temps de mutation déjà en route.  

Pour une fois, la tradition des proverbes s’est confirmée avec une fête de Noël aux balcons et une célébration pascale pire « qu’aux tisons » ; carrément, en tout cas psychologiquement, en prison.

 

Au fil des semaines qui suivirent, étranges images notamment celles de ce pape forcé à l’isolement et gravissant lentement, un soir de la Semaine Sainte, sous la pluie,  les marches de la Basilique Saint Pierre de Rome. 

Non moins étranges images que celles des esplanade des sanctuaires de Lourdes habituellement peuplée de milliers de pèlerins et soudain engoncée dans un silence pesant. Angoissant.

Depuis Charleroi et en Eurovision célébration de la solennité de la fête de la Pentecôte ... 

 

Une sorte d’état catastrophe visuellement et surtout mentalement commun à toute la planète.

Et pendant ce temps-là, d’autres illustrent le vocable populaire en voulant décrocher la lune et fouler le sol de la planète Mars. Ainsi va l’Homo sapiens, le parfois trop bien nommé.

Ce cher Bouddha n’enseignait t-il pas de ne pas demeurer dans le passé, de ne pas rêver du futur mais de concentrer son esprit sur le moment présent !

 LES MERVEILLES DE DIEU

Aujourd’hui, la vie courante, comme on dit, donne le sentiment de redonner à la terre sa raison d’être. Timidement et de façon quelque peu désordonnée. Chacune et chacun ayant fait,  il nous semble, du confinement une expérience personnelle. Très personnelle.

 

Toujours confinés au Maroc, c'est à la maison que nous avons suivi la messe de la solennité de la Pentecôte.

 

En ce dimanche de Pentecôte, temps fort de méditation pour les croyants en général et les chrétiens en particulier, le récit de Saint-Luc prend une couleur inhabituelle et inspirante :

« Quand arriva la Pentecôte (le cinquantième jour après Pâques), ils se trouvaient (les apôtres) réunis tous ensemble. 
Soudain il vint du ciel un bruit pareil à celui d'un violent coup de vent : toute la maison où ils se tenaient en fut remplie. 
Ils virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et qui se posa sur chacun d'eux. 
Alors, ils furent tous remplis de l'Esprit Saint : ils se mirent à parler en d'autres langues, et chacun s'exprimait selon le don de l'Esprit. 
Or, il y avait, séjournant à Jérusalem, des Juifs fervents, issus de toutes les nations qui sont sous le ciel. 
Lorsque les gens entendirent le bruit, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient dans la stupéfaction parce que chacun d'eux les entendait parler sa propre langue. 
Déconcertés, émerveillés, ils disaient : « Ces hommes qui parlent ne sont-ils pas tous des Galiléens ? 
Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ? 
Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, des bords de la mer Noire, de la province d'Asie, 
de la Phrygie, de la Pamphylie, de l'Égypte et de la Libye proche de Cyrène, Romains résidant ici, 
Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu. »

Quelle meilleure expression ( n’en déplaise à certains) que celle d’associer ce qui est merveilleux à Dieu.

Notre langue maternelle, le latin, avec l’origine du terme mirabilia, nous en offre la quintessence, je dirais en son sens littéraire, à savoir du raffinement, en complément des quatre éléments traditionnels définis par les philosophes de l’Antiquité, au travers des adjectifs admirable et remarquable.

LE DON DE LA VIE

Parmi la multitude des solennités de la Pentecôte célébrées par l’ensemble des cultes, l’homélie du pape François me parait répondre à quelques-unes de nos interrogations. 

A nous fournir aussi des pistes. 

Nous nous trouvons en manque d’espérance et nous avons besoin d’apprécier le don de la vie,

 

A cultiver l’espérance. Et Dieu sait, si par les temps qui courent la foi, si forte soit-elle, n’est pas toujours évidente pour y parvenir :

"Qu’est ce qui nous unit, sur quoi se fonde notre unité ?. 

Parmi nous aussi, il y a des diversités, d’opinions par exemple, de choix, de sensibilité. Mais la tentation est toujours celle de vouloir défendre à tout prix nos idées, en les croyant bonnes pour tous et en étant d’accord seulement avec celui qui pense comme nous. Et c’est une mauvaise tentation qui divise. Mais c’est une foi à notre image, non pas ce que veut l’Esprit. (…)

« Le monde voit des conservateurs et des progressistes ; l’Esprit voit des enfants de Dieu. 

« Le regard mondain voit des structures à rendre plus efficaces ; le regard spirituel voit des frères et sœurs mendiants de miséricorde.

« L’Esprit nous aime et connaît la place de chacun dans l’ensemble : pour lui, nous ne sommes pas des confettis emportés par le vent, mais des pièces irremplaçables de sa mosaïque. »

Et le Saint-Père, selon son habitude de ne pas se déconnecter de la réalité, en revient à cette manière d’universalité qu’incarne si bien ce temps de Pentecôte  :

« Actuellement, dans le grand effort de recommencer, combien le pessimisme est nocif, le fait de voir tout en noir, le fait de répéter que rien ne sera plus comme avant ! En pensant ainsi, ce qui sûrement ne revient pas c’est l’espérance. Parmi ces trois - l’idole narcissique du miroir, le dieu-miroir ; le dieu-lamentation :

"Je me sens comme une personne dans les lamentations" ; 

et le dieu-négativité : "tout est noir, tout est obscur" – 

Nous nous trouvons en manque d’espérance et nous avons besoin d’apprécier le don de la vie, le don qu’est chacun de nous. Pour cela, nous avons besoin de l’Esprit Saint, don de Dieu, qui nous guérit du narcissisme, du fait de se poser en victime et du pessimisme, qui nous guérit du miroir, des lamentations et de l’obscurité. »

 

Bernard VADON

 

 

Le récit de la Pentecôte est rédigé sur la base de deux textes bibliques célèbres. C'est de cette manière que Luc veut enseigner comment la diffusion de l’Évangile et l’origine de l’Église sont l’effet de l’action de l’Esprit Saint donné en abondance comme promesse de Dieu. dans le livre du Deutéronome :

« Yhwh vous parla alors du milieu du feu ; vous entendiez le son des paroles, mais vous n’aperceviez aucune forme, rien qu’une voix. […] Du ciel, il t’a fait entendre sa voix pour t’instruire, et sur la terre il t’a fait voir son grand feu, et du milieu du feu tu as entendu ses paroles » (Dt 4, 12.36).

Selon le récit des Actes, Dieu, par l’action de son Esprit, offre une solution au problème de l’orgueil collectif : le rassemblement des peuples se fait par l’écoute de la Parole de Dieu entendue dans la langue de chacun.

Dieu créa dans l’air un bruit (èchon)invisible et ce bruit transforma l’air en feu de flammes ; une voix retentissait du milieu du feu venu du ciel, dont la flamme se transformait en un langage adapté aux auditeurs ; les paroles étaient formulées avec une telle clarté qu’on avait l’impression de les voir.

Très certainement, Luc avait connaissance de cette tradition quand il a voulu transcrire l’extraordinaire expérience de l’Esprit qu’ont faite les premiers chrétiens autour du groupe des Douze.

 

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal ), #Articles

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