ROME : AU CŒUR D’UNE PANDÉMIE PLANETAIRE DÉVASTATRICE LE PAPE FRANÇOIS, EN CHEF SPIRITUEL MAIS AUSSI CHEF D’ÉTAT AVISÉ, A REDONNÉ DU SENS AUX VALEURS HUMAINES . 

Publié le 28 Mars 2020

Des paroles (et des gestes sacrés) qui touchent à nos aspirations les plus élevées ...
Des paroles (et des gestes sacrés) qui touchent à nos aspirations les plus élevées ...Des paroles (et des gestes sacrés) qui touchent à nos aspirations les plus élevées ...
Des paroles (et des gestes sacrés) qui touchent à nos aspirations les plus élevées ...Des paroles (et des gestes sacrés) qui touchent à nos aspirations les plus élevées ...
Des paroles (et des gestes sacrés) qui touchent à nos aspirations les plus élevées ...Des paroles (et des gestes sacrés) qui touchent à nos aspirations les plus élevées ...

Des paroles (et des gestes sacrés) qui touchent à nos aspirations les plus élevées ...

 

 

Célébrée, mercredi dernier, l’Annonciation faite à Marie par l’ange Gabriel à Marie, que les catholiques célèbrent durant la Semaine Sainte, est en soi, et traditionnellement, celle de l’Incarnation signifiant que Marie a trouvé grâce auprès de Dieu :

Illustration selon Saint Matthieu :

« Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » 

Et Marie dit à l’ange : 

« Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? »

L’ange lui répond alors : 

« L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre.  ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. »
Et cet échange émouvant de se poursuivre aussi mystérieusement en forme de prophétie :

« Voici qu’Élisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait : « la femme stérile ».
Car rien n’est impossible à Dieu. »

Marie répondit :

« Voici la servante du Seigneur et que tout se passe pour moi selon ta parole. »

Alors, l’ange Gabriel la quitta.

Ainsi, Dieu commence en Marie sa vie humaine qui conduira Jésus jusqu’à la Croixcrés avant la Résurrection et jusqu’à la Gloire du Père.
 

EXTRAORDINAIRE

Trois jours plus tard, comme temporellement lors de la Semaine Sainte, alors que la pandémie continue de dévaster la planète, le pape, avec ce sens remarquable de l’humain, sa compassion aussi entre autres qualités exceptionnelles, a donné une autre dimension à ce drame qui frappe l’humanité sans distinction d’âges ou de peuples.

Alors même que ses pairs – il occupe également une fonction de Chef d’État -  souvent dépassés par ces événements tragiques s’égarent en de vains et parfois affligeants et quasi  inutiles discours, le pape François, ce dernier vendredi,  longue et frêle silhouette immaculée de chef spirituel à la tête de 1,3 milliard de catholiques environ (pour un peu plus de 2,4 milliards de chrétiens)  a délibérément choisi de donner, au terme d’une poignante veillée dite « extraordinaire », sa bénédiction « Urbi et Orbi » (à la ville de Rome et au monde entier) .

L’évangile de saint Marc (Mc 4, 35) choisi pour cette veillée de prière s’imbriquait étrangement dans le terrible contexte de la pandémie propagée par le redoutable Covid-19 . Cet infiniment petit générant paradoxalement un grand malheur.

Il s’agit du fameux passage de « la tempête miraculeusement apaisée » dans lequel Jésus et ses disciples essuient, alors qu’ils sont dans leurs barques, une soudaine et violente bourrasque. Apeurés les disciples réveillent Jésus :

« Celui-ci menaça le vent et dit à la mer : « Silence, tais-toi ! » 

Le vent tomba, et il se fit un grand calme.  

Et Marc de conclure :

«Jésus s’adressa ensuite à ces disciples en ces termes :Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? »

En toile de fond, la blonde et majestueuse colonnade du Bernin qui embrasse de ses deux bras (comme la décrit le pape François) multipliant à l’infini les points de fuite,  la place Saint Pierre, en cette fin de jour couleur grisaille, inhabituellement  et tristement désertée, survolée de nuages gorgés de pluie, baignée dans un silence quasi mortifère, accueille, en ce vendredi 27 mars, son seul et unique pèlerin en la personne du pape François gravissant lentement et gravement les quelques marches menant au parvis de la basilique flanquée symboliquement et pour la circonstance de l’impressionnant et miraculeux crucifix qui, en 1522, sauva le peuple de la ville éternelle de la peste et de l’icône de la Vierge Marie habituellement vénérée à Sainte Marie Majeure mais aussi, en ce temps « extraordinaire » de recueillement par François qui a sollicité son intercession pour sauver le monde de la pandémie qui l’affecte douloureusement.

Un décor manifestement surréaliste. Et en parfaite concordance avec la pensée du peintre Georges Desvallières, l’un des fondateurs, au siècle dernier, du célèbre Salon d’Automne : 

« L’art est toujours religieux,  c’est-à-dire qu’il a toujours à exprimer des besoins très mystérieux que les paroles ne peuvent dire, et qui touchent à nos aspirations les plus élevées. » 

Ce temps de bénédiction « extraordinaire », par la magie technique de moyens de communications sophistiqués, s’adressant à la ville et au monde, en l’occurrence plusieurs millions de croyants mais aussi de non croyants pour lesquels la parole de l’homme de paix est une référence. 

Et cela, avant que le Saint Sacrement, d’abord exposé face à l’atrium de la basilique vaticane, ne serve spirituellement et pieusement au Saint Père lors de la bénédiction « Urbi et Orbi » (1) Suivi d’un autre temps de réflexion particulièrement fort sinon de méditation.

Un grand moment de prise de conscience et surtout d’espérance ponctué à son terme et avant la bénédiction solennelle par une envolée soudaine et prenante des cloches de la basilique. 

Ces cloches qui seront au prochain matin de Pâques annonciatrices de la Résurrection et par voie de conséquence de notre résurrection si toutefois nous comprenons la nécessité de contribuer à l’édification d’un monde où, comme le préconise le psaume : 

« Même les ténèbres ne sont pas obscures pour toi, la nuit brille comme le jour et les ténèbres comme la Lumière. » 

EPAISSES TÉNÈBRES

Auparavant, d’une voix tour à tour douce et autoritaire le souverain pontife a prononcé une homélie riche d’humanité, d’une extrême élévation morale, au cours de laquelle il n’aura de cesse de faire référence au texte de Saint Marc relatant l’épisode de la tempête apaisée.

« Nous avons été pris au dépourvu par une tempête inattendue et furieuse. Nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de nous réconforter mutuellement ».

Face à une place Saint Pierre désertée et seulement survolée de nuages gorgés de pluie, le pape François, par la magie de moyens de communications sophistiqués, s’est adressé à la ville et au monde.  Sans jamais perdre de vue le fil d’une actualité dramatique en osmose avec le texte de Saint Marc :  

Extraits :

 

 « Depuis des semaines, la nuit semble tomber. D’épaisses ténèbres couvrent nos places, nos routes et nos villes;  elles se sont emparées de nos vies en remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide désolant, qui paralyse tout sur son passage : cela se sent dans l’air, cela se ressent dans les gestes, les regards le disent. Nous nous retrouvons apeurés et perdus. Comme les disciples de l’Évangile, nous avons été pris au dépourvu par une tempête inattendue et furieuse. Nous nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de nous réconforter mutuellement. Dans cette barque... nous nous trouvons tous. Comme ces disciples qui parlent d’une seule voix et dans l’angoisse disent : « Nous sommes perdus », nous aussi, nous nous nous apercevons que nous ne pouvons pas aller de l’avant chacun tout seul, mais seulement ensemble. Il est facile de nous retrouver dans ce récit. »

Entre nous, dans nos familles, l’une des choses qui fait le plus mal, c’est quand nous nous entendons dire : Tu ne te soucies pas de moi ? ». 

 

Toujours selon François :

« C’est une phrase qui blesse et déclenche des tempêtes dans le cœur. (..) La tempête démasque notre vulnérabilité et révèle ces sécurités, fausses et superflues, avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets, nos habitudes et priorités. Elle nous démontre comment nous avons laissé endormi et abandonné ce qui alimente, soutient et donne force à notre vie ainsi qu’à notre communauté. La tempête révèle toutes les intentions d’“emballer” et d’oublier ce qui a nourri l’âme de nos peuples, toutes ces tentatives d’anesthésier avec des habitudes apparemment “salvatrices”, incapables de faire appel à nos racines et d’évoquer la mémoire de nos anciens, en nous privant ainsi de l’immunité nécessaire pour affronter l’adversité. À la faveur de la tempête, est tombé le maquillage des stéréotypes avec lequel nous cachions nos “ego” toujours préoccupés de leur image ; et reste manifeste, encore une fois, cette appartenance commune (bénie), à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire : le fait d’être frères. » (…)

 

« Seigneur, dans notre monde, que tu aimes plus que nous, nous sommes allés de l’avant à toute vitesse, en nous sentant forts et capables dans tous les domaines. Avides de gains, nous nous sommes laissé absorber par les choses et étourdir par la hâte. Nous ne nous sommes pas arrêtés face à tes rappels, nous ne nous sommes pas réveillés face à des guerres et à des injustices planétaires, nous n’avons pas écouté le cri des pauvres et de notre planète gravement malade. Nous avons continué notre route, imperturbables, en pensant rester toujours sains dans un monde malade. » 

 

« C’est la vie de l’Esprit capable de racheter, de valoriser et de montrer comment nos vies sont tissées et soutenues par des personnes ordinaires, souvent oubliées, qui ne font pas la une des journaux et des revues ni n’apparaissent dans les grands défilés du dernier show mais qui, sans aucun doute, sont en train d’écrire aujourd’hui les évènements décisifs de notre histoire : médecins, infirmiers et infirmières, employés de supermarchés, agents d’entretien, fournisseurs de soin à domicile, transporteurs, forces de l’ordre, volontaires, prêtres, religieuses et tant et tant d’autres qui ont compris que personne ne se sauve tout seul. Face à la souffrance, où se mesure le vrai développement de nos peuples, nous découvrons et nous expérimentons la prière sacerdotale de Jésus : « Que tous soient un » 

Et le pape de poursuivre son amer constat :

« Que de personnes font preuve chaque jour de patience et insuffle l’espérance, en veillant à ne pas créer la panique mais la coresponsabilité ! Que de pères, de mères, de grands-pères et de grands-mères, que d’enseignants montrent à nos enfants, par des gestes simples et quotidiens, comment affronter et traverser une crise en réadaptant les habitudes, en levant les regards et en stimulant la prière ! Que de personnes prient, offrent et intercèdent pour le bien de tous. La prière et le service discret : ce sont nos armes gagnantes !

Et de s’expliquer plus encore : 

« Car voici la force de Dieu : orienter vers le bien tout ce qui nous arrive, même les choses tristes. Il apporte la sérénité dans nos tempêtes, car avec Dieu la vie ne meurt jamais. Le Seigneur nous interpelle et, au milieu de notre tempête, il nous invite à réveiller puis à activer la solidarité et l’espérance capables de donner stabilité, soutien et sens en ces heures où tout semble faire naufrage. » 

François, avec son inégalable et toute personnelle tendresse, je dirais pour d’autres moins proches de nous en religion, son incomparable affection pour l’homme, pratiquée depuis son entrée en religion, en Argentine, son pays d’origine :

 

« Chers frères et sœurs, de ce lieu, qui raconte la foi, solide comme le roc, de Pierre, je voudrais ce soir vous confier tous au Seigneur, par l’intercession de la Vierge, salut de son peuple, étoile de la mer dans la tempête. Que de cette colonnade qui embrasse Rome et le monde, descende sur vous, comme une étreinte consolante, la bénédiction de Dieu. Seigneur, bénis le monde, donne la santé aux corps et le réconfort  aux cœurs. Tu nous demandes de ne pas avoir peur. Mais notre foi est faible et nous sommes craintifs. Mais toi, Seigneur, ne nous laisse pas à la merci de la tempête. Redis encore : « N’ayez pas peur ». Et nous, avec Pierre, “nous nous déchargeons sur toi de tous nos soucis, car tu prends soin de nous” 

 

Bernard VADON

 

1/ À tous ceux qui s’unirent spirituellement à ce moment de prière transmis par les médias a été concédée l’indulgence plénière - remise entière de la peine due au péché. Toutefois, celle-ci  n’excluant pas le sacrement de réconciliation -  selon les conditions prévues dans le récent décret de la pénitencerie apostolique daté du 19 mars dernier. Celui-ci  prévoyait notamment que cette dernière était accordée à tous les fidèles qui offrirent un temps de prière pour implorer du Dieu tout-puissant la cessation de l’épidémie, le soulagement de ceux qui en sont affligés et le salut éternel de ceux que le Seigneur a rappelés à Lui. L’indulgence plénière était également accordée aux malades, au personnel de santé, aux familles des malades et à tous ceux qui, y compris par la prière, s’occupent de ces derniers. 

 

 

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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