EN VISITE PASTORALE A MARRAKECH : S.E. le Cardinal Cristobal Lopez Romero :  « Allez annoncer ce que vous entendez et voyez. »

Publié le 16 Décembre 2019

En nous invitant à discerner la joie, la patience et la vision, la liturgie du Troisième dimanche de l’Avent donnait à la visite pastorale - en sa qualité de cardinal récemment « créé » par le pape François – de l’archevêque de Rabat, le père Cristobal Lopez Romero, une dimension en phase avec le message évangélique délivré par Saint Matthieu et que l’on pourrait résumer ainsi :
« Allez annoncer ce que vous entendez et voyez »  
L’occasion de faire, comme on dit, un retour sur la feuille de route de celui qui se réclame d’un prénom (Cristobal) lourd de responsabilité mais extrêmement beau dans sa signification originelle, à savoir : « porteur du Christ ».
Ainsi, lors de son installation, le nouvel archevêque de Rabat s’était déjà attaché à définir sa mission pastorale en quelques mots simples et directs mais en parfaite osmose cultuelle et culturelle avec la pensée du pape François :
« Je suis venu pour vous aimer. Le service principal que je vous offre n’est pas d’organiser une activité, diriger les paroisses ou entreprendre des initiatives pastorales, mais plutôt le service de l’amour. Mon tableau de marche aura comme point de référence le Pape François » .
GAUDETE ET EXSULTATE
Argumentant comme il a souvent coutume de le faire dans ses homélies, et cette fois à partir de l’exhortation  apostolique « Gaudete et exsultate » autrement dit « soyez dans la joie et l’allégresse », Cristobal (comme il demande finalement et simplement qu’on le nomme) a sans emphase, usant d’une rhétorique accessible à tous et illustrant son propos d’exemples forts puisés dans la vie de tous les jours, donné la pleine mesure de cette troisième séquence du temps de l’Avent préfigurant la finalité de l’Annonciation par l’ange.
Peut-être pas évident par les temps qui courent marqués par une rare et quasi générale violence planétaire affectant l’homme dans sa chair autant que dans son cœur.
Doit-on pour autant baisser les bras et se lamenter ?  
En filigrane de la pensée de Cristobal, (qu’il me pardonne cette diversion)  il m’est revenu ce texte du temps de retraite que je m’efforce de suivre, proposé par les pères dominicains, et notamment en ce troisième dimanche par le frère Xavier Loppinet du couvent de Rennes :    
« Jean-Baptiste est un prophète grand et petit à la fois. Les évangiles ne cessent d’évoquer sa taille ! « Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant, le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui. » Lui-même dit qu’il doit « diminuer ».
Pour nous, tous appelés à être prophètes (et on ne peut refuser cet appel impérieux quand il arrive), cette double dynamique est essentielle : petitesse et grandeur. C’est être grand que petit serviteur du Dieu très haut. Regardons les humbles, regardons quelle grandeur émane d’eux : une sorte de classe « hors catégorie », au-dessus de toutes les vanités de ce monde que peuvent représenter le rang social, les diplômes, la reconnaissance (tout cela étant bien sûr utile, quand c’est à sa place, au service du bien commun). Les humbles sont les grands de ce monde !
Cette humilité n’a pas son origine en elle-même : elle se nourrit de la contemplation de ce qui est plus grand. On est humble parce que l’on voit grand et juste. C’est parce que l’on sait qui est Dieu que l’on peut être soi, petit… et heureux de l’être. »


DANS LE FEU DE L’ESPRIT
Face à ce monde en folie, surtout ne pas désespérer insiste encore Cristobal préférant se nourrir de quelques beaux exemples puisés dans la vie de tous les jours : ces millions de couples heureux et de jeunes tout autant préoccupés par leur avenir ou par le souci d’aider autrui.
Le mal certes existe – dans le sens avoir une réalité - mais le bien aussi et surtout parce qu’il est générateur de source d’espérance :
« Combien de cœurs qui aiment et qui prient, rassemblés dans le feu de l’Esprit . »
Pour l’archevêque de Rabat, de Saint François de Salles à Don Bosco, le chemin de Dieu est tracé :
« La devise épiscopale que j’ai choisie, (« Adveniat regnum tuum » « Que ton Règne vienne »),  illustre ma conviction que l’objectif des chrétiens n’est pas de travailler pour l’Église, mais de construire le Règne de Dieu, un règne qui est de paix et de justice, de liberté et d’égalité, de vie et de vérité, de miséricorde et d’amour. Cette tâche,  nous devons l’accomplir ensemble avec tous les croyants et avec toutes les personnes de bonne volonté. »
Une devise que le cardinal, lors du « Notre Père », ce temps fort de la liturgie, a demandé  à ce que les fidèles ne la susurrent pas mais qu’ils la proclament.


NOUS AIMER 
Finalement, sa création au rang de cardinal n’a fait que fortifier son engagement inspiré de celui du pape François à savoir d’être « un père à aimer, un maître à écouter, un gardien à vénérer ».


Ce qui importe, c’est la recherche de la paix dans le respect de chacun et surtout de ses convictions au-delà de tout prosélytisme d’où qu’il vienne. 
En termes encore plus clairs et réitérés :
« Nous désirons être une Église présente, vivante et active. Nous souhaitons poursuivre et entretenir le dialogue avec les musulmans en favorisant l’évolution de ces sociétés vers un pluralisme religieux et vers la liberté de conscience. »


La conclusion laissons-là à notre hôte d’un jour et cela, dans le droit fil du rappel tout proche de la « Bonne Nouvelle »  réaffirmée devant le plus beau et le plus vrai symbole que représente la crèche pour les « hommes de bonne volonté » avides de paix :
 « L’important c’est de  nous aimer les uns les autres, de construire ensemble le Règne de Dieu, de marcher comme Église sur les chemins du dialogue et de la fraternité avec tous les croyants et les personnes de bonne volonté : voilà le noyau d’un projet qui n’est pas le mien, mais bien celui du Christ, de l’Évangile, de l’Église. »  

Bernard VADON

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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