A MARRAKECH YASMINA ALAOUI ET MARCO GUERRA :  Concerto pour une œuvre à quatre mains.

Publié le 18 Décembre 2019

Quand on parle de « personnage », entendons au sens propre et noble du terme, sinon singulier, Yasmina Alaoui, qui pour être née dans cette ville tout aussi singulière et fascinante de New-York et qui n’en a pas moins gardé, par le fait de ses origines familiales, des attaches avec le royaume chérifien, répond parfaitement à ce critère. 

Une personnalité qui ne se distingue pas seulement au plan du caractère mais aussi dans une approche artistique peu commune.

Pourtant, rien ne la destinait à ce choix dont aujourd’hui elle se réclame professionnellement.

A ses études de médecine elle ne donnera pas suite sinon que c’est bien grâce à l’option proposée aux étudiants, entre autres, et pour elle, à savoir celle de pénétrer le monde de la création par le biais de la sculpture. Un choix dans la droite ligne de Saint Paul dans son Épitre aux Romains qui affirmait « Ce que je veux, je ne le fais pas ; ce que je ne veux pas, je le fais ».

COMPLEMENTAIRES

En d’autres termes, lorsque le choix est fait il faut passer à l’action en pensant qu’il sera toujours temps de changer si on croit s’être trompé mais qu’en fin de compte, le choix se fait selon sa conscience. 

Yasmina Alaoui a, sans ambages, franchi le pas, considérant que ce choix ne reflétait  pas ses peurs mais bien ses espoirs, comme l’estimait Nelson Mandela.

Cet automne, au Macaal, le musée d’art contemporain africain à Marrakech, aux côtés de son mari, le photographe Marco Guerra, qui a collaboré aux magazines Vogue ou Condé Nast Traveller sans oublier les marques Levi’s et Ralph Lauren, et affichant lui aussi sa singularité  en expliquant  qu’il ne prenait pas à proprement parler de photos mais qu’il les « fabriquait », Yasmina Alaoui proposait ses dernières œuvres.

En « solo » ou en « collectif », les deux artistes restent manifestement complémentaires autant dans la gestuelle que dans l’utilisation de la couleur.

Ensemble et en parfaite harmonie, ils conjuguent tout ce qui se rapporte au concept de l’art : des perceptions aux sens en passant par le beau, traduction directe de l’esthétique. En somme, la parfaite analogie platonicienne entre ce qui est sensible et ce qui reste intelligible.

La « Poétique » d’Aristote n’est pas loin.

Dans son ouvrage référence « Méditations philosophiques » le philosophe allemand Alexander Baumgarten considère l’esthétique comme la science de la connaissance sensible.

Bien dans la pensée de Socrate qui entend associer le beau et le bien, les corps photographiés par l’objectif de Marco Guerra et  revisités par Yasmina Alaoui illustrent cette sorte de relation, sinon d’énergie, entre l’esthétique et le symbolisme. En quelque sorte un concerto pour une œuvre à quatre mains.

SYMBOLE

Dans les séries intitulées « Sédiments »  Yasmina Alaoui fait la démonstration de son penchant quasi naturel pour la sculpture en association artistique avec Marco Guerra qui s’efforce de  « saisir » son sujet dans une sorte d’hystérie maîtrisée qui a pour effet bénéfique, en matière d’art, de toucher plus à la création qu’à une banale reproduction. 

A Monaco, Londres, Paris, Dubaï, Shanghai et New York, sans oublier les collections privées, le couple se taille la meilleure part sur le marché de l’art contemporain.

Peut-être aussi - en tout cas pour moi au regard de cette œuvre commune  -  le prétexte à se nourrir de la pensée d’André Malraux qui estimait que l’art est le plus court chemin de l’homme à l’homme laissant à Paul Klee le soin d’élargir le propos de façon autrement philosophique :

« L’art, est à l’image de la création. C’est un symbole, comme tout le monde terrestre est un symbole du cosmos. »

 

Bernard VADON 

 

Leur nouvelle exposition commune intitulée « 1001 Dreams » complétée par une rétrospective de « Quatre Chapitres Marocains » de Marco Guerra sera présentée dans le décor de la  « Galerie Dar el Bacha et de « Khalid Art Gallery »  14 et 47 rue Dar el Bacha à Marrakech. Le vernissage se tiendra  jeudi 26 décembre à 18 heures).

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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