Vous avez dit espérance de vie ?  LES NONAGENAIRES ET LES CENTENAIRES RÉPONDENT EN FAISANT  LE BUZZ !

Publié le 21 Octobre 2019

Claude Sarraute : 90 ans évoque sa vieillesse avec autodérision dans son 13e livre intitulé : «Encore un instant». Tout un programme !

 

« Chercher Dieu, c’est la foi, le trouver c’est l’espérance, le connaître c’est l’amour, le sentir c’est la paix, le goûter c’est la joie, le posséder c’est l’ivresse. » disait Marthe Robin.

Qu’importe l’inédie – cette affection pour le moins singulière permettant de vivre sans absorber de nourriture ou de liquides – dont en particulier souffrait Marthe Robin, célèbre mystique catholique par ailleurs, et entre autres implications spirituelles, fondatrice des Foyer de Charité - cette quasi octogénaire grabataire a surtout fait  la preuve que la maladie et moins encore l’âge, ne sont pas des obstacles à l’accomplissement de destins d’exception.

Et rend autrement crédible ce proverbe :

« L’espérance d’avoir mieux, nous fait vivre et mourir vieux. »

Michel Bouquet : On dirait que les nonagénaires d'aujourd'hui ont la santé des octogénaires de la génération précédente. Les raisons sont liées aux progrès de la médecine, à la pratique régulière du sport et à une meilleure hygiène de vie.

TOUJOURS PLUS !

Et ces nonagénaires quasi centenaires en pleine forme, de plus en plus nombreux et non moins fédérateurs, font de plus en plus mentir des états civils quelque peu timorés en ajoutant chaque année qui passe une cerise sur leur gâteau d’anniversaire. 

Des anonymes de plus en plus nombreux et jaloux de leurs capacités physiques et intellectuelles précieusement conservées, à quelques célébrités dont l’écrivaine Claude Sarraute – qui dans son dernier livre non sans humour décalé réclame « Encore un instant »  sans parler de Jeanne Calment (112 ans) pour la performance ont de quoi donner des sueurs froides aux amateurs de viagers. Quant au nombre de centenaires, selon certaines estimations, c’est en millions qu’on pourrait dans le monde les chiffrer.

Robert Marchand ... S'il n'est pas le cycliste le plus connu, il est à tout le moins "un nom" dans le monde du vélo. Et pour cause, Robert Marchand, 107 ans et quelques mois est surtout le vétéran du cyclisme français et de son club l'Ardéchoise. 

Les « benjamins », les blancs-becs en quelque sorte, du plus célèbre, le Pape François, qui a seulement franchi la barre des 80 ans, à ceux qui allègrement sont en approche du chiffre mythique 100, dont la Reine Élisabeth II et autres Giscard d’Estaing, Henry Kissinger ou Jimmy Carter ou encore Michel Bouquet pour n’en citer qu’une infime partie, ils estiment encore avoir la vie devant eux.

Stéphane Hessel, corédacteur - en 1948 - de la Déclaration universelle des Droits de l’homme – disparu en 1917 à 102 ans -  n’appelait-il pas à une « insurrection pacifique » sur la base d’un slogan sans ambiguïté quant à son conseil : « Indignez-vous » ?

Aujourd’hui, dans son sillage, alors que se développe une tendance à privilégier le « toujours plus », d’autres nonagénaires ont relevé le défi sur le thème lancé par celui qui, déjà dénonçait sans égards pour les nantis l’écart grandissant entre les très riches et les très pauvres, l’état de la planète (eh oui !) , le traitement fait aux sans-papiers et aux émigrés.

Jean Malaurie – 96 ans aux prochaines cerises comme on dit – a pris allègrement la relève.

Il a lui aussi l’avantage de la notoriété mais combien d’anonymes sont dans la même dynamique.

Les papes Benoit XVI et François : Une relation forte et concertée

LES INUITS DE THULÉ

Jean Malaurie c’est aussi et surtout l’homme aux 31 expéditions polaires, fondateur de la collection « Terre humaine » et défenseur des peuples premiers.

C’est encore le géo-philosophe qui prévient :

« Ne pas devenir un peuple de fourmis manipulé par le verbe, l'image et l'informatique. Oser, résister et s'aventurer. »

Nos (jeunes) gouvernants actuels au-delà de leur suffisance pourraient en prendre de la graine. 

C'est en tout cas la philosophie de vie que Jean Malaurie poursuit depuis les années 1950. Notamment à l’exemple de son combat pour les Inuits de Thulé, les derniers esquimaux menacés par une scandaleuse base nucléaire au coeur de leur territoire :

"Lorsque les Américains ont installé sur ce bout de banquise une base militaire secrète, au mépris de ses premiers habitants, je me suis décidé à écrire Les Derniers Rois de Thulé, même si, à l'origine, je ne songeais qu'à rédiger des rapports secs et précis de scientifique. Je suis passé de la pierre à l'homme et j'ai tout focalisé sur la défense d'un peuple. Je les ai aidés et ils m'ont construit." » 

Le père fondateur de la célèbre collection « Terre Humaine » , réfractaire-résistant (lui aussi comme Hessel) à l’ordre nazi est un grand scientifique, géomorphologue devenu géo-philosophe, et défenseur résolu de l'alliance des sciences humaines et naturelles.

 

On retrouve ce même dynamisme chez la plus anonyme des nonagénaires Michelle Baudeu, 93 ans, habitante de Rouen, qui affirme n’avoir pas du tout l'impression d'être vieille.

 

Intarissable

Le combat d'un peuple pour préserver son identité. 

Les Inuit de l'an 2000 se lèvent. Voici enfin l'un des vraiment grands livres de voyage du XXe siècle. 

Selon Ronald Blythe, écrivain londonien : 

« C'est une histoire immense racontée avec une candeur absolue. » 

Quant à » Farley Mowat, écrivain à Ottawa : 

« Les Derniers Rois de Thulé est, sans aucun doute, l'un des livres les meilleurs, les plus lumineux jamais écrits sur les Inuit. » 

Bruce Jackson, Journal of American Folklore, New York estimant pour sa part : 

« Peu d'études sur le terrain réussissent à montrer une telle lucidité, vision et autorité qu'elles en deviennent des documents essentiels. »

Stéphane Hessel : Après son best-seller mondial "Indignez-vous!, Stéphane Hessel avait récidivé avec "Déclarons la paix ! Pour un progrès de l'esprit", une conversation avec le dalaï lama.

 

 

Finalement, un livre fascinant sur les Esquimaux de Thulé sur lesquels le nonagénaire Jean Malaurie est intarissable :  

"Voyageant seul, j'ai vécu plusieurs mois avec les Inuit - et comme les Inuit. On allait à la chasse, à la pêche ensemble. On partageait la soupe au sang. Peu à peu, ils ont cessé de se méfier et m'ont adopté. Ils pressentaient que leur société ancestrale était menacée et ont compris que je pourrais devenir en quelque sorte leur secrétaire, leur témoin irréfutable, leur avocat. Le plus dur fut de les amener à s'intéresser à eux-mêmes."

Pour cela, l’auteur dresse leur arbre généalogique, visite les foyers, mettant en évidence une consanguinité qui permettra d'expliquer et de traiter un taux anormalement élevé de stérilité. Il parle avec les femmes, les enfants, confesse les vieux. 

Jean Malaurie

 

En 1948, à Thulé, nom mythique pour les passionnés de la civilisation boréale ce sera  la révélation :

 « Après la nuit polaire hivernale, le jour reprend ses droits et la nature renaît. Les pavots arctiques, les feuilles rouille des rhododendrons (...) avec le soleil qui se lève, la toundra s'éveille." 

 

Jusqu'au mois de juillet, les déplacements sur la banquise se font en traîneau. Après, il faut utiliser les canots. 

Jean Malaurie évoque ces paysages non sans une profonde dévotion : 

"Ce qui reste à fleur de ma sensibilité, c'est l'eau vive des torrents, la splendeur multiple des fleurs lors du printemps, le crissement de la banquise dérivante." » 
Pour ouvrir Les Derniers Rois de Thulé, ce livre où il raconte cette mission de 1950-1951, Malaurie cite encore Jean Giono : 

"On ne peut, je crois, rien connaître par la simple science; c'est un instrument trop exact et trop dur. Le monde a mille tendresses dans lesquelles il faut se plier... Seul le marin connaît l'archipel." 

Une phrase qui définit parfaitement la méthode de Jean Malaurie et partant celle de ces nonagénaires de plus en plus nombreux à faire mentir les plus élémentaires poncifs et comme on dit couramment dans le langage des « start-up » :  faire « le buzz » !

Robert Badinter

 

Un de mes amis quelque peu sceptique me fait remarquer qu’il s’agit d’exceptions. Certes. 

Mais une opinion que je complèterais par le fait qu’elles confirment aussi et par ailleurs la règle juridique latine : « exceptio probat regulam » … « l’exception qui confirme la règle ».

 

Le mot de la fin (si j’ose) je l’accorderai à Jean d’Ormesson – disparu à 92 ans … eh, oui  -  ce sympathique et néanmoins censé « cabotin »qui qualifiait la vie de « miracle banal », invoquant à son propos la formule selon laquelle elle est l’ensemble des forces qui résistent à la mort.

Tout est dit.

 

Bernard VADON

 

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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