NAHLA BAHNINI - Domaine viticole de Baccari - ou quand le cœur d’une femme bat la chamade  pour le noble produit de la vigne.

Publié le 5 Août 2019

 

NAHLA BAHNINI - Domaine viticole de Baccari - ou quand le cœur d’une femme bat la chamade  pour le noble produit de la vigne.

 

 

Il est, comme en tous domaines et en toutes occasions, des rencontres singulières, à la limite de l’improbable quant à seulement imaginer sinon une continuité, en tout cas une expérience relationnelle si fugace soit-elle.

Nahla Bahnini dans toute l’acception du terme, d’origine libanaise, illustre, en même temps que cet exemple, une féminité pleinement accomplie.

Entendons, dans le bon sens du terme.  Mieux, à la manière de Montaigne.

En tout cas, sans rapport avec la femme que célèbre Serge Lama à l’instars d’autres adorateurs d’un sexe sans raison fondamentale considéré comme faible. Allons donc !

Un parcours professionnel sans faute et à haute responsabilité dans le domaine du verre en qualité de directrice de l’Export chez Saint-Gobain jusqu’à ce que la providence intercède - restons dans l’inattendu -  afin de modifier l’itinéraire d’un chemin de vie au demeurant bien tracé.

Une affaire de famille comme en témoigne ce projet partagé avec son époux Amine Bahnini,  praticien dans la capitale française et par ailleurs propriétaire d’un domaine familial du côté de Meknès, au Maroc, dans cette belle province d’El Hajeb, sur les contreforts du Moyen-Atlas, à 650 mètres d’altitude. 

Situation idéale pour le domaine Baccari – sorte de contraction aussi énigmatique qu’ heureuse du joli nom d’une fleur, « la Baccharis », une plante de la famille des vivaces herbacées proliférant dans les régions tropicales et sub-tropicales de l’Amérique du Sud où elle est aussi appelée « carqueja ». 

Outre dans le sud-est brésilien, elle croît également au Chili, en Argentine et en Bolivie. Mais sa région de prédilection reste le sud-est brésilien où elle s’accommode des zones marécageuses de la forêt amazonienne jusqu’à environ 3000 mètres d’altitude où depuis toujours les indigènes exploitent ses diverses vertus thérapeutiques.

Il a suffi de supprimer deux lettres pour obtenir ce nom original à la sonorité spécifique qui n’est pas sans rappeler l’accent des habitants des bords de l’Arno à Florence. Baccari. 

SINGULARITE

Une référence linguiste pour donner corps à un rêve un peu fou à l’initiative d’une femme tout aussi à l’aise au milieu des chais qu’elle ne le serait dans quelques salons parisiens ou casablancais. 

Mais la modestie et la simplicité  ne sont pas les moindres qualités de ce métier de la terre essentiellement réservé aux hommes. Une spécificité vigneronne dont Nahla Bahnini est parfaitement consciente et qui la rend plus déterminée dans sa démarche de femme responsable.

Et pour ajouter à cette sympathique singularité, elle a ouvert, en priorité, les portes de son entreprise aux femmes.

Une action profondément humaniste et sociale dans un pays où  la femme n’a pas particulièrement droit, si l’on peut dire,  au chapitre. Qui plus est dans un domaine privilégié, celui du vin.

Pourtant il est maintes fois reconnu que les femmes autrement que leurs homologues masculins ont ce « nez » souvent infaillible qui leur donne raison dans certains choix.

Car, avec le vin, on ne plaisante pas.

Et comme l’a fort bien exprimé une sommelière réputée, Pascaline Lepeltier, après une dégustation pour le moins exceptionnelle d’un Château d’Yquem 1937 ( !) :

« C’est le vin qui parle ! » 

CRITERES FONDAMENTAUX

Justifiant d’une connaissance agronomique acquise sur le tas qui lui a par ailleurs permis d’assimiler les mille et une subtilités d’un vin qu’elle souhaite d’exception  et que Nahla Bahnini s’efforce « d’élever » selon des critères biologiques draconiens.

Une formation compliquée mais captivante, conduite à ses débuts sous l’autorité éclairée et bienveillante de Stéphane Derenoncourt,  un consultant en vins rencontré – encore et toujours la providence - lors d’un dîner et qui fut conquis par l’exaltante démarche du couple.

 

Durant trois années, le domaine connaîtra d’importantes transformations. Une manière de domestiquer ce terroir argilo calcaire grâce, en particulier,  à la réduction de la production et à un arrosage circonstancié. 

Ici, les engrais chimiques et autres pesticides et insecticides sont bannis et les eaux usées systématiquement. traitées. L’objectif : une culture biologique propre à mettre en exergue des cépages dument sélectionnés, du Cinsault au grenache en assemblage pour le rosé en passant par le Syrah et le Cabernet Franc  pour le rouge, cru aujourd’hui millésimé. Depuis peu, le blanc est venu compléter la gamme. (1)

INCANTATION

Quant au raisin, il est récolté manuellement et le vin obtenu est vieilli en fûts de chêne durant 18 mois. Nous ne sommes pas très loin des critères fondamentaux romains et phéniciens qui en d’autres temps ont ici prévalu.     

Techniquement, une première vinification a pu être réalisée dans les caves de La Ferme Rouge, un domaine ami et proche,  avant que l’opération, deux ans plus tard, ne se réalise dans les caves du domaine.

 Finalement, on rêve car dans l’univers du vin le rêve a sa part de vérité. Et la réalité se joue parfois de la fiction. Parce qu’il est encore un monde où le miracle n’est pas  une simple vue de l’esprit même si au fond, c’est un peu dans une forme de spiritualité que le mystère se nourrit de la quintessence suprême.

Il y a dans cette quête de joie du vin comme du Mallarmé mais aussi du Baudelaire et surtout du Rimbaud pour chanter à la manière quasi inégalable d’un Umar Khayyâm les mille et un mystères du travail de la vigne.

Ou encore plus contemporain, un Mohammed Bennis dans une incantation évanescente :

« Le soir

Est un champ qui me rappelle Hölderlin à Bordeaux 

Des vignes suivent la trace des parfums

Pour toi le souffle du vent

Nous sommes venus jadis

Avec des rejetons des vignes de Cordoue. » 

Bernard Vadon

  1. Pour le rosé, Nahla Bahnini a imaginé un flaconnage original tout en rondeur, dessiné par Chantal Thomas et réalisé par Saint-Gobain -emballage. On y retrouve le fameux col Claudine, signature de la célèbre créatrice de mode. Sur les bouteilles du rouge cuvées premières de Baccari, la pièce phénicienne est comme un clin d’œil aux origines de celle qui préside aux destinées du vignoble qui devrait s’enrichir de la production d’huile d’olives. A suivre.  

 

 

 

  L’AVIS DU SOMMELIER
BORIS BILLE

 

Rosé Première :Un rosé du Maroc qui crée l’événement, le  So girly, dans son élégant flacon dessiné par Chantal Thomas. Une robe rose séduisante et lumineuse, en bouche une belle fraîcheur, un fruit discret laissant le bonbon anglais vous emmener dans son univers pop.
A déguster avec la cuisine asiatique, les sushis, par exemple.

 

Rouge
Coup de cœur pour le rouge Baccari profond aux arômes de fruits mûrs, avec une belle pointe d’épices, en bouche, une trame remarquable, des tanins fondus, une belle puissance. 
Accompagne une pièce de bœuf de Matsusakas. 

Il est préférable de le mettre en carafe avant de le servir.


 

DOMAINE DE BACCARI

Région de Meknès
Tel : +212 6 68 12 50 17

info@domainedebaccari.com

 

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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