Combien d’autres avant MM. Benalla et de Rugy  - publiquement défenseurs de l’indéfendable - ou quand la République se gave de scandales à répétitions.  Demain sera-t-il (enfin) un autre jour ?

Publié le 24 Juillet 2019

"Croix de bois, croix de fer ..."

 

D’aucuns, à la veille d’une nouvelle présidence, nous annonçaient la fin de « l’ancien monde » et l’avènement sur les fonts baptismaux républicains d’un « nouveau monde ».

A ce jour, on pourrait se poser la question de savoir ce qui a vraiment changé sinon le renforcement d’un système vicié qui a encore de beaux jours devant lui. En témoignent l’amateurisme de la classe émergente de ces nouveaux élus pour la plupart immatures mais pas dépourvus d’arrogance (exception faite pour quelques vieux chevaux de retour plus soucieux de préserver leurs arrières en épousant une formule en marche avant qui, reconnaissons-le, a fait florès sur l’incroyable crédulité de certains électeurs bien naïfs). Ceux qui, après les couleuvres, se doivent d’avaler maintenant l’amère pilule.  

L’effet est garanti vu de l’étranger – nous pouvons en témoigner – où l’exemple de la porte-parole de ce singulier gouvernement et de ses accoutrements  pour le moins originaux (restons aimables)  que ne désavouerait  pas un Jean-Paul Gaultier passé maître dans l’art de surprendre en matière vestimentaire, est avéré. Constatation dont la sévérité est  faite au seul regard de la fonction.

Touche pas à mon "pote" !

Les thuriféraires des plateaux de télévision sur lesquels le contraste entre les rares vestons cravate et la mise dépenaillé de journalistes et éditorialistes en goguette médiatique, est de plus en plus évidente et hallucinante dans cette extravagance politique. 

Il est vrai que l’exemple vient d’en haut et particulièrement d’un maître du jeu aux pouvoirs exagérément régaliens qui, l’an dernier par exemple, n’a pas hésité, lors de la fête de la musique, à livrer le Palais de l’Élysée à une bande de pseudos musiciens excités et grossiers.

Depuis, les choses n’ont guère l’air de s’arranger. La liste des ministres remerciés ou partant volontaires et de quelques proches collaborateurs du pouvoir emportés dans la tourmente, atteste d’une exemplarité pour le moins fantôme. Comme partout, l’exception confirmant la triste règle.

Il ne manquait plus que l’épisode surréaliste de la prestation de l’ex ministre de la transition écologique sur Antenne 2, un monologue pitoyable face à un journaliste incapable (ou empêché) de poser les bonnes questions (en marge de la dégustation du homard et du grand cru à 500 euros la bouteille) dont celle concernant le licenciement sans préavis de la préfète-collaboratrice du ministre qui doit se demander si elle ne rêve pas… comme d’ailleurs bon nombre de citoyens. 

Et tout ce charivari au mépris du dicton qui affirme que si la parole est d’argent le silence est d’or.

Tempête dans un verre d’eau pour les uns ou, pour d’autres, graves manquements à une déontologie élémentaire. Pour ma part, il me semble, modestement, qu’on devrait plutôt entrer en politique comme on entre en religion. Par vocation et non par carriérisme.

Quant aux journalistes laissez-les faire leur travail car les fossoyeurs de la République ne sont pas ceux que l’on croit.  

Vous avez dit  désenchantement ?   

Dans ce monde pas aussi nouveau que le pouvoir en place et ses fidèles semblent l’affirmer, les pensées d’un homme dont j’ai déjà eu l’occasion, de louer ici même les mérites me sont revenues en mémoire.       

« LES VOYAGES DE GULLIVER »

Le mensonge se calcule, se pèse, se distille et se proportionne ...

Cet homme aurait aujourd’hui 346 ans mais sa pensée, sinon ses pensées, font toujours mouche. Aujourd’hui plus que jamais.

Une de ses œuvres notamment intitulée« Les Voyages de Gulliver » lui a ouvert les portes de la postérité..

Il s’agit de Jonathan Swift – satiriste irlandais au XVIIème siècle – qui en sont temps se distingua dans une manière de pamphlet (moins de 90 pages) qui n’a pas pris une ride.

Une paternité discutable (un certain John Arbuthnot en aurait été l’auteur pour finalement être attribué à Jonathan Swift) mais finalement  peu importe le flacon pour vu qu’on ait l’ivresse !

Et l’effet est garanti lorsqu’on distille quelques-uns des onze chapitres composant l’ouvrage. (voir l’analyse en fin d’article).

Comme quoi, quelques pages bien senties sur un sujet sensible peuvent impacter un comportement social à la dérive.

Pour le meilleur et pour le ... pire !

En la circonstance, la désignation d’un leader – en l’occurrence politique – est le meilleur exemple qui soit dans le propos dont traite Swift sous ce titre qui dit tout : l’art du mensonge :

«Le mensonge se calcule, se pèse, se distille, se proportionne. Le texte s’emporte alors contre les journalistes, « nouvellistes ou gazetiers », ces menteurs grossiers, et « leur petit talent, leur manque de génie à débiter du mensonge ». Et au parti qui aura trop et mal menti, entamant ainsi sa crédibilité, le traité propose une cure originale d’inspiration médicale, se mettre au régime sec, sans boniments, se contraindre trois mois durant à ne dire que des vérités, pour regagner chèrement le droit de mentir à nouveau, en toute impunité. Hélas, se plaint l’auteur, jamais on ne trouva parti ou homme politique qui supportât un tel régime. » 

MENTIR VRAI

Dans « Le Mentir vrai » Jean-Jacques Courtine, en ouverture du texte de Swift, donne ainsi le ton sinon la méthode du mensonge qui, contradictoirement, n’en est pas un.

Tout un art qui se joue de la subtilité de l’évidence.

A l’exemple du fameux « Moi, président ! » ou encore de l’énigmatique « Rien changer pour que tout change »déclamé en manière de « changement de monde » (déjà)  sur un ton que n’auraient pas désavoué André Malraux ou encore Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud, et qui pourrait être le prétexte  à la plus mauvaise tirade sur l’air de Cyrano de Bergerac alias Edmond Rostand. 

Un mensonge de trop et encore frais dans les mémoires tant il dépasse l’imaginable dans le genre.

«Croix de bois, croix de fer si je meurs je vais en enfer ! »

Cet engagement puéril qui animait nos certitudes enfantines et camouflait nos mensonges à l’image de ceux de Pinocchio s’est aujourd’hui mué en un véritable droit du menteur dont usent et abusent la plupart des femmes et hommes publics.  

Dévorés par la soif du pouvoir et accessoirement – puisque l’un ne va pas sans l’autre – de l’argent, il n’est aujourd’hui  guère d’hommes et de femmes politiques qui ne soient pas confrontés, en toute impunité d’ailleurs, à leurs mensonges, dilapidations des deniers publics en prime. Nous sommes au cœur du cyclone.

 Au-delà de la « consubstantialité religieuse » et comme l’écrivait Jean Dutourd :

« Le mensonge est aussi consubstantiel à la politique que l’alcool à la soif. »

Ainsi, celui qui a connu les pires défaites repart à coup sûr et sans scrupules à l’assaut d’un bastion ou d’une charge perdus qu’il avait assuré ne plus endosser.

De la droite à la gauche en passant par le centre, ils sont tous logés à l’enseigne du mensonge. Sans exception. Avec pour caisse de résonance les plateaux de télévision et autres micros radiophoniques face à des interlocuteurs étrangement, ou de façon intéressée, complaisants. On ne crache pas impunément dans la soupe.

La théorie ou le raisonnement de René Girard sont infaillibles en la circonstance : qu’importe si de Cervantès à Dostoïevski en passant par Stendhal, Flaubert et Proust, le même visage de l’homme a été dépeint, tous ont révélé la même vérité, à savoir que cette vérité est paradoxalement l’inauthenticité de l’être humain.

Romantiques et existentialistes se rencontrent dans une même illusion de la « personne ».

Chacun se croit « soi » conduit par son destin ou sa volonté.

Je désire cela est une affirmation dont l’immédiateté est apparemment la même que le « cogito » … 

Cela ne vous rappelle t-il rien ?

Une société de menteurs

Parmi les nombreux conseils donnés par Jonathan Swift en matière de mensonges politiques, il convient de soustraire les mensonges à toute vérification possible, de ne pas outrepasser les bornes du vraisemblable et de faire varier les illusions à l'infini et enfin d’instituer une véritable société des menteurs pour rationaliser la production de mensonges politiques. (sic)

Jonathan Swift enfonce le clou :

« Il n'y a point d'homme qui débite et répande un mensonge avec autant de grâce que celui qui le croit. Un mensonge d'épreuve est comme une première charge qu'on met dans une pièce d'artillerie pour l'essayer; c'est un mensonge qu'on lâche à propos, pour sonder la crédulité de ceux à qui on la débite. Le moyen le plus propre et le plus efficace pour détruire un mensonge est de lui opposer un autre mensonge. »

Dont acte et messieurs (et mesdames) les menteurs et surtout à vos manuels. Ensuite, que le plus retord gagne !

Et gare à la multitude des gogos qui affirment qu’on ne les y reprendra plus oubliant que les menteurs professionnels maîtrisent parfaitement l’art de faire croire aux faussetés hypocritement qualifiées de salutaires.

En d’autres termes, pour ces pseudos nantis et malhonnêtes dont aujourd’hui regorge la société, la transparence n’est pas pour demain. Quant à la tenue de la porte-parole, c’est, à côté de ces insupportables scandales, du pipi de chat, dont on se passerait bien entendu.

Enfin, qui a parlé du « drame » de l’abstentionnisme ou de façon plus actuelle de « populisme ».  Pire, de défiance à l’égard de l’étrange personnel politique ?

En tout cas, prenons garde car le processus est engagé et façon de dire on ne vous en remerciera jamais assez, mesdames et messieurs les politiciens, de ce désastre annoncé.

Bernard VADON

 

 

 

Analyse proposée de l’ouvrage  de Jonathan Swift 

Dans le premier chapitre de l'œuvre de Jonathan Swift, (qui en comprend onze) la nature de l'âme importe.

Ainsi, le mensonge vient du fait que l'âme possède non seulement un côté « plat » qui restitue les choses telles qu'elles sont mais aussi un côté « cylindrique » qui déforme les faits.

Dans le second chapitre, Jonathan Swift définit le mensonge en politique comme « L'art de convaincre le peuple » et « l'art de lui faire croire des faussetés salutaires et cela pour quelque bonne fin ».

Dans un troisième chapitre, il montre que le mensonge en politique est non seulement permis mais aussi licite.

Dans un quatrième temps, l'auteur explique que le gouvernement, ou le corps politique dans son ensemble, n'a pas l'exclusivité du mensonge puisque le peuple peut aussi l'utiliser pour combattre ses représentants (notamment, par l'invention de fausses rumeurs visant à nuire à la réputation d'un homme politique).

Le cinquième chapitre définit, quant à lui, une typologie des différents mensonges :

Le mensonge de « calomnie » (qui a pour objet la diffamation), le mensonge « d'addition » (qui a pour but de prêter à un individu des actions bénéfiques dont il n'est pas l'auteur) et enfin, le mensonge de « translation » (prêter ses actions à un autre que soi).

Dans le sixième chapitre, l'auteur opère une distinction entre deux types de mensonge : le mensonge « qui sert à épouvanter » et « celui qui anime et encourage » Puis, dans le même temps, il précise que les mensonges doivent non seulement faire preuve de vraisemblance, mais aussi varier (il ne faut pas toujours utiliser les mêmes).

On en sait quelque chose par les temps qui courent.

Dans le septième chapitre, Jonathan Swift cherche à savoir lequel des deux partis politiques de l'époque (les Tories et les Whigs) est le meilleur dans le domaine du mensonge politique. Il conclut que les deux sont aussi doués et qu'il existe en particulier quelques génies remarquables dans les deux camps dont il exalte les talents dans le chapitre suivant.

Dans ce même chapitre, l'auteur décrit, non sans ironie, son projet d'organiser une société qui rassemblerait différents corps de menteurs, sorte de lobby qui aurait pour but de divulguer exclusivement de fausses informations.

Le neuvième chapitre analyse la durée et la célérité des mensonges (complété de conseils sur les moyens à employer pour qu'un mensonge soit divulgué rapidement mais retombe vite ou bien qu'il pénètre, au contraire, doucement mais longtemps.)

Dans le dixième chapitre, l'auteur analyse les marques caractéristiques du mensonge et affirme qu'il est capable de reconnaître, par sa forme même, l'auteur du mensonge.

Enfin, le dernier et onzième chapitre, le plus croustillant, Jonathan Swift cherche à savoir s'il vaut mieux combattre un mensonge par la véracité ou par un autre mensonge mais conseille la seconde méthode !

 

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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