AMINA BENBOUCHTA : Une histoire artistique si particulière.

Publié le 4 Juillet 2019

 

En découvrant les œuvres d’Amina Benbouchta difficile de ne pas pencher dans l’étrangeté freudienne et par référence, dans la conception psychanalytique du moi.

En somme, la topique (forme de représentation du fonctionnement de l’appareil psychique)  freudienne du ça, du moi et du surmoi.

Une quasi destruction du sujet humain façon Kant ou Descartes. 

Pour Sigmund Freud, voyageur de l’inconscient, le « ça » :

« C’est la partie la plus obscure, la plus impénétrable de notre personnalité. Lieu de chaos, marmite  plein d’émotions bouillonnantes. Il s’emplit d’énergie, à partir des pulsions, mais sans témoigner d’aucune organisation d’aucune volonté générale ; il tend seulement à satisfaire les besoins pulsionnels, en se conformant au principe de plaisir. Le ça ne connait et ne supporte pas la contradiction. On y trouve aucun signe d’écoulement du temps. »

D’ailleurs c’est bien par le truchement de l’artiste que Freud (père de la psychanalyse) définit le mieux les désirs pulsionnels.

Et le « ça » est bien à l’origine des pulsions et partant, le déclencheur quasi naturel de l’instinctif et de l’inconscient.

ALLEGORIE

On entre résolument dans le rêve et son interprétation ne connait pas plus de règles de temps que d’espace. L’interdit est également et totalement annihilé. 

Seule subsiste, dans ce fonctionnement singulier, l’énergie psychique conditionnée par la sexualité mais aussi une forme d’agressivité pour accéder au plaisir immédiat.

Un processus mental élaboré dans les méandres mentaux de l’enfance et de l’adolescence.

Toujours selon Freud :

« Le moi a pour mission d’être le représentant  de ce monde aux yeux du ça pour le plus grand bien de ce dernier. En effet, le moi, sans le ça, aspirant aveuglément aux satisfactions instinctuelles, viendrait imprudemment se briser contre cette force extérieure plus puissante que lui. Le moi détrône le principe de plaisir, qui, dans le ça, domine de la façon la plus absolue. Il l’a remplacé par le principe de réalité plus propre à assurer sécurité et réussite. »

Une évidente histoire personnelle, « On the edge »(sur le bord), comme le définit Amina Benbouchta – native de Casablanca, diplômée d’anthropologie, études aux Beaux Arts de Paris -  qui pourrait s’apparenter à une forme d’allégorie où excellent l’abstraction mais aussi une forme de morale. (1)

A travers le miroir, la photographie est pour l’artiste l’autre côté de la  peinture, mais c’est un couple inséparable. Ce qu’elle refuse à dire dans la peinture se réfugie (c’est son propre verbe) dans ses photographies :

« Le vrai c’est le beau et le beau c’est le vrai. Je recherche le ton et la juste teinte du vrai, les mouvements vrais, les sentiments vrais pour faire du théâtre sans être théâtrale ; rester intègre. Absolument. »

L’AFFIRMATION DE SOI

Les lieux  « On the edge » (selon sa propre définition)  ou « sur le bord », imposent, en quelque sorte, des frontières qu’Alice, étrange personnage-témoin, peut franchir à sa guise :

« J’ai créé ce personnage qui est en moi mais qui est une mise en scène personnelle. Je dirais qu’il vit en moi, caché,  et peut transgresser, se dépasser. »explique Amina Benbouchta.

Les artifices, sinon les « prétextes » à cette démonstration, sont multiples : de l’abat-jour au corset géant en passant par le banal chapeau ou un simple grillage. L’objectif consistant ( semble t-il ) à simuler une sorte d’emprisonnement illusionnel, cosmologie primaire inhérente à la perception des choses. Le vécu du rêve s’opposant à la reconstruction psychosensorielle de l’univers dans une recherche expérimentale personnelle.

D’ailleurs, Amina Benbouchta  tient à nous rassurer :

   « Mon personnage ne manque pas d’humour : son meilleur ami n’est-il pas un kangourou (ou un lapin) tapi dans l’ombre ? Toujours en décalage avec le réel en prise directe avec la dérision. C’est ainsi que j’aime raconter l’histoire. »

Marcel Duchamp affirmait pour sa part :

« L’art est la seule forme d’activité par laquelle l’homme en tant que tel se manifeste comme un véritable individu. Par elle seule, il peut dépasser le stade animal, parce que l’art est un débouché sur des régions où ne domine ni le temps, ni l’espace. »

 

Espérons simplement et contrairement à l’autosatisfaction de trop d’artistes s’estimant « aboutis », qu’Amina Benbouchta, sur sa trajectoire artistique et émotionnelle, se cantonnera, non sans une certaine et louable humilité, dans l’éthique « dalienne » (Savador Dali) lorsqu’il confessait ne pas être le meilleur mais le moins mauvais.

Avec en filigrane cette autre règle, que j’apprécie personnellement, et signée celle-là Oscar Wilde :

« Le devoir et le privilège de l’artiste est l’affirmation de soi. »

 

Bernard VADON

 

 

 

  1. / Galerie Dar El Bacha – 47 Dar El Bacha- Marrakech -

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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