« LOURDES », LE FILM ÉVÉNEMENT : « OUI, MAIS N’OUBLIONS PAS L’ESSENTIEL ! »

Publié le 14 Mai 2019

L'espérance est bien le mot qui sauve ...
L'espérance est bien le mot qui sauve ...
L'espérance est bien le mot qui sauve ...
L'espérance est bien le mot qui sauve ...
L'espérance est bien le mot qui sauve ...

L'espérance est bien le mot qui sauve ...


Il est des expressions qui s’affranchissent du temps pour finalement entrer dans le dictionnaire anecdotique de l’Histoire.

Le célèbre « oui, mais …  » de Valéry Giscard d’Estaing au général De Gaulle, lequel ne manqua pas de s’en formaliser sinon de s’en irriter, est un exemple, entre autres, de ce que l’on peut sémantiquement utiliser en certaines circonstances mais avec toujours une souhaitable nuance.

Le film événement sur Lourdes, récemment sorti sur les écrans, le seul de ce genre traitant de la cité mariale et qui n’a pas de mal à se démarquer d’autres réalisations tenant plus de la pantalonnade – en l’occurrence et pour ne citer que celui-là - « le Miraculé »de Jean-Pierre Mocky qui aura brillè plus par sa distribution prestigieuse, de Michel Serrault à Jean Poiret en passant par Jeanne Moreau (qui récolta pour la circonstance un César de la meilleure actrice) et sa satire du mercantilisme, que par le message qui se dégage de ce lieu pas tout à fait sinon pas du tout comme les autres où la bagatelle de 3 millions de pèlerins, chaque année, se retrouvent devant l’entrée d’une grotte ordinaire où, par un mois glacial de février 1858, la Vierge Marie est (pour d’autres moins crédules, serait) apparue à Bernadette Soubirous. 

Une grotte ordinaire ...

Un sujet inouï qu’aucun réalisateur n’avait sérieusement, et jusqu’à aujourd’hui, exploité. Une forme de miracle sinon un pied de nez de l’Au-Delà qui n’a pas choisi, en 2019, pour s’attarder sur ce mystère, un chrétien pur et convaincu, mais deux cinéastes, Thierry Demaizières et Alban Teurlai, l’un athée, l’autre agnostique. Pas moins.

Saint Paul avait bien raison lorsqu’il affirmait que les voies du Seigneur sont impénétrables !

REEL ET IMPALPABLE

La singularité affichée de mon rapport avec Lourdes et de sa région où nous résidons une partie de l’année après y être arrivés il y a plus de 20 ans, guidés par la Providence plutôt que par le hasard  (auquel de toutes façons je ne crois pas), est une source permanente de questionnements. Au pluriel, à dessein

Entre cet ami surpris par ce choix de résidence et qui sous l’angle de la moquerie nous soupçonna de vouloir (miraculeusement, c’est évident) changer un jour notre modeste voiture en Ferrari et cet autre ami, Paolo Coello, qui avant de connaître la gloire littéraire que l’on sait avec « L’alchimiste », promit à la Vierge, si toutefois elle contribuait à son succès (alors qu’il tirait, avec son épouse, le diable par la queue) de s’installer dans la région et qu’il viendrait alors régulièrement lui rendre « visite » c’est, on l’imagine, vers ce dernier qu’alla notre préférence. 

Au fond, cette vision de Lourdes, de par sa qualité spirituelle spécifique, n’a jamais eu de cesse de m’interroger. Et lorsque depuis la fenêtre de mon bureau, à une heure avancée de la nuit, je discerne dans la nuit étoilée du Béarn les lueurs clignotantes de la croix du Pic du Gers surplombant le site, une étrange sensation se saisit de moi. Inexplicable mais physiquement bien réelle.  

Lourdes, comme le laissent entendre les deux réalisateurs sans déroger à l’émotion que suscitent certains de ces « portraits » réalisés par Demaizières et Teurlai, n’est effectivement, et je dirais mieux, affectivement pas celui que l’on croit. En même temps réel et impalpable. Troublante parce que proche et lointaine mais étonnamment présente et émotionnante. 

En guise d’affiche du film, la main posée sur la roche de la grotte usée par la multitude de ceux qui, depuis plus de 160 ans, la caressent à la recherche d’une mystérieuse énergie sinon d’une guérison physique ou morale pour soi-même ou ce qui souvent le cas pour d’autres , donne la mesure de ce pouvoir hautement spirituel qu’il n’est point besoin d’être instruit ou docteur en théologie pour ressentir. Bien au contraire. 

La pauvreté dans tous ses états – physique ou morale -  est une porte ouverte sur cet « autre aspect » mystérieux qui se dégage de cet environnement peu amène mais paradoxalement attirant parce qu’engoncé au milieu des montagnes qui l’enserrent jusqu’à ce fleuve Gave qui la traverse parfois impétueusement à devenir dévastateur.  L’épisode de la femme hémorroïsse  raconté dans les, trois évangiles laquelle fut miraculeusement guérie par Jésus le jour de Kippour alors que – symbole de la foi – elle venait simplement de toucher son vêtement illustre cette certitude que  Dieu ne nous perd jamais de vue et que le meilleur signe qui soit ici donné est celui de l’espérance. 

Le meilleur signe est celui de l'espérance.

UNITE DANS LA DIVINITE

Soixante dix miracles en 160 ans ce n’est pas extraordinaire mais et comme le confie un pèlerin évoquant le Vierge : « Nous sommes trop nombreux comment voulez-vous qu’elle fasse  » !

Au-delà du minutieux et intéressant travail d’anthropologie effectué par les réalisateurs de « Lourdes » il semble – modeste analyse – que l’explication  - si explication il y a - est ailleurs tout comme la lecture élémentaire du miracle. Non pas dans une concrétisation spectaculaire et finalement bénéfique pour l’institution mais de façon plus éclairante – au sens biblique de l’adjectif – sur les visages tout particulièrement ceux des malades qui se sentent regardés « normalement » que des bénévoles de tous âges dont un nombre de jeunes qui donnent à l’humain toute sa signification. Voilà peut-être le véritable visage de Lourdes, ces sourires sur des visages apaisés pour certains ; rayonnants pour d’autres, sous l’effet unificateur de la lumière spirituelle.

Ainsi, sur le site marial la misère physique ou morale n’est pas le moins du monde palpable. Cependant, le lieu « respire » la sérénité, on n’ose dire une joie communicative ;  la personne humaine retrouve ici toute sa plénitude, son importance : je suis et surtout j’existe en tant que tel.

Une sorte de référence troublante à l’unité dans la divinité.

Car l’espérance est bien le mot qui sauve et donne un sens à toute vie ; en somme, le miracle permanent de Lourdes grandeur nature humaine. A l’exemple de cette gitane qui simplement et sans exaltation laisse échapper ce cri du cœur à propos de « la foi qui renverse les montagnes ».Mais les réalisateurs qui ne semblent pas vouloir se laisser enfermer  pourraient à leur façon reprendre le fameux « oui, mais » de Giscard à De Gaulle : oui à la reconnaissance de l’extraordinaire mais pour ce qui est d’adhérer à la cause c’est une autre affaire. D’ailleurs dans une louable et respectable honnêteté intellectuelle ils rejettent toute conversion personnelle et assurent qu’ils ne reviendront jamais. Dans une interview, tout en reconnaissant l’impact émotionnel sur les personnes ils restent dans une sorte de défensive, confiant :   

 « Ce sont des valeurs qui nous ont frappés. La compassion, l’empathie, la solidarité mais aussi l’espérance. Ce n’est pas l’espérance que l’on avait imaginée. Par exemple, la prière à la Vierge de celui qui est vraiment condamné à cause de sa maladie de Charcot est d’oser demander le miracle. Il n’ose pas le demander quand il songe à ceux qui sont plus malades que lui. Nous avons donc aussi fait un film sur l’espérance. Ce qui nous a d’ailleurs le plus marqués est la relation entre hospitaliers et malades, où nous sommes effectivement dans la compassion. Nous avons voulu faire un film sur la condition humaine, plus que sur la foi. On est allé au cœur de l’humain qui donne ce concentré d’humanité au film. Notre vision était qu’au pied de la grotte, ou dans les piscines, les gens étaient bénis au sens propre comme au sens figuré, qu’il y avait un rapport assez fort à la vérité, parce que la mort n’est pas loin peut-être. Les gens ont besoin de ne pas être seuls, d’être regardés comme des personnes. C’est cela que nous voulions filmer. Après, chacun a son regard. Les croyants voient dans les personnes sortant des piscines quelque chose de transcendant, d’autres une forme de plénitude. »

Compassion, empathie et solidarité.

LE DERNIER MESSAGE DE MEDJUGORGE

Comme l’affirmait Galilée en une réponse mythique mais en des circonstances différentes quant à la rotondité de la terre (il n’était d’ailleurs pas le premier à l’avoir découvert)  dénonçait plutôt une forme d’intolérance : « e pur si muove ».. (et pourtant elle tourne).

Une réponse au « Oui mais »de Giscard qui avait tant agacé le général, mais aussi à Bernadette et à tous les « voyants » de la terre dont la parole est souvent mise en doute. 

Les deux réalisateurs : Alban Teurlai et Thierry Demaizière.

Le dernier message de Medjugorge – en Bosnie-Herzégovine - désormais reconnue par le Vatican comme nouveau site d’apparitions de la Vierge Marie avec autorisation officielle de pèlerinages est un nouveau pas dans le domaine de l’insondable, surtout un nouveau cri vers Dieu de ceux qui ont la foi.

Mais finalement c’est bien le regard de ces deux réalisateurs cantonnés dans leurs convictions qui résument ce film, à propos des spectateurs qui verront (ou ont vu) , en une belle conclusion lourde de sens qui rejoint quelque part la réflexion d’un de mes amis sur la réalité de Lourdes :

« Qu’ils se disent qu’ils ne jugeont plus jamais quelqu’un qui va à Lourdes ; et qu’ils mettent de côté un certain regard de condescendance. »

Bernard VADON

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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