François Moncla raconté dans un livre par Olivier Dartigolles : « Je suis le maître de mon destin, le capitaine de mon âme ! »

Publié le 9 Mai 2019

Olivier Dartigolles et François Moncla : une belle identité de vue ...

 

Il pourrait y avoir, dans le parcours de celui qui a quelque peu bougé les lignes du socialement correct, comme du Balzac au travers de cette comédie humaine dans laquelle Lucien de Rubempré - pour autant beau et lettré fut-il et dans la veine de Pétrarque lorsqu’il s’agissait de sanctuariser ses sentiments amoureux - fut pourtant placé au cœur d’un cheminement professionnel malheureux. 

« Les Illusions perdues », cette immense fresque que Marcel Proust, selon ses propres termes, « admirait infiniment », donne la mesure de l’énergie nécessaire pour bousculer les dictats d’une société établie, l’archétype de toutes les mythologies françaises comme l’a défini un auteur contemporain attestant, à juste titre, que Paris n’est pas la France. Dont acte.

 

DISCRET ET EFFICACE

Au diable « le grand homme de province » monté à Paris et l’idée saugrenue – quoique – de croire qu’un jour « les sénateurs ruraux vengeront les girondins ». 

Un rocher dans le jardin de ceux qui hésitent encore à franchir la Loire ou, comme on l’a également écrit :

« Que Lyon est trop italien, Bordeaux trop espagnol et Paris trop germanique ». 

La porte ouverte aux illusions perdues si toutefois on n’y prend garde. Mais, bon !

 

François Moncla, l’Ossalois (habitant de la vallée d’Ossau dans les Pyrénées) un peu moins de deux siècles plus tard et dans une autre discipline, en militant aussi discret qu’efficace dans ses engagements politiques et sociaux, apporte la preuve, à l’instar de son royal concitoyen Henri IV, que mieux encore qu’une messe, Paris n’est pas, pour un provincial, aussi inexpugnable qu’on le prétend.    

 

Il fallait, pour démystifier cette tendance à croire que Paris est un rêve sinon une illusion ou mieux un mirage dans le désert de nos ambitions, que ma curiosité soit stimulée par la découverte d’un livre modeste par son contenant mais riche par son contenu. Remarquablement riche. (1)

Dans la relation des chapitres qui introduisent de façon moins académique qu’habituellement les différentes phases ayant servi à ourdir cette manière de saga à la gloire du ballon ovale, difficile de ne pas entendre la voix rocailleuse avec cette pointe d’accent inimitable d’un autre mythe du stade, Roger Couderc, qui, maintes fois, a recueilli les confidences du capitaine du XV de France. Un certain François Moncla.

Celui dont Pierre Albaladejo dira :

 « Qu’il est une leçon de vertu et de morale, de patience et d’obstination ».

 

HUMANISME

Cette belle histoire toute vraie et toute morale d’un homme sorti du rang, parvenu au plus haut niveau sportif et demeuré fidèle à ses origines, allergique à toutes les compromissions qui plombent le sport d’aujourd’hui, jusqu’à refuser au faîte de sa gloire un secrétariat d’État par crainte de ne pouvoir assumer, on l’imagine mal racontée par quelqu’un d’autre qu’OIivier Dartigolles, homme également de conviction taraudé par l’espoir d’une société autrement juste et droite. Autant dire que par les temps qui courent le défi vaut son pesant de principes dévoyés !

 

Olivier Dartigolles était en effet tout désigné – dans ce Sud-Ouest français chargé d’Histoire et de traditions où il a également poussé son premier vagissement dans un petit berceau d’osier à l’image de celui d’un des charmants contes de Maupassant – pour prêter l’oreille et surtout sa plume à la relation de cette succession d’entretiens sur le thème « The world of French rugby and its spaces »  mais aussi d’un homme qui estimait que le premier devoir de tout individu  est de ne pas occulter, pour quelques moments de joie aussi intenses soient-ils, les principes d’humanisme les plus élémentaires. 

Tout pour séduire le sympathique auteur et par ailleurs pourfendeur engagé de la voyoucratie ambiante.

 

 

J’AI CONFIANCE, ALLEZ, ALLEZ !

Pour François Moncla, la référence à la défense du sport non racial en Afrique du Sud coule de source et ajoute à son combat pour la paix et la justice sociale.

Dans un style elliptique Olivier Dartigolles s’emploie, non sans talent, à refaire l’itinéraire d’exception de ce joueur devenu légendaire résumant, pour son interlocuteur, sa pensée en cinq mots simples : donner du rêve aux enfants.

Et l’homme aux 31 sélections, capitaine des bleus à 18 reprises et vainqueur de trois tournois des cinq nations, entre autres, ne s’en est pas privé. 

Un périple sportif planétaire, chaque tournée terminée, pour retrouver, comme il la nomme joliment, sa « terre Marianne » .

 

Olivier Dartigolles un rien sensible - comme on le comprend lorsqu’il est question d’évoquer ses racines -  laisse vagabonder sa muse pour raconter celui qui a connu, comme il le confesse humblement, « le rugby des villages », celui qui fédère et rend heureux :

« Choc des temps. Le môme de Louvie et d’Arudy a connu l’ovalie des clochers, celui de l’amour du maillot, du pays.  Le maillot de la section était vert et blanc, ou tout blanc, immaculé, sans aucune marque de publicité, un écusson avec le Pic du Midi d’Ossau, tout un symbole, toute une province.  Aujourd’hui, on ne parle que de transferts et d’argent, le fric a tout pourri. » 

 

Courte pause littéraire avec «Invictus » de l’écrivain William Ernest Henley :

« I am the master of my fate ; I am the captain of my soul »

(Je suis le maître de mon destin, le capitaine de mon âme)   

Un poème court et en même temps mythique que citait souvent Nelson Mandela et dont François Moncla s’était fait une devise.

Stigmatisant, dans la foulée, des principes qui ne sont pas les siens à l’adresse d’une société et d’un monde (du rugby en particulier) qui ont bien changé  (sic) :

« Je ne suis pas un nostalgique mais n’y aura de solutions que dans un développement harmonieux pour les hommes et pour le vivre-ensemble. »

Concluant par son cri d’encouragement lancé à ses équipiers et consigné dans les annales : 

« J’ai confiance … allez, allez ! » 

 

Bernard VADON

 

 

  1. Les Editions Arcane 17

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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