EUROFOLIE ou, pour qui sonne le glas ? 

Publié le 24 Mai 2019

 

Le Parlement Européen : objet de bien des convoitises

 

Comme l’écrit Stéphane Hessel (vétéran des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France Libre) dans un petit opuscule intitulé « Indignez-vous !» 

d’à peine 40 pages qui, à sa parution, en 2010, a littéralement pulvérisé les ventes et qui trône en bonne place sur mon bureau :

« Les raisons de s’indigner peuvent paraître aujourd’hui moins nettes ou le monde trop complexe. Qui commande, qui décide ? »

Et d’ajouter :

« Il n’est pas toujours facile de faire la part des choses entre tous les courants qui nous gouvernent.

Nous n’avons plus affaire à une petite élite dont nous comprenons clairement les agissements. C’est un vaste monde dont nous sentons bien qu’il est interdépendant. Nous vivons dans une inter-connectivité comme jamais il n’en a existé. Mais dans ce monde, il y a des choses insupportables. Pour le voir, il faut bien chercher. Je dis aux jeunes : cherchez un peu, vous allez trouver. La pire des attitudes est l’indifférence, dire, je n’y peux rien, je me débrouille. En vous comportant ainsi, vous perdez l’une des composantes indispensables : la faculté d’indignation et l’engagement qui en est la conséquence. »

Voilà pour l’analyse et le conseil à l’attention des candidats de tous bords soucieux pour la majorité d’entre eux du bien-être de leur semblables sinon du leur !

A quand un SMIC parlementaire qui redonnerait à cette démarche sociétale sa véritable valeur humaine et la notion de justice à l’instar de ce candidat qui a promis de reverser une partie de ses émoluments à la cause publique ?

L’exception – malheureusement – qui confirme la règle du chacun pour soi et du Bon Dieu pour tous.

Stéphane Hessel : le motif de la résistance c'est l'indignation 

 

COURSE A L’ARGENT

Pour Stéphane Hessel le motif de la résistance, c’est bien l’indignation. Celle qui nous agite en ces temps d’injustice sociale et d’intolérance manifeste. En ces temps où tous les coups sont bons pour accéder au pouvoir. Quitte à faire prendre aux gens des vessies pour des lanternes et pire, diaboliser sans vergogne la concurrence. 

Je le cite encore car ses remarques ont comme un air de ce que nous vivons actuellement :

« On ose nous dire que l’État ne peut plus assurer les coûts des mesures citoyennes. Mais comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger les conquêtes alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’Europe était ruinée ? Sinon parce que le pouvoir de l’argent, tellement combattu par la Résistance, n’a jamais été aussi grand, insolent, égoïste, avec ses propres serviteurs jusque dans les plus hautes sphères de l’État. Les banques désormais privatisées se montrent d’abord soucieuses de leurs dividendes, et des très hauts salaires de leurs dirigeants, pas de l’intérêt général. L’écart entre les plus pauvres et les plus riches n’a jamais été aussi important ; et la course à l’argent, la compétition, autant encouragée. » 

 

BUDGÉTIVORE

Cerise sur le gâteau, l’Europe en remet aujourd’hui une couche à l’occasion de l’élection de son nouveau parlement et manifestement les convoitises qu’elle génère ne sont pas feintes. N’en déplaise à certains. 

En France, pas moins de 34 listes - la soupe est bonne -  regroupant des candidats de tous bords farouchement décidés, au-delà de leurs supposés bons sentiments et à quelques heures du déroulement du scrutin, à en découdre et décrocher la timbale en argent sinon en or au regard des avantages liés à la fonction. 

Pourtant, le constat n’est pas particulièrement flatteur si l’on en juge par quelques articles évocateurs de la situation. Qu’on en juge par ces titres qui se passent de commentaires : 

 

« Le Parlement européen, royaume du gaspillage et des fraudes »« La vie dorée des députés européens »« La ruineuse présidence française de l’Union européenne »« Le paradis des bureaucrates »« Les subventions délirantes de l’UE »« Europe agricole : la pompe à fric » « Des milliards gaspillés dans l’aide au développement ».

N’en jetez plus et comme dirait Dom Ruy dans Hernani : 

« J’en passe et des meilleures ! » (ou des meilleurs)

En clair, des conclusions on ne plus officielles qui témoignent, plus que de longs discours, de la dérive technocratique d’une Europe qui depuis sa création s’est glissée dans la peau de la grenouille de Jean de la Fontaine en croyant se faire plus grosse que le bœuf.

Ne parlons pas de l’ineptie que représente la double localisation du Parlement Européen (Strasbourg et Bruxelles) une aberration de près de 200 millions de frais auquel s’ajoute, pour faire bonne mesure au rayon des dépenses, le Luxembourg. Sans compter avec les bureaux d’information disséminés dans chacun des pays membres. Vous avez dit budgétivore ?

José Manuel Barroso : recordman des dépenses !

QUI DIT MIEUX ?

Le Parlement européen consacrerait environ 6% de son budget annuel aux dépenses  du personnel d’administration et de l’entretien des bâtiments. La Commission européenne emploie, quant à elle, environ 32.000 personnes alors qu’au Parlement européen 7500 personnes travaillent pour le secrétariat général et qu’au Conseil de l’Union européenne  3500 agents assurent le secrétariat général !

Enfin, parmi le personnel dit statutaire 4300 traducteurs et 800 interprètes sont en permanence sur le pont européen. Pour colporter la bonne parole … façon de dire.

Côté salaires : un quart des fonctionnaires de la Commission européenne gagnent plus de 10 000 euros par mois, et 214 toucheraient entre 15 000 et 18 000 euros mensuels.

Sans compter avec approximativement les 25.000 euros qui leur sont alloués pour constituer leur équipe. Pas si mal même s’ils ont interdiction d’employer des proches. 

Concernant les 27 commissaires européens, le montant de leurs frais de déplacement avoisineraient les 3.908 391 euros dont 355. 338 euros de frais de représentation (frais de protocole, invitations de presse, restaurants, etc…). 

 

José-Manuel Barroso, le président de la Commission, était en l’occurrence le recordman des dépenses avec 730 230 euros dont 32 457 euros de frais de représentation. Le tout, pour 66 déplacements, soit environ 11 000 euros par déplacement.

Qui dit mieux ?

Comble de ce délire dépensier (une personnalité politique n’a-t-elle pas eu le culot de déclarer que « la compétence » (sic) « ça se paye » (encore sic)  dix-sept anciens commissaires européens remerciés émargeraient des indemnités d’au moins 96 000 euros par an, bien qu’ils aient depuis longtemps repris un emploi de lobbyiste ou qu’ils se soient reconvertis en politique.

ON SE REFUSE RIEN
Historiquement et pour mémoire, la France qui avait présidé le Conseil de l’Union européenne du 1er juillet au 31 décembre 2008 a coûté, selon le rapport de la Cour des comptes rendu public le 20 octobre 2009, 175 millions d’euros aux contribuables.

En termes comparatifs,  trois fois plus que la précédente présidence assurée par Jacques Chirac en 2000 (56,9 millions) et douze fois plus que celle de 1995 (14,1 millions). Inclus dans ces 175 millions : 16,6 millions d’euros de l’Union pour la Méditerranée (13-14 juillet 2008 à Paris), 3 millions d’euros en achats de maroquinerie, papeterie et gadgets; ou encore, 57.408 euros pour concevoir le logo de la présidence française, signé par le célèbre designer Philippe Starck.

Tant qu’à faire, on ne se refuse rien !

Comme l’affirment nos chers politiciens, le talent ça se paye.

Guillaume Apollinaire : l'espérance est violente.

Le Parlement européen a également passé un contrat de 5,25 millions d’euros (sur quatre ans) avec la société française « Biribin Limousines » pour véhiculer les députés européens dans Strasbourg et les chauffeurs de l’entreprise en question sont détenteurs de la licence “Grande Remise” qui garantit leur “absolue discrétion”. Un silence manifestement en or sinon en pierres précieuses ! 

Pour la location de limousines et de minibus à Bruxelles, c’est la société TMS qui a remporté le contrat d’un montant de 2,5 millions d’euros en 2010 et cette même année, dix BMW, pour la coquette somme de 378.293,40 euros ont été également achetées pour compléter le « pool » des véhicules protocolaires à Bruxelles. 
Enfin, selon un “projet de rapport” de la commission du contrôle budgétaire du Parlement du 3 février 2011, la direction générale de la communication au Parlement européen comptait 722 postes au 31 décembre 2009 pour un coût de … 80,9 millions d’euros !

Vous en voulez encore ?

Le rapporteur de la commission, l’eurodéputé finlandais, Ville Itälä, ancien membre de la cour des comptes européenne autrement responsable s’interroge sur « la nécessité fondamentale de ces postes » et demande que leur nombre « soit réexaminé et que des explications détaillées soient fournies ».

Jean-Paul Sartre : l'espoir comme une conception de l'avenir.

 

CONSOLATION DE REFERENCE

La modernité a au moins ceci de bien que par le biais des réseaux sociaux en particulier, la réalité nous saute en permanence aux yeux.

Plus que jamais, le bien-fondé d’hier concernant le billet bleu de vote a quelque peu dévié de sa trajectoire démocratique.

Pas évident dans ce système d’honorer sa sensibilité politique. C’est le règne du vote utile mais pas forcément de celui qui répond à nos convictions. Les manœuvres intellectuellement malhonnêtes des heures précédant le vote sont édifiantes.

Je ne suis pas dans l’espérance violente façon Guillaume Apollinaire : « Comme la vie est lente et comme l’espérance est violente ; vienne la nuit sonne l’heure, les jours s’en vont, je demeure. »

En revanche et pour suivre la piste de Stéphane Hessel, je laisserai - au risque d’en faire hurler certains, mais je m’en moque -  parler Jean-Paul Sartre qui la veille de sa mort déclarait, en mars 1980 à trois semaines de passer, comme l’a merveilleusement écrit Saint-Augustin dans la pièce d’à côté :

« Il faut essayer d’expliquer pourquoi le monde de maintenant, qui est horrible, n’est qu’un moment dans le long développement historique, que l’espoir a toujours été une des forces dominantes des révolutions et des insurrections, et comment je ressens encore l’espoir comme ma conception de l’avenir. »

Une consolation de référence à l’issue d’une consultation dont on attend pas grand choser sinon rien. 

 

Bernard VADON

 

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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