ENTRE LA CATASTROPHE DE N.D. DE PARIS, GENERANT DES MILLIONS D’EUROS, LE DRAME DES CHRETIENS DU SKI LANKA ET CELUI DE TANT D’AUTRES COMMUNAUTÉS, DONT CELLE D’ORIENT, MOINS SOUTENUES, DE GRÂCE, RELATIVISONS !

Publié le 26 Avril 2019

 

 

Signe des temps ?

Sans aucun doute. N’en déplaise à une partie de ceux qui dans leur inconscient ont, à leur corps défendant, ressenti la fragilité d’une civilisation dévorée par le progrès scientifique et singulièrement ses avancées parfois dérangeantes. 

Aller vite, toujours plus vite. Vitesse et précipitation confondues et cela contrairement à la nuance qui nous inciterait plutôt à ne pas les confondre. 

 

                         

 

                        Un acte impensable  …

 

 

ESPERANCE

Ainsi, jamais le temps n’est jamais apparu aussi fugitif.

Et soudain, l’inimaginable comme en cet été de l'an 587 avant Jésus-Christ où un autre acte impensable se produisit :  Dieu – comme il est opportunément rapporté dans le Livre - laissa sacrifier Jérusalem et le psalmiste se lamenter :

«Dieu, ils sont venus les païens dans ton héritage, ils ont souillé ton Temple sacré; ils ont fait de Jérusalem un tas de ruines»(Ps 79, 1). 

Voilà pour le rappel historique sinon le cruel signe de notre réelle et fragile condition humaine en proie à des traumatismes de plus en plus fréquents et violents.

Dans cette dérive tragique, le massacre pascal, au Sri Lanka, n’a fait qu’ajouter à l’horreur physique de la Passion. Même si chez les chrétiens, le sacrifice est aussi compensé par l’Espérance.   

Sans pour autant nuire aux nécessités de l’enquête judiciaire qui nous éclairera (peut-être) sur les causes réelles  de l’incendie de Notre Dame de Paris et désignera les coupables sinon les responsables de ce désastre, en l’occurrence, l’État républicain-socialiste qui, à l’initiative d’Aristide Briand, il y a un peu plus d’un siècle, au terme d’un inventaire immobilier et mobilier sans états d’âmes – jusqu’aux hosties qui auraient été comptabilisées – a décrété la loi de séparation des Églises et de l’État, à l’exception toutefois des régions Alsace-Moselle toujours sous le régime du concordat de 1801 les préservant de l’acte fondateur de la laïcité. Un État qui a souvent failli à ses devoirs en encourageant des manières de mendicité organisée ou autres lotos patrimoniaux. Tout cela n’est pas très sérieux.

 

 

                                  

 

                                 Une croix triomphante et inexpugnable.

 

 

 

Jusqu’à ce dernier 15 avril 2019 où l’inimaginable s’est produit suscitant des réactions et des témoignages de tous bords ; mais aussi d’insupportables récupérations par certains politiciens et opportunistes patentés toujours prêts à surfer sur une notoriété de circonstance, alors que la mythique cathédrale Notre Dame de Paris, en dépit des efforts exemplaires des soldats du feu, se consumait comme Victor Hugo l’avait imaginé en quelques phrases incroyablement prophétiques et que l’homme et la femme de la rue, les anonymes et les vrais, bouleversants de sincérité, les riches de cœur,  priaient et pleuraient en silence :

« Tristesse et incrédulité » a simplement dit le pape François.

Rien d’autre à ajouter.

A chacun de s’approprier ce que pourrait signifier ce double sentiment. A commencer par quelques prélats n’étant pas les derniers à faire le dos rond et laisser échapper quelques larmes de crocodiles. Mais jouons, même à contre cœur, la carte du fair-play.

 

MISERICORDE

Jusqu’à ce que la flèche conçue par Viollet-le-Duc et censée symboliser la jonction entre le ciel et la terre – matérialisant plus concrètement le point géodésique entrant dans la mesure du globe terrestre - ne se brisât et ne transperçât en son cœur, sinon en  son chœur, ce lieu divin situé au « point zéro des routes de France » , l’espérance d’un miracle a prévalu. En vain. 

Clap de fin pour au nom du film qui pérennisa la légende de Notre-Dame. 

Faute de déplorer des victimes humaines – et c’est tant mieux - pensée émue envers les faucons crécelles qui nichaient en ces lieux bénis protégeant par ailleurs une espèce en voie de disparition (ils seraient dit-on revenus. Ouf ! ) ainsi qu’envers les abeilles qui, depuis quelques années, se prêtaient à la défense de la biodiversité ; tout comme les 1300 chênes constituant ce que par analogie on nommait « la forêt » et qui, ce jour, ne sont plus que cendres. Ainsi va le monde. Et ce n’est pas le désastreux « Ave Maria » étrangement relayé sur les réseaux sociaux, interprété par l’extravagante Arielle Dombasle, évanescente et improbable dans un contre-ut imaginaire et inaccessible, qui aura curieusement ajouté à la prochaine Assomption de la Vierge après sa dormition.  

Dans les ténèbres de ce dernier Vendredi Saint comment, par préférence, ne pas évoquer le prophète Osée qui affirmait que le Seigneur ne rejette pas pour toujours et que, dans sa miséricorde, il nous rebâtira :

«Venez, retournons vers le Seigneur. Il a déchiré, il nous guérira; il a frappé, il pansera nos plaies; après deux jours il nous fera revivre, le troisième jour il nous relèvera et nous vivrons en sa présence»(Os 6, 1-2).

 

Et cela, alors même que ceux qui sont nourris de la foi s’inspirent de saint Paul, autrement et spirituellement réaliste en la matière, saint Paul qui nous interpelle pour nous expliquer dans une de ses lettres aux Corinthiens – deuxième épitre -  que « si notre demeure terrestre en vient à être détruite nous avons une autre demeure éternelle, la tente de la rencontre, la citadelle inébranlable qui n’est pas faite de main d’homme ». 

Nous voilà rassurés !

                                   

 

Fascinante et impressionnante rosace.

 

ACTE DE FOI

Autrefois, le Temple était le signe, le simple signe de la présence de Dieu au milieu des siens et soudain, en cette dernière semaine de Passion 2019, principalement ce lundi précédant le Vendredi des ténèbres, le temple est jeté à terre, démantelé, détruit. En l’espèce, Notre Dame de Paris nous rappelle à de singulières réalités, n’en déplaisent aux défenseurs d’un produit qui peut rapporter gros, même si l’intériorité ne s’oppose pas à l’extériorité comme il en est de l’Esprit et du corps et que la charité et l’amour sont les véritables socles de la religion chrétienne. Nous, chrétiens et catholiques, en sommes bien mal récompensés. 

Le corps, en l’occurrence les pierres symbolisant la dynamique commerciale des marchands du temple, opposé à l’Esprit ou l’âme, le ferment de la foi. 

Pas évident de faire la part des choses entre le temporel et le spirituel. Et pourtant. 

Comme aux jours de la chute de Jérusalem, qui a parlé de signe ?

Un ministre de la République aurait même eu le toupet d’assimiler ce lieu de prière – Notre-Dame -  à une maison commune sinon à un bien commun. En somme, mettre la gloire de Dieu dans des vases d’argile, nos vases d’argile en référence à la mouvance paulienne.

Attendons. Et, si tel devait être malheureusement le cas et qu’alors la cathédrale ne soit plus consacrée et qu’elle soit privée de son statut particulier de lieu de culte et de ce fait assimilée, à l’instar du Louvre et de la tour Eiffel, à un lieu et un bien commun, tout serait évidemment différent. A l’exemple de ces centaines d’édifices religieux vendus aux enchères pour en faire des résidences privées, des restaurants et des hôtels de luxe ou des établissements nocturnes. Pas de quoi s’en réjouir.

Au Maroc où le christianisme est toléré mais toujours pas accepté, la prestigieuse – à l’époque du protectorat – église du Sacré-Cœur à Casablanca, aujourd’hui désacralisée, œuvre majestueuse de l’architecte Paul Tournon, réalisée dans un style mêlant l’esthétique gothique (comme à Notre-Dame) et l’Art-déco et qui, après l’indépendance, fut réquisitionnée par le royaume chérifien qui le transforma en un superbe espace culturel sans pour autant la priver de son nom de baptême. Un bel exemple de mutation civile réussie. 

L’opportunité, peut-être aussi, de rappeler le respect des marocains à l’égard d’un lieu où était alors vénéré le même Dieu unique. En tout cas, un acte louable de considération sinon de foi.

 

INEXPUGNABLE

Au-delà des caractéristiques exceptionnelles de Notre Dame de Paris, de ses multiples avatars historiques, des événements d’exception qui s’y déroulèrent rythmés par le mythique bourdon, de sa richesse artistique, de ses trois orgues dont le plus important bénéficie encore ( Dieu merci !) de ses cinq claviers et de ses huit mille tuyaux, sans oublier les millions de visiteurs, l’essentiel semblait avoir été préservé alors que dans la séquence vespérale se dispersait doucement une âcre et jaunâtre fumée mortifère, mettant en exergue cette magnifique croix triomphante et singulièrement interrogatrice qui, au plus fort de l’incendie, continuait de se dresser, inexpugnable, au fond de la nef centrale, surplombant l’autel, faisant face à l’impressionnante et somptueuse rosace que la diabolique fournaise, impuissante à la détruire, rendait plus lumineuse. 

On peut ne pas croire aux miracles mais la vision est troublante.  

 

L’Histoire Sainte fourmille ainsi de ces témoignages aussi puissants qu’incompréhensibles. Les plus grands noms de la littérature ont célébrée, sinon, magnifiée Notre-Dame avec un indéniable talent. Celui de Paul Claudel m’apparait, au-delà de l’extraordinaire beauté de sa conversion, comme le plus révélateur du Mystère que l’on semble aujourd’hui quelque peu occulter. La seule et véritable explication de ce vaisseau posé entre terre et ciel en ce lieu d’exception :

« En un instant mon cœur fut touché et je crus. Je crus, d’une telle force d’adhésion, d’un tel soulèvement de tout mon être, d’une conviction si puissante, d’une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute, que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée n’ont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher. »

 

 

 

 

         

 

La cathédrale Notre Dame c’était hier …

 

PROVOCANTE

Au-delà des polémiques que génère ce drame, au-delà des luttes d’influence de toutes sortes, de cet appel aux dons, de cette hallucinante manne financière dépassant tout ce que l’on peut imaginer dans l’excès,  instantanée mais étalée sans vergogne au lieu de respecter un anonymat louable – à l’exemple de l’indigente de la parabole qui a donné discrètement l’unique piécette qui lui restait – un semblable comportement aurait alors fait taire tous les questionnements actuels en l’occurrence justifiés lorsque, par exemple, les régions en charge de nombreuses églises ou monastères en quasi ruines, trouvent soudain des millions d’euros pour sauver Notre-Dame. Jusqu’à ces restes, bois calcinés et ferrailles,  de l’édifice qu’un édile propose de vendre aux enchères.

On pourrait aussi évoquer le geste d’un célèbre club sportif parisien confectionneur improvisé de maillots à l’effigie de Notre Dame. 

Et se souvenir de l’ultime et douloureux épisode de la Passion du Christ, avec cet accomplissement de la Parole,  lorsque les soldats romains se partagèrent les vêtements de Jésus et tirèrent au sort pour savoir lequel d’entre eux s’approprierait la tunique inconsulite (sans couture). 

Au-delà des faits qui interpellent, s’affiche une générosité soudaine, fruit certainement de l’émotion et de la sidération mais quelque peu provocante par la forme et que d’aucuns ont quelques difficultés à comprendre alors que, cerise sur le gâteau, la détresse sociale apparait comme incommensurable sur une planète totalement déglinguée. 

Ce n’est pas tellement l’acte de donner qui révolte mais la manière de le faire. Une injustice involontaire mais une injustice tout de même. Une personnalité de l’Institut national du Patrimoine a même parlé à ce sujet « d’incurie collective ». Pas moins.

 

L’archevêque de la cathédrale, parlant de « sa » cathédrale, estime que « donner pour Notre-Dame, c’est donner de son cœur » on pourrait aussi et modestement lui rappeler que la charité chrétienne se réalise …  au cœur de la misère d’autrui. Suivez mon regard.  

Force est cependant, et une fois encore, de constater combien les voies du Seigneur sont impénétrables :

 «Détruisez ce temple, et, en trois jours, moi je le relèverai»(Jn 2, 19). assurait Jésus en référence à sa Passion future préfigurant ainsi un monde à venir compliqué. 

 

 

 

 

                            

Laudate Maria !

 

C’est peut-être aujourd’hui, à ce challenge divin, que s’applique la réplique mariale par ce brasier dramatique qui heurte douloureusement notre sensibilité. 

A cette nuance de fond essentielle que les pierres de l’Écriture sont par extension des pierres vivantes ayant pour mission la restauration d’une église moralement en détresse, qui a perdu ses repères et ses valeurs au fil d’inimaginables scandales.

Une actualité qui n’a jamais été aussi brûlante !

 

D’aucuns plus prosaïquement habités par l’orgueil prétendent défier le temps quant à une reconstruction rapide et pour le moins hypothétique. Une personnalité et non des moindres aurait même cru « entendre  »  la requête mariale pour l’édification d’une cathédrale encore « plus belle et plus imposante ». Diable, jusqu’où ces feux qui brûlent mais qui n’éclairent pas, comme disait Saint Bernard, iront-ils porter la misère !  

Ceux-là se prennent quasiment  pour Dieu oubliant les défis lancés par Satan, l’ange maudit, à celui que Dieu a investi d’un seul pouvoir ; non pas celui que confèrent la puissance et l’argent mais plus simplement l’Amour.

Déstabilisé, le démon n’y a vu que du feu !

Au fond, « L’homme qui …  brûlait d’être Dieu » alias l’écrivain Jean-Michel Riou, pourrait seulement par le titre de son livre nous donner une piste quant à ce qui apparait comme un acte d’orgueil plutôt qu’un acte de foi.  

Nul doute qu’après avoir souffert de maintes turpitudes humaines, l’édifice, tel le Phoenix de la légende, d'une façon ou d'une autre, renaîtra et reprendra formes et place en bord de Seine. Quant à l’avenir, il nous dira peut-être un jour toute la vérité, rien que la vérité sur l’événement. La patience, selon la Bible, est comme un fruit de l'Esprit :

"Elle révèle notre foi en l'heure de Dieu, en son omnipotence et en son amour".   

Notre Dame, quant à elle, n’aura jamais cessé de poser un regard d’infinie tendresse sur cette pauvre humanité. Les catholiques, en la circonstance les premiers concernés, parlant tout simplement d’un regard de mère. C’est tout dire.

 

Bernard VADON