A LA RESIDENCE DE FRANCE DE MARRAKECH, CHRISTOPHE POMEZ, DIRECTEUR DE L’INSTITUT FRANÇAIS, HONORÉ, TIRE SA REVERENCE.

Publié le 26 Février 2019

En France, comme en bien d’autres contrées d’ailleurs, tout commence et fini par des chansons. C’est un peu la tradition. Parfois aussi la bienséance ou la tradition imposent des discours parfaitement adaptés aux circonstances du moment.

Chacun jonglant de son verbe. Avec, selon les acteurs de l’instant, plus ou moins de talent. N’est pas tribun qui veut.

CONVIVIALITE

Pourtant, en ce tout récent soir, à la résidence de France à Marrakech, le consul général de France et néanmoins maître des lieux, Philippe Casenave, accompagné de Christophe Pomez, directeur de l’Institut français de Marrakech - choisi par sa hiérarchie pour aller développer ses compétences sous d’autres cieux lointains, du côté, non pas de chez Swan, mais à la Martinique dans la mythique mer des Caraïbes - n’ont pas sacrifié à notre belle langue pour satisfaire une assemblée en partie attentive mais aussi et par moments aimablement dissipée mais pas le moins du monde désinvolte. 

Petite perturbation, au passage, de vieux écoliers indisciplinés qui ne manquaient cependant pas, par leur brouhaha, d’ajouter à la convivialité de l’instant sans pour autant retirer de l’intérêt à cette réunion informelle mais sérieuse par le fait de celui qui s’en va, auréolé de tous les regrets des communautés française et marocaine présentes (1) . D’autant que quelques instants plus tard, le buffet – traditionnellement concocté par l’hôtel Saadi - ne sacrifia pas à la réputation d’un pays – la France - qui, au rayon de ses multiples avantages et autres qualités, se distingue, on le sait, par les plus fins plaisirs du boire et du manger.

Cette dernière séquence gourmande célébrée au terme de quelques mots bien posés au cœur d’une dialectique en usage chez les spécialistes de l’éloquence argumentant autour de quelques références ou citations littéraires mais qui, finalement, pourraient se résumer dans cette formule autrement elliptique :

« Tout ce qui a un début a une fin, mais, chaque fin est le début d’un nouveau départ. » 

L’INSTANT ARTISTIQUE

A cet hymne panthéiste ou immanent si bien chanté par André Gide dans les  nourritures terrestres, il fallait une compensation plus en osmose avec des nourritures autrement spirituelles sinon plus culturelles et artistiques. 

Spinoza n’était pas très loin !

Bref, c’était surtout le sympathique prétexte à un cadeau d’au-revoir à Christophe Pomez, initiateur, durant un temps vécu à l’ombre des remparts de la ville dite ocre ( peut-être parce que le soleil couchant y fait s’enflammer le pisée orangé qui les recouvre) , d’événements culturels qui, sans aucun doute, vont perdurer. C’est en tout cas le vœu de l’intéressé.

SINGULIERE APPARITION

L’ultime note de l’avant dernière prière chantée à capella par le muezzin de service, la nuit reprenait ses droits dans le parc de la résidence française où l’assistance avait été invitée à se rendre, accompagnée par la voix du jeune chanteur Yan’Sine, qui fut candidat à « The Voice » en 2015.

Dans ce décor déjà magique en lui-même par l’atmosphère qu’il génère, l’instant artistique ajoutait naturellement une note rare et en do majeur à cette magie.

 

Visuellement, entre les hautes futaies du parc, sur des morceaux de ciel couleur d’encre, piquées, dans une sorte de désordre organisé, quelques étoiles plasmatiques en équilibre hydrostatique scintillent. Le temps de quitter cette galaxie mystérieuse pour laisser libre court à l’imagination sinon à la mémoire en recherche de quelques belles références littéraires à l’exemple d’un Stéphane Mallarmé. 

Le temps aussi d’une singulière et blanche apparition dressée dans l’obscurité avec en toile de fond l’imposante architecture du minaret de la mosquée Koutoubia : 

 

«  La lune s'attristait. Des séraphins en pleurs 
Rêvant, l'archet aux doigts, dans le calme des fleurs 
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes 
De blancs sanglots glissant sur l'azur des corolles. 
— C'était le jour béni de ton premier baiser. 
Ma songerie aimant à me martyriser 
S'enivrait savamment du parfum de tristesse 
Que même sans regret et sans déboire laisse 
La cueillaison d'un Rêve au coeur qui l'a cueilli. 
J'errais donc, l'oeil rivé sur le pavé vieilli 
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue 
Et dans le soir, tu m'es en riant apparue 
Et j'ai cru voir la fée au chapeau de clarté 
Qui jadis sur mes beaux sommeils d'enfant gâté 
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées 
Neiger de blancs bouquets d'étoiles parfumées. »

SEQUENCE EMOTIONNELLE

Au même moment, cette manière de robe plissée comme à l’infini, se mit à frissonner comme mue par un souffle imaginaire. Le vêtement se transforma alors en une sorte de kaléidoscope dessinant à l’infini une féria colorée et inventant, à satiété, les formes géométriques les plus improbables. 

La mise en scène originale de Lionel Pradel faisait à dessein son œuvre et son effet.

Intense séquence émotionnelle lorsque les premières mesures du « Ombra Mai Fu »de Haendel magnifiquement interprété par Moïra Conrath, (2) inventa une sorte de lien mystérieux avec l’environnement arboré : 

« Jamais l’ombre d’aucun arbre ne fut ni plus chère, ni plus aimable, ni plus douce. ».

Au même moment, clin d’œil de la Providence, un jet surgissant de la nuit, depuis l’aéroport tout proche, nous rappela la présente démarche d’adieu de celui qui, ce soir-là, tirait sa révérence.

 LE MIRACLE HAENDEL

Un « Serce » qui ne manquait pas de panache et qui, vocalement, nous fit un moment oublier les performances musicales d’un certain contreténor nommé Jaroussky et autres Christopher Lowrey  ou encore d’une Julia Lezhneva, ou de notre diva préférée, la mezzo-soprano Cécilia Bartoli mais aussi de la regrettée Montserrat-Caballé. 

Puis à nouveau Haendel et son « Lascia Chio Pianga » émotionne la nuit :

« Pleure, pauvre âme, ton sort funeste »,le poignant Aria d’Almirena tiré de Rinaldo et qui fit courir sur la médina proche, et soudain conquise, comme une sorte d’aspiration divine. 

Encore le miracle Haendel.  

Inhabituel aussi cet accompagnement à l’Oud diffusant une musique modale pas toujours heureuse pour les puristes surtout avec ce « Porgy and Bess » inattendu - qui nous replongeait dans l’univers somptueusement musical d’Ella Fitzgerald  - et après que Moïra Conrath se fut essayée dans un répertoire plus oriental et mieux adapté à ce genre d’accompagnement– peut-être de Grèce, d’Arménie ou de Turquie – avant un retour aux grands classiques, notamment avec ce « standard » du grand Puccini dont Maria Callas nous a laissé une interprétation inégalée. Bravo quand même à la belle interprétation, à l’Oud, de Khalid Badaoui.  

 

Clap de fin :

Pieds nus dans les nuages, sur les sentiers de Cassiopée des nébuleuses en voyage guident mes pas …

On peut encore rêver, non ?

 

Sous la poussée du vent de la nuit qui se lève, les palmiers aux traces lisses et jaunes courbent en rythmes lents leurs feuilles jaunies.

Une soirée s’achève. 

Cela, c’est le retour à la réalité. Pas évident de s’en accommoder après un pareil et surprenant voyage dans le temps.

 

Bernard VADON

 



(1) On notait aussi et notamment, la présence de Elisabeth Tesson, consule adjointe-chef de Chancellerie ; de Mme Aouatif Berdai, adjointe à la mairie de Marrakech ; de M. Abdekllatif Miraoui, président de l’Université Cadi Ayad qui s’étaient joints aux représentantes et représentants de diverses associations culturelles et artistiques de la ville, sans oublier les précieux sponsors. 

(2)- De 1996 à 1997, Moïra Conrath a fait ses armes musicales au Berklee College of Music de Boston, Massachussetts. Inspirée par les grands noms du jazz qui ont fait la réputation de cette institution   - de Keith Jarrett à Quincy Jones en passant par Roy Hargrove, Diana Krall notamment  -  elle crée ses premières compositions dont « Crying Sky ».

Fin 1997, Moira fréquente les studios français où elle se démarque par ses talents de choriste puis elle figure à TF1 dans l’émission « La grande débrouille » pendant plus de 8 mois. Dès 1999, elle prête sa voix au cinéma et travaille pour différents studios.

Son nom apparait aussi dans pas moins de 23 spots publicitaires. Tous les genres séduisent cette artiste aux multiples facettes. De la funk au hip-hop en passant par le jazz.  Son premier album (Insomnie) est alors salué par la presse musicale.

Moira se laisse aussi séduire par les accents de la pop californienne (avec le groupe Logan elle sort en 2007 les albums « Between the lines » et « Flash ») et la musique électro-rock du groupe Superkable pour qui elle écrit, compose et chante. 

Fruit de cette rencontre, l’album « Heaven is not big enough » édité  en 2006.

 


 

 

         

 

 

 

Un surprenant voyage dans le temps, en images et en musique  ...
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Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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