La question qui agite aujourd’hui notre monde est avant tout d’ordre social et moral. 

Publié le 10 Décembre 2018

D'Abraham Lincoln à Frédéric Ozanam, en filigrane de trois piliers de la république et de la démocratie : une éthique exemplaire.
D'Abraham Lincoln à Frédéric Ozanam, en filigrane de trois piliers de la république et de la démocratie : une éthique exemplaire.
D'Abraham Lincoln à Frédéric Ozanam, en filigrane de trois piliers de la république et de la démocratie : une éthique exemplaire.
D'Abraham Lincoln à Frédéric Ozanam, en filigrane de trois piliers de la république et de la démocratie : une éthique exemplaire.
D'Abraham Lincoln à Frédéric Ozanam, en filigrane de trois piliers de la république et de la démocratie : une éthique exemplaire.

D'Abraham Lincoln à Frédéric Ozanam, en filigrane de trois piliers de la république et de la démocratie : une éthique exemplaire.

Monsieur le Président (du Sénat) un récent plateau de télévision sur lequel vous étiez invité, avec manifestement le souci des présentateurs de vous sonder quant à connaître votre sentiment sur la grave crise que traverse notre pays, m’a surtout convaincu, au-delà de la gravité du moment, de votre préoccupation de sauvegarder votre situation et quelle situation !

Et cela, alors même que le peuple – le même, finalement, qui eut à subir les effets désastreux de l’Ancien Régime que l’on associe naturellement à la Révolution, laquelle mit un terme au système des ordres et aux inégalités juridiques entre les Français qui, dans la nuit du 4 août 1789, passèrent du statut de sujets à celui de citoyens  - affiche aujourd’hui sa pleine et totale souveraineté au nom d’une politique sociale juste et équitable actuellement mise à mal – sinon très mal – par une véritable « caste » enfantée dans la haute fonction publique. N’en déplaise à certains « bobos ».

A BOUT DE SOUFFLE

Il est indéniable que cet état de fait implique directement ceux qui tant d’un côté que de l’autre – députés et sénateurs – se présentent comme les défenseurs d’une forme de pseudo démocratie à bout de souffle qui n’est plus qu’un pâle reflet de la représentation du peuple. Celui qui, au fil du renouvellement et pas toujours du remplacement de ses représentants – même si la société civile lors des dernières élections a quelque peu suppléé les politiques plus pour le pire que pour le meilleurs – a perdu dans l’opinion toute crédibilité. Toute confiance.

Abraham Lincoln estimait quant à lui avoir une grande confiance dans le peuple. Ajoutant :

« Si on lui dit la vérité, on peut compter sur lui pour faire face à n’importe quelle crise nationale. L’important est de lui présenter la réalité des faits. »   

PHILANTHROPIE VISIBLE

Difficile, Monsieur le sénateur, dans votre quasi soliloque, de discerner, pardonnez-moi, « la réalité des faits ». Et le pouvoir dont vous pourriez – momentanément - hériter si d’aventure l’exécutif de l’instant trébuchait à son tour sur la réalité des faits. Ce ne serait pas forcément un cadeau. 

Votre confortable situation qui jure de façon choquante avec la détresse de la multitude qui ne demande rien d’autre que de vivre et non pas de survivre, illustre un malaise d’autant plus vif qu’il vous est difficile ainsi qu’à vos pairs de justifier l’autre réalité : celle du fossé toujours plus large qui vous sépare du plus grand nombre.

Et lorsque vous avez eu le front de faire remarquer au cours de l’entretien que vous  coûtez moins de 5 euros à chaque français, les bras m’en sont alors tombés.

Pour faire bonne mesure au rayon de la générosité façon « dames patronnesses du 19èmesiècle », la dernière proposition de nos « riches » de prélever 10% sur leur fortune pour venir en aide aux plus démunis, m’a littéralement achevé. D’autant que de l’autre côté de l’Atlantique, une centaine de milliardaires américains – à l’initiative dite « Giving Pledge » ou « philanthropie visible »  de Bill Gates et de Warren Buffett - ont pour leur part, et de façon autrement désintéressée, accepté de faire un don de 50% de leur fortune à des fins humanitaires.

ENNEMIS IRRECONCILIABLES

Je laisse aux spécialistes de l’investigation en la matière le soin d’étaler les avantages financiers qui ne touchent pas seulement vos éminents collègues mais aussi votre administration (1132 fonctionnaires, du jardinier au plus haut poste de l’échelle) dont les salaires sont littéralement hallucinants.

Vous n’êtes, il est vrai, qu’une partie émergée de l’iceberg et tout le monde sait pertinemment qu’un grand ménage à tous les niveaux permettrait de rétablir les comptes dans un pays – la France – dont la place au rang mondial ( même si par la faute de ses gouvernants passés et actuels, elle a sensiblement rétrogradé ) se justifie aussi par une manne financière réelle dont les comptables officiels ont simplement confondu intérêts personnels et comptes publics.

Il y a quelques années un de vos éminents collègues qui fut aussi ministre, aujourd’hui disparu et avec lequel je partageais un déjeuner amical dans cette mythique palmeraie de Marrakech où il possédait une confortable propriété servant de décor privilégié à sa retraite dorée, me confiait, sans rire, alors que nous lui demandions s’il envisageait de quitter sa fonction sénatoriale, qu’il lui serait inimaginable d’abandonner une situation riche de tant d’avantages de toutes sortes.

Dans ce contexte quelque peu désolant et tellement en décalage avec la réalité du moment, un souvenir de lecture me revient à l’esprit.

C’est celui d’un éminent professeur de littérature étrangère à la Sorbonne, fondateur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, historien et essayiste catholique français qui fut béatifié par le pape Jean-Paul II le 22 août 1997. Il s’agit du bienheureux Antoine- Frédéric Ozanam, dont à chacune de mes visites dans la cité mariale de Lourdes, je découvre le beau visage entre les photographies des autres saints exposées dans la basilique souterraine Saint Pie X. Voilà ce qu’il écrivait, s'adressant à ses frères chrétiens : 

 

“Car si la question qui agite aujourd’hui le monde autour de nous n’est ni une question de personnes ni une question de formes politiques, mais une question sociale ; si c’est la lutte de ceux qui n’ont rien et de ceux qui ont trop, si c’est le choc violent de l’opulence et de la pauvreté qui fait trembler le sol sous nos pas, notre devoir, à nous chrétiens, est de nous interposer entre ces ennemis irréconciliables. »

Mesdames et messieurs les sénateurs, députés, hauts fonctionnaires, autres « élites » favorisés par le système mais aussi vous autres, capitaines d’industrie que certains parachutes trop dorés peuvent parfois laisser aller aux dérives pour finir dans quelques lugubres prisons comme c’est aujourd’hui le cas au Japon pour un richissime chef d’entreprise peu enclin au respect d’une éthique élémentaire, seriez-vous prêts à renoncer à une partie de vos privilèges et autres avantages financiers raisonnablement injustifiables ?

Dans un autre contexte et un rapprochement osé sinon laïque qui me sera peut-être reproché, Monseigneur Pierre Claverie, qui fut évêque d’Oran avant d’être assassiné en 1996 – béatifié ce dernier dimanche à Oran - , écrivait, au nom de sa foi et de la liberté de croire :

« C’est certainement une folie de croire encore à la force des mains nues et de la simple humanité mais en ce qui me concerne et de ce fait à la suite de Jésus Christ, j’ai la faiblesse de croire que c’est une force. »

Cela ne vous rappelle t- il rien ?

Bernard VADON

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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