KENZA MELEHI : L’art de faire d’une robe ou d’un caftan des objets cultes

Publié le 6 Décembre 2018

Je créé (aussi) pour la femme que j'ai voulu être ...
Je créé (aussi) pour la femme que j'ai voulu être ...
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Je créé (aussi) pour la femme que j'ai voulu être ...
Je créé (aussi) pour la femme que j'ai voulu être ...

Je créé (aussi) pour la femme que j'ai voulu être ...

 

« J’adore et admire tous ceux qui sont différents. J’aime ça. Le « jet set » est banal. Le « bon goût est banal. L’excentricité est chic. Le bon goût paralyse. Mais la mode du punk ou de la rue ou un corps couvert de tatouage, c’est intéressant pour moi, et j’adore. Je ne suis pas allé à l’école de la mode. J’ai appris à regarder des émissions de couture à la télévision et à lire des magazines. Cela m’a fait rêver. »

 

Se réclamant de la qualité sinon de l’identité d’artiste, de couturier, de dessinateur et de styliste, Jean-Paul Gaultier définit ainsi, en quelques lignes, le fond d’une personnalité pour le moins atypique. En tout cas, pour ce qui est d’une activité professionnelle qui lui a permis, au fil des années et nourri d’une solide expérience, de se ranger parmi les grands ténors de la haute couture internationale.

 

ECARTS DE LANGAGE VESTIMENTAIRE

Sa dernière et récente prestation, lors de la cérémonie des César du cinéma, en France, atteste de son sens de l’humour et du rejet consenti de ce qui pourrait servir les conventions. 

Que ce soit l’instauration de la jupe pour homme dans les années quatre-vingt ou encore sa toquade singulière en « habillant »  les femmes de corsets sans oublier la mythique marinière qui singularise sa marque jusque dans l’élaboration de parfums et eaux de toilette spécifiques ajoutant aujourd’hui à sa renommée.

Manifestement, celui qui fut un peu trop facilement taxé « d’enfant terrible de la mode »  enclin, à une certaine époque, à faire des pieds de nez aux brillants tenants de la haute-couture conformiste – de Carven à Saint Laurent, notamment – au-delà d’une originalité poussée parfois à l’excès mais qui est aujourd’hui considéré comme un novateur, un créateur, en un mot, une icône de la mode même si tout le monde ne partage pas ses écarts de « langage » vestimentaire.

 

ADMIRATION

Parce que les contraires s’attirent et parviennent à établir des passerelles de compréhension professionnelle, je n’ai pas été surpris, lors de mes retrouvailles avec Kenza Melehi – designer et créatrice de mode marocaine – d’apprendre que cette dernière nourrissait pour Jean-Paul Gaultier une vive et profonde admiration. Un sentiment également ressenti envers Alexander McQueen, aujourd’hui disparu, et qui fut « Chief designer » attaché à la maison Givenchy.

Finalement, dans sa volonté de créer et de s’exprimer dans le monde de la mode et fidèle à l’expression familière du « jamais deux sans trois », c‘est l’emblématique créatrice marocaine Tamy Tazi – qui inspira Yves Saint Laurent – qui déclencha chez Kenza Melehi une profonde et forte fascination.

En effet, comment ne pas être sensible au génie créatif de celle dont on célébrait, il y a quelques jours à Marrakech, dans les salons de l’hôtel Mansour, l’œuvre sublime alliant tradition et modernité et consistant, par la magie de la coupe et le choix de tissus d’exception, à revisiter les traditionnels caftans et autres gandouras. Pas évident et pourtant, le résultat est remarquable.

 

DES PROJETS

Difficile pour Kenza Melehi qui a développé son penchant artistique au sein d’une famille d’artistes – pendant un certain temps elle accompagna, dans son cheminement, son frère Mohamed Melehi, l’un des principaux acteurs de la peinture marocaine moderne -  de ne pas s’engager à son tour dans la création par le biais de la couture.

Un parcours laborieux, au sens noble du terme, à savoir de faire modestement profit d’influences glanées au gré de découvertes et de rencontres.

Une carrière ébauchée au Canada, du côté de Montréal, avant plusieurs séjours dans les capitales européennes puis le retour à Marrakech où elle rencontrera celui – Abdelsselam Damoussi dit communément Abel - avec qui elle partage aujourd’hui sa vie et qui la conseilla utilement en sa qualité d’initiateur d’évènements artistiques et culturels.

Tout en animant ses différents ateliers et magasins, en particulier en médina, mais aussi dans le quartier du Guéliz, Kenza Melehi – la marque porte son nom -participe à de nombreux défilés en Europe et en Grande Bretagne. En particulier à Londres où ses robes sont actuellement exposées mais aussi en des endroits privilégiés tels le Savoy Hôtel ou le Dorchester, « The iconic Five-Star hôtel ». 

Mais son cœur n’est jamais déconnecté de Marrakech où ses clientes de la « Jet Society » la visitent régulièrement en quête de ces robes témoignant d’une élégance discrète, respectueuse d’une tradition qu’elle embellit grâce à des tissus précieux et rares, brocards anglais et soie indienne, qu’elle s’emploie à dénicher dans leur pays de fabrication.

Des projets, Kenza Melehi en a plein ses cartons :  continuer d’enrichir ses collections, imaginer des défilés (le prochain est prévu au Kssour Agafay à Marrakech) et réfléchir aux costumes de « Jedba », le spectacle que prépare Abel Damoussi et qui fait suite à la récente parution d’un  album célébrant la musique spirituelle du Maroc.

 

LA BEAUTE DANS TOUT

J’ai un faible pour cette réflexion de Ralph Lauren qui convenait avoir un style particulier, une signature inspirée de la Nouvelle-Angleterre et des cowboys, en somme, une mosaïque d’inspirations n’ayant rien à voir avec la mode mais incontestablement authentiques, naturelles, réelles et intemporelles. Des caractéristiques que Kenza Melehi pourrait, me semble t-il, revendiquer.

Quant à Alexander McQuenn, une autre icône préférée de Kenza Melehi  qui illustre sa pensée lorsque ce créateur affirmait notamment croire fortement au fait qu’il y a de la beauté en tout. 

Pourtant, et que Kenza Melehi me pardonne, au terme de cette manière de confession, je laisserai le dernier mot à Sonia Rykiel surnommée la « reine du tricot » et inventrice de la « démode » déclarant :

« Une belle robe, c’est une comédienne qui parle juste ! » 

Ce qui, par extension,  s’applique aussi Kenza Melehi dans son rapport avec un art, celui de la mode, qui, à l’instar de beaucoup d’autres, est essentiellement fait de rigueur et d’honnêteté intellectuelle mais également de passion, à l’exemple de celle qui animait Diane Von Furstenberg, fondatrice de la marque de luxe Lifestyle  :

« Je créé pour la femme que j’ai voulu être, la femme que j’ai été et, dans une certaine mesure, pour cette partie de moi-même qui a toujours été là. »

 

Bernard VADON