« JEDBA » : Abdesselam Damoussi et Nour Eddine ont signé un album musical d’une intense élévation spirituelle.  Après les « bacs » des disquaires bientôt la scène théâtrale.

Publié le 3 Décembre 2018

Hommage à la musique des confréries soufies .... sous la houlette (en particulier)  de Abdelsselam Damoussi
Hommage à la musique des confréries soufies .... sous la houlette (en particulier)  de Abdelsselam DamoussiHommage à la musique des confréries soufies .... sous la houlette (en particulier)  de Abdelsselam Damoussi
Hommage à la musique des confréries soufies .... sous la houlette (en particulier)  de Abdelsselam DamoussiHommage à la musique des confréries soufies .... sous la houlette (en particulier)  de Abdelsselam DamoussiHommage à la musique des confréries soufies .... sous la houlette (en particulier)  de Abdelsselam Damoussi
Hommage à la musique des confréries soufies .... sous la houlette (en particulier)  de Abdelsselam DamoussiHommage à la musique des confréries soufies .... sous la houlette (en particulier)  de Abdelsselam DamoussiHommage à la musique des confréries soufies .... sous la houlette (en particulier)  de Abdelsselam Damoussi

Hommage à la musique des confréries soufies .... sous la houlette (en particulier) de Abdelsselam Damoussi

 

 

Les notes de musique et la sémantique sont singulièrement complémentaires et l’analyse de Marcel Proust – qui plaçait la musique bien au-dessus de tous les arts y compris la littérature exercice dans lequel il excellait – apparait comme une confirmation de circonstance quand se pose la question de savoir si la musique n’était pas l’exemple unique de ce qu’aurait pu être la communication des âmes s’il n’y avait eu l’invention du langage, la formation des mots et l’analyse des idées.

Il m’est souvent arrivé, au détour d’une pensée fugace, d’évoquer celui avec lequel je partage – entre autres compositeurs – ma préférence pour Beethoven eu surtout Bach mais aussi et plus proches, les Massenet et autres Saint-Saëns, Schumann, Fauré (notamment son Réquiem et le « Cantique de Jean Racine »), Ravel, Franck, Liszt, Schubert et Gounod. La liste n’est évidemment pas exhaustive.

Chrétien et catholique – identité que je revendique – c’est pourtant vers le Coran, un autre livre saint, que s’est portée mon attention en écoutant sinon en dégustant – au sens littéraire du terme à savoir de l’apprécier avec intensité – la dernière œuvre d’Abdesselam Damoussi  (dit aussi Abel) et de Nouredine Fatty, deux personnalités du monde de la culture et de la créativité musicale. 

 

INTENSES

Trois années ont été nécessaires pour concrétiser cette manière de voyage spirituel sous la forme d’un album musical intitulé Jedba, référence intellectuelle aux traditions musicales et populaires particulièrement intenses au travers de l’expérience extatique véhiculée depuis l’Antiquité et qui s’est épanouie dans les confréries soufies. La singularité de cette pratique replacée dans le contexte rituel soufi de la Hadra, se rapportant à l’expérience de l’attrait et du ravissement terrestres pour accéder, à terme, à une forme de mysticisme inspiré de la philosophie platonique :

 

« Cet album rend hommage à la musique des confréries soufies en les revisitant et en les réinterprétant. Une démarche spirituelle et artistique qui atteste de la vitalité du soufisme en réunissant les musiques autant citadines que rurales. Et cela, jusqu’aux confins du royaume du Maroc. Ainsi, les litanies des awaliyas les plus représentatifs côtoient les musiques autrement extatiques. » explique Abdesselam Damoussi.

 

Les deux créateurs ont fait œuvre commune au cœur de la médina de Marrakech où la communautés soufie est florissante, plus précisément dans ce fameux quartier historique de Laqsour chargé d’Histoire et dont le mausolée est une manière de point géodésique spirituel.

En ce lieu magique, Abdesselam Damoussi y possède une demeure de légende – Kssour Agafay - dans laquelle il a installé – seule concession à la modernité -  un studio d’enregistrement de pointe.      

 

REMARQUABLE CONCISION

La société britannique ARC Music Int Ltd, quant à elle, fait aujourd'hui figurer en collaboration avec « Abel Production »  cette œuvre dans son prestigieux catalogue de musiques spirituelles du monde et pour la première fois, le Maroc partage ce privilège avec le Qawali de Nusrat Ali Khan et bien d'autres éminents représentants des musiques spirituelles. 
 

Enfin, Jedba sera bientôt  porté au théâtre. Ses concepteurs visant à pérenniser ces musiques en célébrant le Bien Aimé, la Coupe d'un vin d'avant la création de la vigne et surtout la glorification de la voie d'Amour mais aussi de la connaissance et du respect de soi et de l'autre.

 

Alors, c’est vrai que je n’ai pu m’empêcher d’ouvrir à la première page le livre sacré pour y découvrir la première sourate – Al-Fâtiha également nommée « l’Ouverture » ou encore la « Prémunissante »(mettant à l’abri du danger) évoquée en écho aux prières juives (Sh’ma Yisroel) et chrétienne (Notre Père).

Pourquoi ce choix : parce que cette sourate dite « de la louange » constitue le fondement du Coran préfigurant surtout les sept versets ou « sept répétés » essentiels incipit (autrement dit au commencement) d’une remarquable concision musicale et récités à chacune des cinq prières quotidiennes :


« Au nom de Dieu, le Tout Puissant, le Miséricordieux ; Louange à Dieu, seigneur des univers ; le Tout Miséricorde, le Miséricordieux ; le roi du Jour de l’allégeance ; C’est Toi que nous adorons, Toi de qui le secours implorons ; Guide-nous sur la voie de rectitude ; La voie de ceux que tu as gratifiés, non pas celle des réprouvés, non plus que de ceux qui s’égarent. Âmin (ainsi soit-il)

 

VECTEUR-CLE

Mais au-delà du décor et de l’ambiance respectivement créés par la taârija et la ghaïta (tambourin et flûte joués par deux musiciens marrakchie) c’est à un rituel spécifique que l’hôte des lieux, Abdesselam Damoussi et sa famille ainsi que ses partenaires, nous invitèrent à participer il y a quelques mois au Kssour Agafay..

L’heureux prétexte à préparer la sortie de. L’album musical Jedba. Une compilation savamment orchestrée destinée à enrichir la philosophie de la hadra (l’assemblée). Celle dont le poète, penseur, écrivain et émérite théologien Abdelkader Moheiddine – encore lui – dans le sillage de ses maîtres et notamment de Ibn Arabi, se fit, en fin connaisseur, le chantre.

 

L’expression corporelle étant chez les soufis un vecteur-clé dans l’approche philosophique de leur pensée, c’est au Hafla Dancers Company, et tout particulièrement à la danseuse et chorégraphe Elisa Scapeccia, qu’il appartint alors par le geste, le mouvement et la musique de révéler cet élan spirituel, voire mystique.

Aux frontières d’une orthodoxie mesurée c’était déjà une manière de participation à l’expérience de l’extase de l’attrait et du ravissement autrement dit pour les initiés, à la Jedba.

Pour nous, ce fut aussi le souvenir d’un voyage à Istanbul au quartier de Beyoglu avec en filigrane de cette transe collective qui, sans aller jusqu’à la « lila» finale des Aïssâwas pratiquée par les derviches tourneurs, exprimait une sensibilité perceptible.  

 

TOLERANCE

Une danse particulièrement expressive au cours de laquelle le déploiement de la paume de la main gauche vers le ciel alors que la main droite désigne le sol vise à obtenir la grâce de Dieu avant de la répandre en signe de partage.

Dans le droit fil de ce que préconisaitDjalaleddinn Rumi, fondateur de l’Ordre des derviches tourneurs : 

« Sois comme l’eau courante pour la générosité et l’assistance. Sois comme le soleil pour l’affection et la miséricorde. Sois comme la nuit pour la couverture des défauts d’autrui.  
Sois comme la mort pour la colère et la nervosité. Sois comme la terre pour la modestie et l’humilité. Sois comme la mer pour la tolérance. Parais tel que tu es ou bien sois tel que tu parais. »

 

Mais aussi dans le droit fil de l’Emir Abd El Kader, bel exemple de la pensée soufiste et dont la tolérance et la lucidité étaient exemplaires : 

« Ne demandez jamais quelle est l’origine d’un homme, interrogez plutôt sa vie, son courage, ses qualités et vous saurez ce qu’il est. Si l’eau puisée dans une rivière est saine, agréable et douce, c’est qu’elle vient d’une source pure. » confiait l’Emir.

 

Abd El Kader qui, en manière d’invitation à se laisser emporter par les vagues de cet ailleurs fait de vibrations incantatoires, s’exprimait encore dans le beau livre des Haltes :

« Cette imagination absolue est parfois assimilée à la « nuée » dans laquelle Dieu a formé la création. »

Et d’ajouter :

« Je fus de ceux dont Dieu a eu pitié, à qui Il a fait connaître Son Etre même et la réalité de l’univers et qui sont sur le chemin du ravissement et non sur le parcours du chemin de la voie. Car, à celui qui parcourt la voie,la première chose qui arrive, c’est le retrait du voile du monde sensible, puis de celui du monde de l’imagination absolue ; ensuite, il monte, grâce à Son Esprit, au ciel d’ici-bas, puis au deuxième ciel, ensuite au troisième et, enfin, jusqu’au Trône. 

 

C’est à ce parcours initiatique et d’une intense élévation spirituelle que nous invitent, par le truchement de leur album musical, Absesselam Damoussi et Nour Eddine :

 

« Ainsi quand le moi s’efface alors Dieu est son propre miroir en moi. »

 

 

BERNARD VADON

 

 

 

 

  1. Jedba – Sipiritual Music From Morocco - ARC Music

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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