SOIREE MUSICALE A MARRAKECH : Autour de Charles Gounod, un compositeur français. 

Publié le 22 Novembre 2018

"Dieu créa trois belles choses : la musique, les fleurs et les femmes. Ce sont elles que j'ai toujours chantées".
"Dieu créa trois belles choses : la musique, les fleurs et les femmes. Ce sont elles que j'ai toujours chantées"."Dieu créa trois belles choses : la musique, les fleurs et les femmes. Ce sont elles que j'ai toujours chantées".
"Dieu créa trois belles choses : la musique, les fleurs et les femmes. Ce sont elles que j'ai toujours chantées".

"Dieu créa trois belles choses : la musique, les fleurs et les femmes. Ce sont elles que j'ai toujours chantées".

Dans le cadre du bicentenaire de sa naissance (1818-2018) l’occasion nous était donnée, ce dernier lundi, au cœur du quartier de l’Hivernage à Marrakech, de célébrer en musique l’anniversaire de la naissance d’un compositeur bien français. En l’occurrence Charles Gounod vivement conditionné sinon inspiré, tout jeune, par l’œuvre de Johann Goethe et singulièrement son « Faust » dont il donnera musicalement une première version en 1808 et l’autre posthume en 1832.

Goethe y dévoile un des grands mythes de notre civilisation, à savoir la recherche de la jeunesse éternelle qui obsède le vieux docteur Faust lequel pour retrouver ses vingt ans ira jusqu’à vendre son âme au diable.

Charles Gounod fut particulièrement réceptif à ce thème existentielLa partition eut un grand succès de 1859 à 1875, et fut même jouée très tôt dans le monde entier. Par la suite, son succès a quelque peu fléchi, mais elle est aujourd’hui restée au répertoire. Voilà pour le préambule.

Quant à parler de Charles Gounod alors que tant de personnes éminentes ont déjà parlé de lui, écrit sur sa vie et son oeuvre, ce n'est pas chose simple.

La permanence de son succès malgré les critiques dont il fut l'objet justifie que l'on se pose la question à savoir pourquoi ce succès et pourquoi cette faveur du public, encore aujourd'hui.

A Marrakech, avec un groupe d’amis nous avons souhaité simplement mais de la façon la plus artistique et philosophique qui soit, saisir le prétexte du bicentenaire de la naissance du compositeur pour s’associer à cette célébration d’une œuvre aujourd’hui tombée dans le domaine public :  

 « Un domaine public qui l'a accueilli à bras ouverts et découvre encore les nombreux aspects variés de sa nature si riche et de son génie dont on aime dire qu'il est tellement français ! » selon son arrière/arrière petit-fils.

 LANGAGE DIVIN

Pour retrouver ce génie français, un pianiste et ami – Michel Chanard – habitué de ces manières d’agapes musicales et autour de moi, outre mon ami et précieux collaborateur de circonstance, Philippe-Hugo Jayat, notre accordeur de piano et saxophoniste Hassan Ben Addi du conservatoire de musique de Marrakech, la jeune soprano et étudiante Isabelle Kouarogo, auxquels s’étaient joints deux autres amis et en la circonstance lecteurs de talent, Claude Fantun et Patrice Pécoud.

Mais pour célébrer cet événement de façon autrement solennelle, revenons à la musique avec ce premier extrait de l’opéra de la Reine de Sabbat intitulé « Les Sabanéennes ».

La Reine de Sabbat qui aurait vécu il y a plus de trois mille ans et qui a sa place au centre de la mythologie éthiopienne sous le nom de Makeda 

Désireuse d'assouvir sa soif de connaissances elle aurait rendu visite à Salomon, le sage roi d'Israël. 

Les récits de sa rencontre avec Salomon- relatés dans la Bible mais aussi dans le Coran et le Nouveau testament - révèlent qu'elle aurait donné un fils au roi et que ce fils serait le premier roi éthiopien de la dynastie Salomonide. 

Le groupe de Soul - Les Nubians- récompensé au Music Award avec une chanson intitulée Makedaautrement dit la Reine de Sabatt mais également l’opéra avec notamment G.F Haendel et le cinéma avec Lollobrigida dans le rôle de la reine sans oublier la gastronomie avec le délicieux gâteau au chocolat baptisé tout naturellement Le Reine de Sabatt ont honoré à leur manière cette histoire pas ordinaire.

 Une autre façon de goûter la musique dont Gounod affirmait :

« Pour moi, c’est une compagne si douce qu'on me retirerait un bien grand bonheur si on m'empêchait de la sentir. Oh, qu'on est heureux de comprendre ce langage divin ! C'est un trésor que je ne donnerais pas pour bien d'autres, c'est une jouissance qui, je l'espère, remplira tous les moments de ma vie".

Avec la troisième romance sans paroles intitulée « le soir », on aborda un genre musical de forme brève généralement conçu comme une mélodie simple à couplets pour voix ou accompagnement instrumental. En l’occurrence, le piano et pour donner en quelque sorte le ton sinon le « la » de cette douce mélancolie, une poésie de Charles Baudelaire traduit en vers l’harmonie du soir : 

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige 
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ; 
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ; 
Valse mélancolique et langoureux vertige ! 

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ; 
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige ; 
Valse mélancolique et langoureux vertige ! 
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir. 

 

Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige, 
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir ! 
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ; 
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige. 

Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir, 
Du passé lumineux recueille tout vestige ! 
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige 
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir ! 

NEBULEUSE

Avec « Matinée de mai », unecourte pièce posthume publiée en 1896, on perçut un peu plus tard quelques réminiscences de Bach plus évidente - on l’entendra en fin de récital - dans la composition de « l’Ave Maria ».

A ce titre, il ne serait pas juste d'accuser Gounod d'avoir en quelque sorte "détourné" le prélude de J-S Bach car il avait le plus grand respect pour Bach « notre Saint Père le Bach » disait-il. 

Il eut par ailleurs une formule saisissante pour en parler :

 "Si les plus grands maîtres Beethoven, Haydn, Mozart étaient anéantis par un cataclysme imprévu, comme pourraient l'être les peintres par un incendie il serait facile de reconstituer toute la musique avec Bach. Dans le ciel de l'art, Bach est une nébuleuse qui ne s'est pas encore condensée !".

 La barcarolle inscrite au programme intitulée « La Veneziana » est une pièce musicale de mesure tertiaire évoquant le mouvement d’une barque sur l’eau.  Un genre musical qui a inspiré de nombreux compositeurs de Chopin, avec la Barcarole en fa dièse majeur opus 60, à Offenbach avec Les Contes d’Hoffmann en passant par Gabriel Fauré et bien entendu Gounod  

Un joli poème de Théophile Gautier récité par Patrice Pécoud nous convia à ce voyage sur l’eau :

« Dites, la jeune belle, où voulez-vous aller ? 

La voile ouvre son aile, la brise va souffler ! l'aviron est d'ivoire, Le pavillon de moire, le gouvernail d'or fin ; 

J'ai pour lest une orange, pour voile une aile d'ange, pour mousse un séraphin. 

Dites, la jeune belle ! Où voulez-vous aller ? 

La voile ouvre son aile, la brise va souffler ! 

Est-ce dans la Baltique, sur la mer Pacifique, dans l'île de Java ? Ou bien dans la Norvège, cueillir la fleur de neige ou la fleur d'Angsoka ? 

Dites, la jeune belle, où voulez-vous aller ? 

La voile ouvre son aile, la brise va souffler ! 

Menez-moi, dit la belle à la rive fidèle où l'on aime toujours.  Cette rive, ma chère on ne la connaît guère au pays des amours. »  

« La Marche funèbre d’une marionnette » est une œuvre pour piano composée en 1872 et arrangée par Gounod pour orchestre symphonique en 1879

Ecrite à la manière d’une marche funèbre pleine d’humour contenu, c’est une parodie légère reposant sur un jeu de décalage entre le sérieux des funérailles d’un être cher et le burlesque des personnages d’une troupe de marionnettes.

Alfred Hitchcock la rendra célèbre grâce à son anthologie. 

AMBITIEUX

« Le Tribut de Zamara » est la dernière œuvre pour la scène de Gounod d’après un livret d’Adolphe d’Ennery. 

Après Polyeucte (1878), c’est sans doute son ouvrage le plus ambitieux.

L’action se déroule au Xe siècle, au Nord de l’Espagne, dans les Asturies et notamment, à partir de l’acte II, dans un site pittoresque sur les rives de l’Oued El Kédir, devant Cordoue.

En prélude à l’interprétation d’une danse arabe puis espagnole, Abel Damoussi exprima en quelques belles phrases-clés le rapport entre Dieu et les hommes au travers de l’expérience chorégraphique. Un texte de Jalal Eddine Roumi dans la pure tradition des préceptes soufis :

« La danse n’est pas un saut en l’air

Nul ne lève la douleur dans l’air comme la poussière.

La danse c’est le soulèvement des deux mondes.

La danse est le sang de ta douleur.

La danse est l’abandon de ta vie. »

Le récital se poursuivit avec une mélodie intitulée « Chant d’Automne » sur un texte anonyme superbement déclamé par Claude Fantun et qui inspira Charles Gounod :

Oh ! viens, la fleur déjà fanée

Meurt sous le regard du soleil,

Et de tristesse couronnée

La terre entre dans son sommeil.

Viens, rêvons aux choses passées ;

Sous ces arbres qui vont finir,

Laissons s'effeuiller nos pensées

Au triste vent du souvenir !

 Puis regardant notre vie

Joyeuse et bénie

Lorsque tout est triste à l'entour,

Si pleine d'amour,

À genoux sur la terre

Nous rendrons grâce à Dieu,

Et nous lui ferons voeu

D'une double prière.

Oh ! viens, c'est à l'âme immortelle

De rêver sur ce qui n'est plus,

C'est à l'âme heureuse et fidèle

De pleurer les beaux jours perdus,

 En foulant ces feuilles passées

Songeons qu'il en est ici-bas

De qui les âmes sont blessées

Et dont les yeux ne sèchent pas !

 Puis regardant notre vie

Joyeuse et bénie

Lorsque tout est triste à l'entour,

Si pleine d'amour,

À genoux sur la terre

Nous rendrons grâce à Dieu,

Et nous lui ferons voeu

D'une double prière.

AVE MARIA

On ne peut quitter le domaine de la mélodie sans dire quelques mots d'une des plus célèbres signées Charles Gounod : « l’Ave Maria".

Une œuvre devenue mythique mais dont l’origine est finalement peu connue. En effet, Charles Gounod, alors fiancé à Mlle Anna Zimmermann, fille de l'inspecteur général des études au Conservatoire impérial de Paris, allait souvent dîner dans cette famille. Par habitude  et dans l’attente d’être reçu, il jouait sur le piano familial.

Un jour son futur beau-père, pianiste réputé entend Gounod improviser sur le premier prélude de J-S Bach en ut majeur. Il jugea la mélodie si ravissante qu’il s'empressa de la recopier avant, quelques jours plus tard, de la faire écouter à Gounod, jouée cette fois au violon, une quinte au dessus et soutenue par un petit choeur. 

C'est ainsi que naquit la "Méditation sur un prélude de Bach" qui par la suite, on verra comment, deviendra le fameux Ave Mariaque Gounod n'écrivit donc pas mais qui, par la suite, assurera sa popularité ! 

L’histoire n'est pas finie pour autant.

Charles Gounod, séduit par la mélancolie de quelques vers de Lamartine eut l'idée de les adapter à la fameuse mélodie inspirée du prélude de Bach au texte de Lamartine :

 "Le livre de la vie est le livre suprême Qu'on ne peut ni fermer ni ouvrir à son choix. Le passage adoré ne s'y lit qu'une fois, Le livre de la vie est le livre suprême. On voudrait le fixer à la page où l'on aime mais le feuillet fatal se tourne de lui-même Et la page où l'on meurt est déjà sous les doigts."

 Les prémices de cette adaptation où la musique embellit merveilleusement les paroles, furent apportées à celle qui en avait été l’inspiratrice. Celle-ci fort embarrassée et n'osant pas faire allusion publique à ses sentiments mit perfidement à profit la spiritualité de Gounod pour substituer au texte profane les paroles actuelles du fameux, et depuis devenu célèbre, cantique. 

Charles Gounod retoucha la version nouvelle et c'est ainsi que les strophes touchantes de Lamartine harmonieusement adaptées au Prélude de Bach firent place à la prière de l'Ave Maria dont on connait le succès planétaire.

Auparavant et pour établir une manière de parallèle entre deux inspirations spirituelles identiques en tout cas sur le sujet – la Gloire de la Vierge Marie - Isabelle Kouarogo, soprano, interpréta avec infiniment d’émotion « l’Ave Maria » de Schubert accompagnée au piano par Michel Chanard avant que ce dernier ne donne le Gounod.

 TROIS BELLES CHOSES

Chez Charles Gounod c'est tout à la fois l'âme, la science et le charme qu'il faut comprendre. 

Lui-même tenta en quelques phrases d'analyser le succès de Faust.La Fantaisie élégante sur Faust composée par Joseph Leybach en est l’illustration.Une improvisation sur des thèmes familiers extraits du Faust de Gounod : Romance des fleurs, Marguerite Rouet, Fanfare et le Duo de Faust et Méphisto

Quand on demandait à Gounod quelles étaient ses préférences dans la vie :

"Dieu créa trois belles choses : la musique, les fleurs et les femmes. Ce sont elles que j'ai toujours chantées".

 Une ultime mélodie, composée en I893 peu de temps avant sa mort, portant le titre de cette sorte de confidence musicale en forme d’émouvant testament intitulé "Tout l'Univers obéit à l'Amour",nous a fourni sous la plume de Jean de La Fontaine et la composition de Charles Gounod, la plus belle et la plus universelle des conclusions.

Hassan Ben Addi au saxophone alto et Michel Chanard au piano nous invitèrent, en musique et non sans émotion en ces temps de troubles, à cette improbable réflexion sur l’amour :Tout l'Univers obéit à l'Amour ; 
Belle Psyché, soumettez-lui votre âme. 
Les autres dieux à ce dieu font la cour, 
Et leur pouvoir est moins doux que sa flamme. 
Des jeunes coeurs c'est le suprême bien 
Aimez, aimez ; tout le reste n'est rien.
Sans cet Amour, tant d'objets ravissants, 
Lambris dorés, bois, jardins, et fontaines, 
N'ont point d'appâts qui ne soient languissants, 
Et leurs plaisirs sont moins doux que ses peines. 
Des jeunes coeurs c'est le suprême bien 
Aimez, aimez ; tout le reste n'est rien.

C’est autour d’un éclectique et gastronomique apéritif dînatoire préparé par Mina Aarab et servi par Awatef Nizdar que s’acheva cet intense moment musical et permit à chacun des invités de mieux se connaître et échanger. 

Bernard VADON

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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