QUAND MARRAKECH FAIT (EN MUSIQUE) SON CINEMA ! Nicole et François Merville accompagnés de quelques complices musiciens ont donné le ton de cette spécificité du septième art.

Publié le 2 Novembre 2018

Des films mythiques et des musiques qui ne le sont pas moins ...
Des films mythiques et des musiques qui ne le sont pas moins ...Des films mythiques et des musiques qui ne le sont pas moins ...
Des films mythiques et des musiques qui ne le sont pas moins ...

Des films mythiques et des musiques qui ne le sont pas moins ...

 

Il est des scènes de films que nous connaissons par cœur et tout autant des musiques de cinéma que nous fredonnons inconsciemment. Une conjonction au demeurant évidente.

Et pourtant, il est hasards mystérieux sinon miraculeux ou encore des conflits intenses mais aussi un travail acharné associé à une inspiration qui ont permis de générer d’inoubliables morceaux d’anthologie.

Des aventures de Rabbi Jacob mises en musique par Vladimir Cosma en passant par les œuvres rarissimes d’Atom Egoyan – enfant de Freud et de Led Zeppelin – qui s’était fait connaître par son premier film « De beaux lendemains » adapté du roman de Russell Banks et celle de la réalisatrice Claire Denis dont le film « J’ai pas Sommeil » bénéficiait d’une musique originale signée Jean-Louis Murat et John Pattison ; sans oublier Ennio Morricone dont la mélodie a imprégné notre jeunesse, en étroite adéquation avec un certain « Il était une fois dans l’Ouest » de Sergio Leone.

Un thème entré dans la légende de la musique de film et que les artistes, invités pour la circonstance par Nicole et François Merville dans leur belle maison à Marrakech, ont interprétés - comme ceux inscrits au programme - avec infiniment de justesse technique et de sentiment pour le seul bonheur d’autres invités et amateurs d’un soir rassemblés dans l’un des grands salons de la demeure aménagé pour la circonstance en mini Palais Garnier ou non moins mini Met new-yorkais. En tout cas dans l’imaginaire et après que les premières mesures du « Carnaval des Animaux » aient évoqué « Le Cygne et Aquarium » au travers d’une belle et délicate interprétation de Nicole Merville à l’alto et François Merville au cor anglais. La première ayant longtemps fait un morceau de son chemin musical aux concerts Colonne et François Merville ayant quant à lui bâti une sérieuse partie de sa carrière au sein de l’Orchestre national de France. Cela pour les références.  

SENSIBILITE

A l’affiche de ce concert, le pianiste Guillaume Vincent, un habitué des festivals dont l’un des plus courus celui de la Roque d’Anthéron et qui s’était par ailleurs fait remarquer à ses débuts en enregistrant les Préludes de Rachmaninov avant d’être lauréat du Prix Marguerite Long-Thibaud. Bref, et comme on dit prosaïquement, une « pointure » qui se produit régulièrement à l’international.

L’autre soir, il avait troqué son habit de scène pour adopter, casquette vissée sur sa tête, un look de musicien « up to date » mais tout autant à l’aise  dans l’interprétation de cette belle et émouvante page beethovénienne qui, entre autres choix musicaux, enrichit ô combien la bande sonore du film réalisé par la fille de Gérard Oury,  Danielle Thompson,  « Fauteuil d’Orchestre », un film plein de tendresse où se côtoient des gens ordinaires mais attachants telle cette provinciale qui confie qu’elle n’avait pas les moyens de vivre dans le luxe alors elle est allée y travailler.

Cette sensibilité perceptible principalement dans le « jeu » de Guillaume Vincent on l’apprécia aussi chez Lucienne Renaudin-Vary, à la trompette, un instrument qu’il n’est pas évident de bien maîtriser mais dont elle restitue avec bonheur la puissance sans pour autant négliger les subtilités de partitions délicates.

Dominique Probst qui jouait les percussions assumait également, en coulisses, la direction artistique de cette prestation ponctuée de quelques seize clins d’œil à des œuvres cinématographiques d’exception dans lesquelles la musique tient tout naturellement un intérêt partagé quant à leur finalité artistique.     

COLLABORATION SERIEUSE

Instructif, ô combien, que de se souvenir à ce propos du compositeur Georges Auric et de ce qu’il disait de la musique au cinéma :

 « Je pense que nous connaîtrons bientôt ce que, malgré diverses tentatives, nous ne pouvons encore qu’imaginer : une musique de cinéma. […] [Elle] ne sera pas du tout du genre de celle classée « musique de scène », genre bâtard et sans ressources profondes qui utilise l’orchestre pour boucher des silences, souligner des jeux de scène, accompagner des clairs de lune ou garnir des entractes. La réussite demandera, entre l’auteur du film et le compositeur, une collaboration sérieuse et une connaissance précise des ressources que peuvent offrir à ce dernier les orchestres de cinéma […].

Côté présentation, Catherine Chevallier avait pour mission d’ouvrir le rideau. Elle le fit avec charme et délicatesse, un rien poétesse, par une belle ode à l’art cinématographique avant de présenter le programme.

Des films mythiques et des musiques qui ne le sont pas moins :

Des « Temps Modernes » – de Charlie Chaplin – œuvre précédée musicalement de Camille Saint-Saens avec « Le Cygne et Aquarium » puis un peu plus tard avec « Fauteuils d’Orchestres » en passant par « Blanche Neige et les 7 nains », « Jeux Interdits » et la touchante composition de Narciso Yepes ; « La Strada » et Nino Rota ; « Le pont de la Rivière Kwai » dont le rythme est dans toutes les mémoires ; « Porgy and Bess » d’Otto Preminger associé au talent de Georges Gershwin ; « Laurence d’Arabie » de David Lean auquel Maurice Jarre a offert son talent ; « James Bond contre Dr No » de Terence Young et la musique de Monty Norman et John Barry ; « Il était une fois dans l’Ouest » ; « l’Affaire Thomas Crown » et  le « style » de Michel Legrand rehaussé en paroles et en chansons avec le concours de la jeune comédienne Valentine Jongen; « Le Parrain » et à nouveau la musique de Nino Rota ; « Round Midnight » de Bernard Tavernier qui s’est adjoint deux « pointures » du jazz américain de haut niveau, Theleonius Monk et Herbie Hancock, du jazz authentique de derrière les fagots. L’un comme l’autre considérés parmi les plus grands pianistes de l’Histoire du jazz. Une musique immense qui va chercher ses sources dans la soul et le rock notamment sans pour autant sortir du prisme « jazzy ».

Enfin et pour conclure, « La liste de Schindler » de Steven Spielberg musicalement associé à John Williams.

Au point d’orgue si l’on peut dire de ce programme, un texte et une musique de Dominique Probst tout simplement intitulés « Marrakech », mit un terme éminemment joyeux avant qu’un rapide « quiz » musical ne fasse participer vocalement l’assistance.

PARI GAGNE

Entre le « Festin de Babette » ou encore « l’Aile ou la cuisse » et le « Festin chinois » - n’oublions pas que novembre est le mois asiatique - mais aussi « Le Grand Restaurant » et « Salé Sucré » c’est en fin de compte et pour tenir la note cinématographique que nous avons retenu le film « Saveurs du Palais » immortalisant la cuisinière périgourdine Hortense Laborie choisie pour officier au Palais de l’Elysée et incarnée par l’incomparable Catherine Frot.

Pari gagné grâce au chef Manu Bitard et à son épouse Isabelle qui ont ensemble orchestré ce feu d’artifice gastronomique en trois temps bien dans le respect des règles musicales et qui en l’espèce ignore le temps dit étalon laissant libre cours au tempo pour rythmer agréablement ces agapes sympathiques.

Un menu d’exception où la dorade marinée et fumée aux herbes brûlées accompagnée de compotée de courge buternut, de poireaux confits et de fleurs de bourache, le tout légèrement relevé par un vinaigre de betterave. Une entrée invitant au plat principal composé de poularde fermière en deux cuissons la cuisse farcie des abats et le blanc poché complétée par une galette de pommes de terre et des petits légumes du jardin, le tout arrosé d’un jus à la truffe noire.

Et le dessert en final brillantissime et en forme de trilogie de desserts : îles flottantes, macaron aux framboises fraîches et une verrine de panna cotta aux fruits de la passion.

Plus qu’un vin, une bénédiction, un Brouilly apportait sous le ciel de Marrakech un petit air du Beaujolais. Divin on vous dit !

La conclusion en forme de lien intellectuel et artistique entre la musique et la gastronomie c’est à Rossini que nous pourrions l’emprunter, lui qui estimait que la cuisine est une mélodie que l’on déguste par la bouche.  

Bernard VADON

 

 

 

 

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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